The Painscreek Killings

Mon premier contact avec le village de Painscreek a été chaotique. Je découvrais la démo de ce jeu d’enquête en vue à la première personne qui se déroule dans un village abandonné, parcourant ses rues, me heurtant aux portes closes.

L’endroit est bucolique, verdoyant, les étroites rues pavées débouchent sur de petites places ensoleillées. Les jeux pour enfants au bord de la rivière paisible commencent à rouiller, mais le manoir qui trône sur la colline est encore majestueux.

Mais suite aux problèmes d’optimisation du moteur de jeu qui causaient un bégaiement désagréable, j’ai lâché l’affaire pendant des années. Cette difficulté technique a été résolue par les développeurs de EQ Studios et après avoir récupéré la version complète dans un bundle, je l’ai finalement lancé.

Attention, pour des raisons de « j’ai oublié » et autres « je vais pas relancer le jeu pour ça », les screenshots que vous verrez ici viennent du site officiel et de la page Steam, pas de mon enquête.

Il nous a occupé un weekend entier avec ma compagne (oui, on était un peu à l’étroit dans mon placard, mais vu les restrictions budgétaires imposées par le rédac chef, il n’est pas chauffé, au moins on se tenait chaud).

Armé de notre appareil photo (qui nous servira pour photographier des indices et les regarder plus tard), nous avons donc exploré la ville de Painscreek dans la peau de Janet, journaliste envoyée sur place pour enquêter sur un meurtre. Ou plus précisément, une série de meurtres qui s’est produite quelques années plus tôt, à la suite de laquelle le bourg s’est vidé de ses habitants.

Notre point de départ, c’est Vivian Roberts, assassinée devant chez elle, une tragique nuit de 1995. C’était la femme de Charles, le maire de Painscreek. Ils logeaient au manoir avec leur fille et leurs nombreux employés.

Le bureau du sheriff gardait la grille d’accès au village, mais une fouille rapide nous en a fourni la clé, ainsi que des premiers éléments pour notre enquête. Un certain Scott a à l’époque été accusé du meurtre, arrêté, puis libéré pour faute de preuves.

Puis nous avons découvert que Vivian n’était pas le premier assassinat qui a ensanglanté l’année 1995. Cette histoire est contée à travers des coupures de presse, des rapports, des courriers, mais surtout dans les journaux intimes des habitants.

S’il peut paraître surprenant que toute la ville, des adolescents aux vieillards, raconte sa vie dans de petits carnets plus ou moins planqués, rappelons-nous qu’en 1995, les gens n’avaient pas encore Facebook pour exposer les moindres détails de leur intimité.

Si seuls quelques lieux sont accessibles au début du jeu, on va trouver, en suivant des indices plus ou moins subtils, les clés et codes de cadenas qui nous permettront d’accéder aux habitations et commerces du village. Où se cachent d’autres clés. D’autres journaux. D’autres indices.

On va ainsi remonter le temps, découvrir les relations entre les protagonistes depuis les années 80, voire 70. Fouiller les moindres recoins du manoir, de l’auberge, de l’hôpital. Des passages secrets aux égouts en passant par le cimetière. On finira par connaitre les lieux comme notre poche et avoir une idée de plus en plus précise des drames qui se sont produits à Painscreek.

La grande force du scénario The Painscreek Killings, c’est de ne pas prendre le joueur par la main, mais sans jamais le laisser face à un mur. Chaque nouvelle découverte est une victoire, obtenue par déduction et logique.

Rien ne sort d’un chapeau magique, aucun Deus Ex Machina n’intervient pour faire avancer l’enquête, il n’y a pas d’éléments clignotants à suivre pour vous montrer le chemin. Tout repose sur votre capacité de réflexion et c’est très satisfaisant à jouer.

Graphiquement, il est correct, un peu limite pour un jeu de 2017, mais la cohérence de l’environnement compense largement. L’ambiance sonore est inégale ; si les bruits de nos pas (le son que vous entendrez le plus lors de vos innombrables allers-retours pour vous rendre d’un point à un autre) manquent de chaleur, c’est surtout la musique que je ne trouve pas toujours adaptée au contexte.

Ces petites mélodies de piano font beaucoup trop penser à un jeu d’horreur, instillant une tension pas nécessaire. Si le surnaturel n’est pas absent de toute cette histoire et si certains lieux pourraient vous faire sursauter, vous ne trouverez aucun jumpscare ni gore dans Painscreek.

Je tiens à préciser que la traduction française est très réussie, permettant aux anglophobes de profiter pleinement du scénario. C’est très important dans ce genre d’histoire, puisque des approximations dans le choix des termes rendraient vite l’enquête impossible à suivre autrement qu’en VO. Pas d’excuses donc.

Malgré ses quelques limites techniques, The Painscreek Killings est une grande réussite sur la quasi-intégralité du jeu. Une enquête en monde ouvert, bien maitrisée, qui nous laisse toute la liberté nécessaire et qui ne compte que sur notre intelligence.

Toutes proportions gardées, c’est un peu l’inverse des missions d’un L.A. Noire qui ne sont qu’une succession de tunnels avec indices qui clignotent.

Pourquoi quasi-intégralité ? Si j’ai évoqué rapidement les allers-retours parfois trop nombreux, c’est surtout, sans spoiler quoi que ce soit, la toute fin qui est un peu hors de propos. Ce changement brutal de rythme apporte peu au gameplay ou à l’histoire, qui aurait pu être résolue de façon tout à fait satisfaisante sans ces quelques minutes inattendues.

Mais cela ne gâche pas à mon sens toutes les qualités de ce walking simulator où on ne se contente pas de se promener, où on est partie prenante de l’aventure et pour laquelle j’ai noirci plusieurs pages de carnet de dates, notes et autres indices pour démêler le vrai du faux.

Ces quelques heures sur The Painscreek Killings nous ont tenu en haleine comme rarement et j’attends avec impatience le nouveau titre de EQ Studios (basé à Las Vegas), Scene Investigators. Le concept est similaire mais semble proposer plusieurs petites enquêtes distinctes, et une démo est disponible sur leur site.

Si vous aimez les cold cases et que vous n’avez pas peur d’arpenter les mêmes rues en long et en large, ne ratez pas The Painscreek Killings qui est déjà passé en soldes à 5€. Et si vous connaissez d’autres titres du même genre, n’hésitez pas à me les indiquer en commentaire, ça m’intéresse et ma compagne encore plus.

Genre : Enquête / Walking Simulator

Développeur indépendant : EQ Studios

Plateforme : SteamGoG

Prix : 19,99€

Date de sortie : 27 septembre 2017

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.