Shadow Empire

Shadow Empire, de VR Designs, est un jeu 4X, stratégique avec de nombreux éléments de JDR. Lors de ma preview du jeu, j’avais fait part d’une certaine réserve face à l’interface ainsi que des difficultés pour un nouveau joueur de comprendre les différents mécanismes du jeu. Shadow Empire est complexe, c’est indéniable, mais en me replongeant dedans, je dois dire qu’une fois qu’on a compris comment le système de ravitaillement et celui de zone fonctionnent, on replonge très facilement dans le jeu même si chaque erreur se paie cash.

Inspiré de Dune, Mad Max et autres grands noms de la SF, Shadow Empire vous place à la tête d’une Cité-Etat après l’apocalypse. Vous aurez auparavant eu la possibilité de générer la planète que vous aurez à conquérir (et il y a beaucoup de paramètres qui influeront sur votre partie : pluviométrie, biome, axe de rotation, températures). Vous pouvez donc vous retrouver sur un grand désert où la moindre goutte d’eau devra être économisée, à un biome plus luxuriant (et pourquoi pas avec des zones toxiques ou des aliens). Quoi qu’il en soit, votre civilisation redémarre et n’a plus grand chose à sa disposition. Il faudra rechercher certaines technologies clés (pour la production d’énergie par exemple), avoir la chance de tomber sur d’anciens artefacts (ça peut aller d’un bouclier portatif pour une unité à des walkers robotisés à la Robocop) ou sur des lieux qui vous donneront différents bonus à chaque tour.

Les images 3D des events ont 10 ans de retard visuellement mais illustrent bien ce qui se passe.
Lorsqu’on découvre d’anciens robots tueurs. Miam !

Chaque partie jouée a été complètement différente, que ce soit au niveau des conditions de départ, de la diplomatie ou des découvertes que j’ai pu faire. Mais la base, elle, reste la même. La première étape sera de découvrir ce qu’il y a autour de vous et de vous assurer un approvisionnement en ressources (métaux, eau, points de production, suivant ce qui se trouve déjà dans votre ville). Vos unités sont elles attachées à un Quartier Général qui va centraliser ces ressources. La portée de ce QG dépendra de votre infrastructure et capacité de ravitaillement. Il ne s’agit pas d’envoyer vos troupes trop loin sans routes ou dépôts de camions qui permettront au ravitaillement et renforts d’arriver jusqu’à eux.

Vous pouvez gérer les biens publics mais pas les privés.

Au fur et à mesure de votre expansion vous combattrez des factions mineures ou d’autres Cités-Etats dont il faudra capturer la capitale (vous pourrez aussi bien sûr, grâce à la diplomatie, commercer avec eux et faire des alliances). Chaque ville ayant sa propre zone d’influence, ses propres bâtiments et sa production de ressources, vous pourrez décider de séparer votre territoire en différents Quartiers Généraux afin de faciliter vos opérations et l’arrivée des renforts pour vos troupes. Donc si tout est produit dans votre capitale, vous êtes certain que vous ne manquerez de rien mais votre réseau de ravitaillement sera mis à rude épreuve et plus vulnérable. En revanche si vous découpez en zones, il faudra assurer que chaque zone soit auto-suffisante en énergie, en production, en nourriture etc. Ce découpage en zones explique partiellement la manière dont l’interface est présentée, pas ici de bandeau en zone supérieure avec toutes vos ressources, non, l’affichage de celles-ci dépend de la zone sélectionnée.

Pendant son tour l’IA se fait un plaisir de me couper mes lignes de ravitaillement.

Vous l’aurez compris, rien que cet aspect de gestion du jeu demandera un peu de tâtonnement de la part du joueur. Arriver à ce que toutes vos troupes aux quatre coins cardinaux ne manquent de rien est une chose, vous assurer qu’un ennemi ou des rebelles ne coupent pas vos routes de ravitaillement principales en est une autre. Car l’IA va se faire un plaisir d’essayer de couper vos sources de ravitaillement pour affaiblir vos troupes. Pas ici de Zone de Contrôle, pour assurer vos frontières une seule option : la diplomatie ou l’élimination de tout adversaire. C’est assez rare dans un jeu de se sentir aussi vulnérable au début, parfois vous serez à l’abri grâce au terrain ou uniquement bordé de factions sauvages peu puissantes, d’autres fois vous devrez mener la guerre sur quatre fronts en même temps. Or comme pour tout, la production de troupes ne se fait pas comme ça.

Ah ça ça me parle.

Pour produire des troupes, il vous faudra assez de recrues, de métaux et de points de production sortant de vos usines mais vous serez aussi limité par votre niveau technologique. La manière de gérer la technologie dans le jeu est d’ailleurs assez intéressante. Votre Cité-Etat a en effet différents « ministères » qu’il faudra mettre en place, pour lesquels un responsable devra être désigné et pour la recherche, il vous faudra 4 différents ministères. Un pour les recherches économiques, un pour les militaires, les recherches avancées et puis un dernier pour la « mise en pratique » (c’est à dire la possibilité de produire des unités qui font usage des technologies débloquées) sans parler ensuite de la mise en pratique stratégique pour pouvoir créer des unités « mixtes » utilisant ces unités. Les technologies sont séparées en deux niveaux : la recherche théorique (en gros cela revient à débloquer la possibilité de rechercher quelque chose) et la pratique qui revient à découvrir la technologie et à pouvoir l’utiliser. Tout cela devra être géré par différents sliders qui permettront d’assigner des priorités et des budgets à chacun.

Faire la recherche est une chose, la mettre en pratique une autre.

Et je dis bien chacun, car chaque ministère étant sous la tutelle d’un responsable, il faut aussi veiller à la satisfactions de tous les responsables sous vos ordres. Ceux-ci auront des compétences qui les rendront plus ou moins efficaces, leur « personnalité » qui leur fera aimer tel ou tel type de gouvernement (pour ceux qui n’auraient pas lu la preview, les gouvernements sont déterminés par trois groupes de trois idéologies telles que démocratie, autocratie et méritocratie), leur niveau de corruption etc. Faire des choix impliquera donc souvent de déplaire à quelqu’un, or le jeu vous obligera chaque tour à en faire : gestion de budgets, événements, griefs…

On a quelques incompétents mais on fait avec. Où ai-je déjà entendu ça ?

Ajoutez à cela la possibilité de jouer des cartes de « stratagème » que vous acquérez au fil des tours et qui auront chacune leur champ d’action et leur coût en points politiques, vous comprenez pourquoi Shadow Empire peut sembler un peu difficile à aborder au premier abord. Malgré cela, après une ou deux parties d’essai, on a compris le principe et la gestion se fait de manière beaucoup plus aisée, on évite de tout construire en même temps, on apprend à donner des priorités de construction ou de production, on évite de trop s’étendre trop vite, on évite de créer 10 modèles d’infanterie alors que vous n’en avez besoin que d’un à chaque changement technologique majeur et ainsi de suite.

Les cartes de stratagèmes sont obligatoire pour la stratégie, pour le reste, à vous de voir.

Cette complexité va de pair avec la profondeur du jeu et à ce niveau, le développeur a fait un boulot énorme. Je lui tire mon chapeau car Shadow Empire offre une expérience unique dans le domaine vidéo-ludique. On est vraiment plongé dans cette atmosphère de survie et de guerre entre cités, la course à la technologie peut tout changer, vos milices étant remplacées par des chars lourds ou des unités à motos qui vont semer la désolation chez l’ennemi. Evidemment, les combats sont influencés par le terrain, le moral, la préparation, le niveau de retranchement etc. En fait chaque élément du jeu peut être creusé et donner de quoi passer des nuits aux plus minutieux d’entre vous. Mais il est aussi possible de jouer de manière plus posée et de s’en sortir sans pour autant se donner un mal de crâne car le cœur du jeu reste un 4X. Certes il faudra probablement faire preuve d’un peu plus de tactique que dans d’autres jeux, encercler l’ennemi, couper ses sources de ravitaillement, éviter qu’il ne se retranche en montagne où vos troupes motorisées ne pourront l’atteindre mais au final le nombre et la technologie donnent souvent l’avantage le plus décisif.

A 10 contre 1 je devrais avoir mes chances…ou pas.

Dire que je suis impressionné par Shadow Empire est un euphémisme. C’est le genre de jeu auquel vous pensez quand vous n’y jouez pas. Celui qui, une fois qu’il vous a accroché, va vous donner ce petit goût de « un tour de plus » ou « si je relançais une partie sur une planète différente ? ». Alors certes, tout n’est pas parfait, l’interface pourrait clairement être plus moderne, la construction de routes pourrait se passer d’un mode spécifique (rien que passer par le bouton construct par exemple), la comparaison entre vos membres du personnel devrait être plus simple pour pouvoir assigner chaque personne au rôle qui lui convient le mieux et puis des tooltips… il en manque partout, certaines abréviations sont toujours un mystère pour moi.

Une extension prudente mais inéluctable.

Shadow Empire va d’abord sortir ce 4 juin via le site Matrix Games avec une sortie sur Steam un peu plus tard dans l’année (tout achat via le site Matrix donne une clé steam quand celle-ci est disponible donc pas d’inquiétude). C’est je pense une volonté de l’éditeur de permettre au jeu de mûrir un peu même si en l’état, il est déjà solide avec de nombreuses heures de jeu devant vous. Si vous aimez le genre, la question est plus de savoir si vous oserez vous lancer. Car une fois fait, aucun autre jeu ne vous donnera ces sensations qui sentent bon la grande époque de la SF. Shadow Empire a tout pour devenir un incontournable du genre.

Développeur : VR Designs

Editeur : Slitherine inc

Genre : Stratégie Tour par Tour, Gestion.

Page Steam

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur.

SA_Avenger

Le Belge taciturne du groupe, pas fan de quoi que ce soit mais touche-à-tout aux goûts éclectiques, amoureux du cinéma, de littérature et de chanson française à texte, bref un nostalgique invétéré. Ancien beta testeur hardcore, je joue encore régulièrement à des jeux obscurs aux règles complexes que je termine d'ailleurs rarement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *