Prinny presents NIS Classics Volume 3

On n’arrête plus Nippon Ichi Software sur sa lancée nostalgique avec cette nouvelle compilation Prinny presents NIS Classics Volume 3. Cette fois c’est au tour de Rhapsody: A musical Adventure et, surtout, de La Pucelle Ragnarok de goûter aux joies d’une sortie européenne.

Ça, c’est de l’artwork !

Avant d’évoquer les jeux, commençons donc par ce qui fâche dans NIS Classics Volume 3.

Pas de remise en cause chez Atlus / Nippon Ichi Software pour ce troisième volume avec une compilation certes joliment présentée (et accompagnée d’un livret et du CD des bandes originales pour la version Deluxe) mais qui ne propose que le strict minimum au regard des standards actuels.

Plutôt chouette, non ?

On ne trouve aucune des options QOL (quality of life, faut suivre) que proposent d’autres compilations retrogaming comme les récentes Turrican Anthology et Wonder Boy Collection ou les compilations Sega. Le joueur se contentera d’un simple filtre pour ajouter des scanlines ou adoucir l’image.

Ici, pas d’option pour modifier le format de l’image, pas de background pour égayer un écran 16/9 tristement sous exploité, pas de fonction de rembobinage, pas de sauvegarde rapide etc. Bref, c’est un peu léger, jeune homme.

Inciter le joueur de 2022 à s’intéresser à des RPG au tour par tour et des Tactical RPG en 2D est peut-être suffisamment ardu sans se mettre soi-même des bâtons dans les roues. La parenthèse technique étant (magistralement) fermée, il est temps de s’intéresser aux jeux eux-mêmes.

Dans ce NIS Classics Volume 3, Nippon Ichi Software (qu’on appellera désormais NIS parce que je ne suis pas payé à la ligne. En fait, je ne suis pas payé du tout) a fait le choix de proposer un RPG au tour par tour sorti en 1998 quand la Playstation s’apprête à passer le flambeau à sa petite sœur et une adaptation PSP (mais si, rappelez-vous, la Playstation Portable) d’un Tactical RPG lancé quatre ans plus tard sur la petite sœur susnommée.

Quiconque a déjà approché un jeu NIS ou un Disgaea, sa série fétiche, saura parfaitement à quoi s’en tenir avant même de lancer les jeux tant le style du développeur est pratiquement gravé dans le marbre.

Si Rhapsody conserve – encore – la structure classique du RPG nippon, La Pucelle Ragnarok officie quant à lui dans le style Tactical RPG (ou T-RPG) imaginé et popularisé par Sega dans sa série Shining Force, Quest Corporation avec Ogre battle ou encore Square Enix avec son célèbre Final Fantasy Tactics et qui a fait la renommée de NIS.

Comme toujours chez NIS, on contrôle un héros ou une héroïne qui, au fil de ses aventures, rencontrera bon nombre de compagnons plus ou moins déconnectés du réel et qui se joindront à lui/elle pour l’aider à vaincre le mal, chose qui consistera le plus souvent à défourailler sauvagement les ennemis mignons qui se dresseront sur son passage.

Car c’est bien là une caractéristique du style NIS. Les sprites sont toujours rondouillards, mignons et plutôt joliment conçus, et ce, qu’il s’agisse d’alliés ou d’ennemis.

Les artworks qui représentent les divers personnages lors des cinématiques et autres scènes de dialogues ne sont pas en reste et s’avèrent sacrément expressifs en reprenant les codes du manga. Une autre caractéristique du développeur est l’humour récurrent qui transpire par toutes les pores de ses productions.

Les personnages s’invectivent, sortent des répliques débiles, tirent des tronches pas possibles et n’hésitent parfois pas à briser le quatrième mur dans une ambiance joyeusement potache. Les différents protagonistes s’avèrent, malgré leur trogne de sprites basse résolution, étonnamment expressifs.

Bien évidemment, ça marche plus ou moins bien selon les titres et jamais aussi bien que dans la série star, Disgaea. Arrêtons là toute disgression et reprenons notre exploration de ce NIS Classics Volume 3.

Premier arrêt : 1998, Rhapsody a musical aventure et la PlayStation. Il faut bien se rappeler que ce Rhapsody, sorti en cette lointaine année 1998 sur une PlayStation qui commence sérieusement à cracher ses poumons, est une sorte de galop d’essai du développeur. C’est donc lui qui essuiera les plâtres d’un modèle encore pas tout à fait au point, ce qui sera d’autant plus criant plus pour ceux qui le découvrent près de 25 ans après sa sortie.

Pour autant et sous réserve qu’on ne soit pas allergique à ces productions de l’ère PS1 avec leurs pixels mignons et leur look de rescapés de la Super Nintendo, le jeu ne s’en sort visuellement pas trop mal, surtout sur l’écran plus réduit d’une Nintendo Switch. Je ne saurais d’ailleurs que trop conseiller d’opter systématiquement pour les versions Switch de ces compilations.

Tous ceux qui ont un jour essayé de lancer un jeu nippon Ichi PS2 sur télé 16/9 moderne se sont vraisemblablement plus ou moins brûlé la rétine, le pixel art un peu frustre et en basse résolution du développeur s’accommodant – globalement – assez mal des écrans modernes. Soyons honnêtes, les jeux NIS, au budget plutôt congru, étaient déjà un peu moches à leur sortie (si, si, ne mentez pas). Autant vous dire que la situation ne s’est pas franchement améliorée vingt ans plus tard.

Bref, privilégiez TOUJOURS le confort visuel (et la possibilité de jouer aux WC, cela va sans dire) et préférez les versions Nintendo d’autant que, comme dans d’autres productions du développeur, le contenu de chaque titre est gargantuesque. Ce qui est encore plus vrai dans NIS Classics Volume 3 puisque La Pucelle Ragnarok bénéficie, en outre, du contenu du DLC qui était sorti à l’époque au japon.

Du coup, la possibilité de faire de courtes sessions de jeu, un peu partout, prend tout son sens. Pour le reste, pas grand-chose à signaler à propos de ce Rhapsody. Il s’agit d’un RPG classique et solide dont la valeur ajoutée tient surtout à l’humour du développeur. Pour en tirer la substantifique moelle, il faudra composer avec ces saletés de labyrinthes, l’absence de mini-map et faire abstraction de ces combats aléatoires et inévitables typiques de l’époque.

Hop, deuxième arrêt, en 2009, cette fois, avec le susnommé La Pucelle Ragnarok (LPR à partir de maintenant parce que j’en ai déjà marre de l’écrire). La Pucelle Ragnarok, sorti en exclusivité sur Playstation Portable (Rhaaa la Rolls des portables !), est en réalité une simple adaptation de La Pucelle Tactics initialement paru sur Playstation 2 sept ans auparavant (et connu au japon sous le sobriquet de « La Pucelle : The Legend of the Maiden of Light »).

Honnêtement, LPR n’étonnera aucun joueur qui se serait déjà essayé de près ou de loin à la série Disgaea. Petit rappel pour ceux qui seraient tombé sur ce test par hasard : LPR se joue comme pratiquement tous les Tactical RPG du monde.

Le joueur dispose d’une équipe constituée de personnages distincts (des soigneurs, des combattants de mêlée, des archers, des magiciens etc.) aux capacités, coups spéciaux et compétences variées (certains pourront couvrir plus de distance, certains attaqueront à distance, certains pourront défendre leurs alliés, certains disposeront d’une réserve conséquente de magie… re-etc.).

Cette joyeuse bande débarque, à chaque niveau, sur un damier où elle rencontrera… suspens… des MÉCHANTS qu’elle devra mettre en déroute en utilisant judicieusement les capacités de chacun de ses membres et mettant à profit les spécificités du terrain. La partie ne s’achève que lorsque tous les membres d’un des deux camps sont K.O.

Là où La Pucelle Ragnarok innove et se distingue de ses compétiteurs, c’est en plaçant fourbement – et aléatoirement – sur les map des « dark portals » (ouais, des portails donc) qui influeront directement sur le déroulement de la bataille. Etant donné le fait qu’ils permettent non seulement à l’adversaire d’acheminer des renforts comme un gros lâche, il est certes possible de les détruire pour stopper net toute invasion mais, également et c’est plus intéressant, de provoquer des réactions en chaîne aux effets dévastateurs.

Vu le nombre de fois où vous allez les entendre aux cours des deux jeux, je ne suis pas certain que vous voudrez remettre ça

En effet, des lignes partent de ces portails et peuvent dessiner des motifs géométriques (ligne droite, angle, carré, rectangle etc). Ainsi, comme dans un bon vieux Qix des familles, la purification d’un portail relié à l’une forme géométrique fermée infligera des dégâts plus ou moins importants aux adversaires présents dans la zone qu’elle délimite. Compliqué ? Pas clair ?

Soyons didactiques et optons pour une démonstration en image :

C’est bon, c’est plus clair maintenant ?

Ajoutons une complexité supplémentaire : le joueur peut tenter de purifier des adversaires pour les rallier à sa cause ; opération qui consistera à spammer l’action « purify » pour convaincre l’ennemi des bénéfices d’un changement d’orientation professionnelle avant de l’achever en lui tapant dessus.

Pour trouver un vrai job de héros et s’extraire des circonstances malencontreuses de sa naissance, il suffit donc de traverser la rue et de s’en prendre une. En dehors de ces spécificités, La Pucelle Ragnarok, comme tous les NIS, se distingue par le ton décalé des dialogues et des situations et par la personnalité loufoque des différents protagonistes, amis comme ennemis, rencontrés au cours de l’aventure (longue, très longue, l’aventure).

Du coup, la question qui se pose est de savoir à qui va s’adresser cette compilation ? Bien qu’ils restent d’excellents titres, pourquoi donc replonger dans cette adaptation de deux vieux titres Playstation et Playstation Portable alors que la série Disgaea se poursuit sur PC et consoles de salon avec des épisodes de plus en plus complets et soignés ?

Notez tout de même, pour les deux pelés qui y ont joué vingt ans plus tôt, que le jeu La Pucelle Ragnarok débarque avec de nouveaux scénarios, de nouveaux personnages, du contenu initialement paru en DLC, ainsi que de nouvelles voix et musiques. Bref, Nippon Ichi ne s’est pas moqué des joueurs même si l’adaptation aux plateformes modernes reste perfectible avec des options QOL somme toute assez limitées.

Alors, entendons-nous bien : les deux jeux restent drôles, bien scénarisés, dotés d’un bon gameplay et d’une durée de vie colossale mais il faut bien admettre qu’ils ont cependant pris un léger coup de vieux. Ils restent excellents mais pâtissent logiquement de la concurrence des titres plus modernes qui ont eu l’opportunité de capitaliser sur les acquis de leurs aînés.

Au final et malgré les ajouts, l’intérêt de la compilation apparaît surtout historique, les nouveaux joueurs ayant effectivement intérêt à s’orienter vers les derniers opus de la série reine de Nippon Ichi, plus complets, plus modernes dans leur gameplay et, évidemment, plus jolis. Pour les amateurs de RPG et de Tactical RPG, les amoureux du développeur et les joueurs qui ont poncé les derniers Disgaea, ce sera en revanche un achat quasi obligatoire, d’autant que La Pucelle Ragnarok signe ici sa première sortie européenne.

Genre : RPG et Tactical RPG nippon

Développeur : Nippon Ichi Software

Editeur : Nippon Ichi Software

Plateforme : Switch

Prix : 59,99€

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Baalim

Vieux joueur, atariste convaincu, collectionneur de trucs bizarres et hétéroclites, geek à ses heures perdues, pratiquement certain de n’avoir rien signé et de ne pas être payé, il se demande encore ce qu’il fait là.

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