Tonight We Riot

Il y a cinq ans, j’avais testé Okhlos, un jeu d’action / gestion de foule dans lequel on recrutait plein de clampins pour se battre pour nous contre les dieux grecs qui ne font rien qu’à embêter les hommes. Un concept rigolo, du pixel-art sympa, une très bonne surprise. Le genre n’a pourtant pas trop essaimé depuis, seul Anarcute ayant lui aussi proposé un gameplay proche. Et en mai 2020, voilà que débarque Tonight We Riot.

Le scénario, tout comme son propos politique, est une caricature assumée de la lutte des classes ; les méchants capitalistes exploitent le gentil peuple, qui se voit contraint à la révolte violente pour reprendre ses droits.

Le projet est l’œuvre d’activistes de gauche américains et il n’est pas étonnant de constater à quel point le boss de fin a été inspiré (le mot est faible) par Trump. L’éditeur est d’ailleurs Means Interactive, une division de Means LLC qui produit une chaine de télévision, des séries et des podcasts anti-capitalistes fonctionnant en coopérative.

Mais laissons de côté ces considérations un instant et intéressons-nous au sujet. Tonight We Riot est, comme laissé entendre dans l’introduction, un jeu d’action couplé à de la gestion de foule. Dans les faits, c’est surtout un jeu d’action.

Avec ses graphismes en pixels gras et sa vue 2D, on traverse des tableaux en scrolling horizontal en tabassant les forces de l’ordre. L’attirail de base du black block est là : parpaings et cocktails molotov auxquels s’ajoutent de petites surprises comme des tomahawks ou des clés à molette. Mais on est tout à fait capable de terrasser un policier en tenue anti-émeute à coups de poings si on a déjà tout balancé.

Si, à intervalles réguliers, on libère de nouveaux camarades qui viennent grossir nos rangs, on dirige un personnage unique, on le fait combattre et on peut diriger ses copains en leur indiquant une direction à suivre. J’imagine que l’idée était de concentrer ses forces sur un groupe de flics, de tendre des embuscades en isolant des adversaires, mais concrètement, j’ai passé mon temps à les laisser en arrière pendant que je faisais tout le travail. Pas très coopératif tout ça.

Leur efficacité en combat n’est pas fofolle et vu que notre score est conditionné par le nombre d’insurgés survivants à la fin du tableau, j’ai plutôt essayé de les épargner. Surtout qu’ils servent aussi de vies de rechange ; si notre avatar décède sous les coups du monopole de la violence légitime, on prend le contrôle d’un de ses camarades et on retourne réclamer la propriété collective des moyens de production avec des arguments en béton. Et en briques. Voire même en pavés.

Si le début est facile, la résistance étant clairsemée et peu équipée, on tombe assez vite contre des portes protégées par des canons lasers qu’il faut détruire, des véhicules et même d’autres prolétaires forcés de nous combattre par la contrainte qui rejoindront nos forces si on élimine celui qui les commande.

Peu de menaces sont dangereuses individuellement pour le personnage du joueur, c’est surtout leur nombre qui vient vous compliquer la tâche, comme ces soldats armés de fusils qui peuvent transformer le niveau en bullet hell. Par contre vos potes tombent comme des mouches s’ils sont menés trop près du front ou si vous tardez à mettre des claques aux vagues d’ennemis.

Plus qu’un leader de la révolte, on a plutôt le rôle de punk à chien de berger qui doit contrôler son groupe pour qu’il ne se fasse pas tailler en pièce. Vous me direz que ça reste du contrôle de foule, mais ce n’est pas ce que j’avais en tête.

A noter qu’on peut jouer à deux et ça doit être agréable de ne pas être le seul être doté d’un cerveau dans cette masse d’émeutiers (à nuancer en fonction de votre partenaire).

Chaque fin de niveau est l’occasion de combattre un miniboss, dont certains sont de belles réussites avec un environnement et un gameplay qui change un peu de la monotonie du reste. Après l’avoir vaincu, une cinématique nous montre le pseudo-Trump fuir vers la zone suivante et on va le poursuivre jusqu’à l’acculer dans sa tour d’ivoire.

Arriver au bout n’est pas très difficile et le contenu du titre s’avale en une ou deux soirées. Les complétionnistes ont plus de travail devant eux s’ils veulent avoir la meilleur note pour chaque niveau, ce qui est bien plus dur que de faire survivre le personnage que l’on dirige.

Le dernier boss éliminé, on débloque alors le mode infini où on doit tenir le plus longtemps possible contre des vagues d’adversaires que le scénario nous annonce comme « envoyés par les pays capitalistes voisins pour mater notre paradis des travailleurs ». On reste dans le subtil, mais on perd pas mal en intérêt.

A sa sortie, sa durée de vie et sa facilité ont été critiquées. J’ajouterais à ces points tout à fait valides la petite déception de voir l’idée de départ mal implémentée (et une maniabilité pas optimale). Le scénario n’est pas complètement à jeter mais le propos n’est pas mis en valeur.

Tonight We Riot est finalement un petit jeu passe-temps / défouloir qui propose de poser son cerveau et de taper dans le tas. C’est déjà pas mal, mais c’est un peu limite pour le considérer à plein tarif, sauf à vouloir soutenir les Pixel Pushers Union 512 et Means Interactive. A noter sa présence dans le bundle for Racial Justice and Equality, ce qui est tout à fait raccord avec leur philosophie.

Genre : Action en 2D

Développeur : Pixel Pushers Union 512

Editeur : Means Interactive

Site officiel : Tonight We Riot

Plateformes : SteamGoGItch.io

Prix : 12,49€

Date de sortie : 5 mai 2020

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

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