Festival des jeux de Vichy 2022

C’était le moment attendu de cette rentrée pour moi et nain 2 : le Festival des jeux de Vichy 2022. On avait prévu depuis un an de ne pas rater l’évènement. Nous avons passé un excellent moment et j’ai pu échanger avec différents auteurs, éditeurs, distributeurs de jeux. Je suis beaucoup plus mitigé sur l’organisation générale. Le plus important reste de jouer et nous en avons bien profité. Si vous ne souhaitez pas lire ou avoir un petit complément, nous avons fait un retour audio en mode podcast.

L’antre de la bête.

Tout d’abord, on va évacuer ce qui fâche. J’ai été surpris de voir le festival coupé en deux sessions bien distinctes avec une semaine d’intervalle. Un week-end pour les professionnels et un pour le public. Ayant fait le public, j’ai eu l’impression que certains professionnels ont fait le choix de ne pas être présents sur ce dernier. En plus, il faut savoir qu’il y a OctoGônes à Lyon et Essen dans la foulée du festival de Vichy.

Je suppose que les professionnels ont fait des choix et en ces temps difficiles, je ne suis pas persuadé que le festival de Vichy version publique soit une priorité. Il est aussi possible que mon acuité visuelle ne soit pas assez développée pour trouver certains jeux que je voulais tester (Splendor Duel en tête). Je n’ai pas compris non plus comment une salle au sous-sol a pu rester désespérément vide d’exposants alors que la séparation du festival en deux sessions était due à un problème de place selon certains échos que j’ai pu avoir. Il y avait moyen d’avoir quelques tables en plus pour de nouveaux exposants ou proposer une animation.

Concernant les tables de jeux en général, j’ai aussi été surpris de voir finalement peu d’animateurs/animatrices pour expliquer les jeux. Nous nous sommes retrouvés régulièrement esseulés sur une table de jeu sans explication ou une version très sommaire pour démarrer notre partie. C’est le moment où je suis suffisamment prétentieux pour dire que je sais m’emparer d’une règle et la lire, mais je peux le faire chez moi ou chez des amis.

Je m’attendais à être « accompagné », un peu plus dans nos parties comme j’avais pu le vivre dans le festival du jeu à Laval, qui est tout petit en comparaison. Tous les exposants n’étaient pas dans cette situation et par exemple, Cosmoludo a été notre meilleure expérience en la matière : deux minutes d’explications limpides et c’est parti. Agréable et disponible. Passé ces réserves, nous avons joué à quelques jeux choisis.

District Noir

A l’envers

District Noir m’avait déjà tapé dans l’œil donc il a été notre premier choix à notre arrivée. La place étant libre nous avons pu faire une partie complète. Se rangeant dans la catégorie des jeux pour deux joueurs uniquement, il nous a séduit par sa simplicité dans les mécaniques avec ses deux actions possibles : poser une carte de sa main à la suite de celles posées au centre ou prendre les cinq dernières de la rangée pour les agencer devant soi.

Quand on a pris des cartes dans la rangée principale, on ne peut plus le faire avant la manche suivante. Cela oblige les joueurs à bien choisir le moment de prendre. Cela dure quatre manches et à la fin, on vérifie les majorités suivant les types de cartes, les bonus, les malus et celui qui a le plus de points gagnent. D’apparence, le jeu peut sembler guider par le hasard de sa main et de la pose.

Après la première manche, il apparaît qu’il faut bien choisir le moment où l’on pose certaines cartes, celui où l’on décide de prendre les cartes de la rangée centrale pour ne pas favoriser son adversaire. Très malin et bien plus profond qu’il n’y paraît, il nous a séduit. Peut être le meilleur jeu testé pour notre part.

J’ai gagné.

Yoxii

Totem coincé. Partie pour les blancs.

Dans la catégorie, je suis un jeu abstrait et le thème « on s’en fout, mais je suis bien édité » j’appelle Yoxii et Kamon. J’aurais pu ajouter les autres jeux de la gamme de Cosmoludo, si nous avions pris le temps de les tester. Nain 2 et moi aimons beaucoup les jeux abstraits ou qui s’en rapprochent.

Non pas que le thème soit accessoire pour nous, mais quand il n’est pas obligatoire, on s’en passe très bien. Yoxii a une mécanique très simple : on doit déplacer un totem et poser une de ses pièces sur une case adjacente. Il y a quelques subtilités comme la valeur différente des pièces, la possibilité de sauter par dessus ses propres pièces… Le but du jeu étant de bloquer le totem et d’avoir le plus de points.

Simplissime à comprendre, mais profond. J’ai pu gagner ma partie avec l’éditeur qui a voulu montrer une situation aux joueurs à côté de nous. J’ai pu contraindre Nain 2 à poser le totem pile à l’endroit où ma victoire était assurée. On a refait une seconde partie avec le même plaisir.

Kamon

Un début de partie.

Kamon est dans cette même gamme sauf que la mécanique est totalement différente avec une contrainte de couleur et de forme. Le joueur va poser une de ses pièces et obliger l’autre joueur à poser sa pièce sur un case de la même couleur ou de la même forme. Les conditions de victoire sont de deux types : les deux bords opposés de même couleur sont reliés ou bien un joueur a réussi à former un cercle avec au moins une case vide ou une pièce de l’adversaire.

C’est aussi simple que Yoxii à comprendre sans renier la profondeur du jeu. C’est du très bon dans le genre et le reste de la gamme est du même acabit. Des règles simples, une bonne profondeur et un beau matériel qui rend l’ensemble très agréable.

Tribal

C’est joli.

Tribal a été un peu le jeu par défaut du festival. Il nous regardait triste et seul sur sa table alors on s’est dit pourquoi pas. Un gentil animateur nous a expliqué et c’était parti pour un solitaire à deux. Nain 2 a été beaucoup plus convaincu que moi par la proposition de faire des piles de 9 à 1 en variant le bleu et le orange.

Les proverbes africains sur les cartes et l’aspect visuel m’ont permis de prendre mon mal en patience quand mon adversaire a décidé de vider sa main parce que le jeu invite à jouer le plus de cartes possible à chaque tour de jeu. C’est joli, mais c’est possible de faire la même chose avec un jeu de 54 cartes donc l’intérêt est trop limité à mon sens, sauf à avoir la possibilité de l’emprunter en ludothèque.

Le moment où le doute s’installe.

Rallyman Dirt

Les illustrations sont excellentes.

Après une petite réflexion sur la légèreté supposée des dés en comparaison de ceux de Rallyman GT qui s’est avérée fausse, nous avons pu essayer la version Dirt qui devrait arriver incessamment sous peu. Je n’avais pas pledgé par peur du trop plein et de me retrouver avec un jeu de plus qui finirait par prendre la poussière ou la place de Rallyman GT.

Aucun regret de ce point de vue là parce que Rallyman Dirt est beaucoup plus axé sur la pratique du rallye, donc dans une logique jeu solo en multi. En clair, les joueurs vont jouer chacun leur tour pour faire le meilleur temps possible et les possibilités de se gêner sont fortement limitées par un premier qui va effectuer deux tours à la suite afin de prendre suffisamment d’avance pour éviter aux adversaires de se retrouver dans une situation de blocage.

A cela s’ajoute du dérapage, de la boue, des raccourcis, des sauts, des guets et autres subtilités qui rendent Dirt plus « joueur » que la version GT. Nous avons beaucoup aimé notre partie et nous aurions bien aimé testé un circuit sur la neige. Si vous avez aimé GT ou si vous préférez la boue à l’asphalte, Dirt est la version à choisir. Si vous aimez la confrontation directe, GT est beaucoup plus adapté.

Qui qu’a pris le raccourci ?

Lockdown

Des zomblards.

Les hasards du festival font que nous avons été invité à y jouer pour remplir la table. Sans être particulièrement au fait du jeu, nous avons posé nos séants avec plaisir pour une partie de Lockdown, où chaque joueur incarne une famille de quatre personnes prêtes à se faire bouffer en se déplaçant dans différents lieux au fil des tours.

L’explication ayant été chaotique, nous avons pas mal tâtonné sur les premiers tours et ensuite, on a pu se mettre dans l’ambiance. C’est le genre de jeu où le groupe de joueurs fera tout l’intérêt de la partie. Il va falloir négocier pour récupérer des votes afin de ne pas finir dévorer par des zombies affamés et gagner dans ce jeu semi-coopératif. Pour ma part, j’ai bien aimé et je ne refuserais pas une partie sans pour autant l’acheter, la condition d’avoir un groupe prêt à jouer le jeu est trop contraignante.

Et pour paraphraser un de mes compagnons de jeu : Lockdown est à la limite du jeu d’ambiance. C’est sympa, fluide et ça peut donner des parties assez mémorables pour peu que la sauce prenne autour de la table. A noter que nous avons sacrifié tous les enfants alors qu’ils rapportent le plus de points.

Le buffet est ouvert.

Qawalé

On a oublié de faire une photo.

Sans entrer dans les détails du jeu qui reprend les mécaniques de l’awalé avec des « galets », on se retrouve devant un jeu abstrait s’insérant parfaitement dans la gamme de Gigamic où se trouve Quarto, Quoridor et compagnie.

Si on aime ce type de jeu, ça fonctionne très bien avec un matériel qualitatif. Je n’ai pas eu le sentiment de vivre une révolution dans le genre et ma préférence reste pour Quarto voire Quoridor dans la gamme.

Sea, Salt and Paper

Tiens dans la main.

Ce qui marque en premier dans Sea, Salt and Paper (SSP), c’est sa direction artistique basée sur la technique des origamis (formes faites en papier). Point de dessins, mais des photos de véritables origamis. Bombyx, l’éditeur, est connu pour avoir des directions artistiques assez clivantes et SSP ne déroge pas à la règle. Généralement, la direction artistique s’efface rapidement dans ce genre de jeu où la mécanique prend vite l’ascendant et je me suis très souvent retrouvé à regarder les illustrations tout en jouant. Ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

Mécaniquement, le jeu intègre différentes mécaniques chères à ses auteurs Bruno Cathala et Théo Rivière : du combo, de la collection et de l’interaction taquine (pour ne pas dire méchante). Le jeu fonctionne sur plusieurs niveaux avec la pose de paires pour faire des actions, la double défausse, le décompte des points dans la main et devant soi. La manche se termine quand un joueur a au moins sept points et décide d’arrêter la manche. A noter que si la pioche est vide, la manche est considérée comme nulle. A ce moment, il dit stop et tout le monde compte ses points ou il fait le pari d’avoir plus de points que ses adversaires en leur laissant un tour supplémentaire.

Risqué, mais le gain peut être substantiel puisque si le pari est gagné le joueur prend tous ses points + le bonus de couleurs (le nombre de cartes de la couleur qu’il a en plus grande quantité) ou c’est le drame puisqu’il n’aura que son bonus couleur alors que les autres joueurs comptent leurs points normalement. Même si cela peut paraître complexe, c’est très fluide en jeu et le premier joueur arrivant à trente points a gagné ou si un joueur a les quatre sirènes, la partie s’arrête immédiatement par une victoire immédiate. En sachant que cette dernière condition a très peu de chances d’arriver à plus de deux joueurs et doit être très rare à deux joueurs.

Je voulais absolument y jouer et je n’ai pas regretté. On se retrouve avec un petit jeu, dans une petite boîte, mais une profondeur tactique bien présente. Au bout de la première manche, tout le monde a compris comment jouer et c’est fun. La partie que nous avons faite à quatre a été un peu longue et entrecoupée par des personnes qui souhaitaient jouer. Malgré tout, la profondeur du jeu et son prix tout doux devraient en faire une des très bonnes ventes de cette fin d’année, voire des prochaines.

Conclusion et remerciements

En conclusion, pour notre premier festival du jeu de Vichy nous sommes ressortis mitigés par les choix de l’organisation (des jeux non présents, des animateurs trop peu nombreux selon nous) et contents d’avoir pu jouer à des bons jeux. On a retenu particulièrement District Noir et Sea, Salt and Paper dans les jeux testés. Légère frustration aussi de ne pas avoir pu au moins faire quelques tours/manches de Galileo Project qui voyaient ses tables refuser de désemplir pour nous laisser une place.

Ce fut aussi un plaisir d’échanger avec Fred d’Atalia sur quelques nouveautés même si ça ne donne pas de passe droit pour tester Katana qui avait aussi du mal à avoir des places libres. Je remercie aussi particulièrement Christophe et Aurélie de Jester Games avec qui j’ai beaucoup parlé de Barbarian Kingdoms, dont la campagne de financement va être prochainement lancée sur Gamefound. Disto Studios pour leur disponibilité et plus particulièrement WaDri, l’auteur d’Ephios avec qui nous avons parlé d’embranchements, d’Oath de Cole Wherle, de l’influence de Moebius et Métal Hurlant sur l’illustrateur Quentin Hell. Et pour finir, je ne pouvais oublier Nain 2 qui aura été plus que conciliant pendant mes longues conversations, aura joué avec plaisir à tous les jeux et fini par être aussi frustré que moi de ne pas jouer à Galileo Project.

Machiavel

Toujours à l'affût de ce qui peut piquer ma curiosité, peu importe le domaine avec une légère préférence pour les jeux vidéo, le cinéma, la littérature, les séries TV, les jeux de société, la musique, la gastronomie, les boissons alcoolisées et quelques autres petites choses . Ma curiosité est telle le tonneau des danaïdes, sans fond.