Pendragon

Carnac, crime et quête épique

Avec sa narration libre et son langage à décrypter, Heaven’s Vault nous avait décroché la mâchoire. Avec Pendragon, Inkle remet le couvert dans un genre bien plus tactique, en s’appuyant sur les récits des Chevaliers de la Table Ronde.

Le jeu s’ouvre sobrement, sur un damier en vue isométrique. Inkle oblige, la musique de fond est très belle, les lignes de texte élégantes. Ainsi, Guenièvre se réveille en pleine nuit au couvent, décidée à prêter main forte à Arthur face à son usurpateur de fils, Mordred. Si vos souvenirs de la Table Ronde remontent au collège, faites un tour sur Wikipédia. Si vous avez une bonne résistance à l’endormissement, lancez-vous dans la lecture de Chrétien de Troyes. Sauf ton respect, Chrétien : nul doute qu’à la cour de Champagne pleuvaient les bsahtek wallah bien de Marie de Champagne et Louis VII.

Mordred Redemption. Dans Pendragon, le final de l’histoire est le même : la bataille de Camlann qui oppose Arthur à Mordred. Ce qui va varier, ce sont les péripéties qui y mèneront, les personnages qui prêteront main forte au roi. Sur une carte toute simple mais jolie, on choisit le prochain lieu à visiter, Camlann se trouvant toujours tout au nord. Forêt, château en ruine, marais, village, couvent… les environnements sont variés. Sur les lignes claires et épaisses des rochers dessinés, l’écriture ajoute de la mousse, de la brume. Chaque endroit recèle potentiellement des ennemis, des alliés, du ravitaillement, un coin où faire une pause, un mystère. 

Sur le damier, le personnage peut alterner entre deux modes de déplacement. En ligne, il peut attaquer. En diagonale, non, mais il conquiert les cases adjacentes. Il est possible de charger à travers plusieurs cases conquises jusqu’à l’ennemi. À l’inverse, ce dernier doit progresser à travers nos cases, une par une, pour nous atteindre. Attaque en ligne, conquête en diagonale. Voilà pour la base. Ensuite, au fil des rencontres, Pendragon ajoute quelques subtilités sous formes de capacités spéciales, consommatrices de points d’actions.

Triskell est pris qui croyait prendre. Les rats attaquent en diagonale, mais sont faciles à berner. Les loups attaquent en ligne, mais savent encercler leur proie. Les serpents peuvent effectuer des sauts d’une case, les araignées de longues attaques diagonales… Voilà pour le bestiaire de base, qui n’inclut pas les chevaliers humains. Ces derniers, très vicieux, ne bougent plus d’un pouce quand ils savent l’adversaire coincé. Impossible de jouer l’attentisme, sous peine de faire baisser le moral des troupes. Avec peu de paramètres, Pendragon livre une stratégie ramassée, un peu à la manière d’un Into The Breach. L’option fuite en plus. 

Lost in Brocéliande. Les histoires, si elles finissent toutes de la même façon, varient selon le héro ou l’héroïne. En terme de gameplay, un peu (certains personnages ont des aptitudes spécifiques) et en terme de motivations, surtout. Les dialogues sont concis. En quelques lignes, on comprend les raisons différentes qui poussent Morgane ou Guenièvre à prendre la route. On cerne aussi les personnalités de chacun. La parole, c’est parfois la seule activité qui occupera un tableau, le temps de recruter un allié ou de tirer le fil vers un mystère (où est Excalibur ? où est Merlin ?). Heaven’s Vault était un pavé épique qu’on dévore jusqu’à tard dans la nuit. Pendragon est un livre de chevet qu’on picore en appréciant ses nuances à chaque lecture. Jusqu’à s’en lasser.

Camelotterie. Là où Pendragon peut frustrer, c’est quand son côté rogue-lite se frotte à son aspect narratif. On tâtonne pour éclaircir un mystère optionnel. Et, à la tournure d’un dialogue, on comprend que pour le résoudre il aurait mieux fallu répondre autre chose. Mais pour cela mon bon gueux, il faudra relancer une partie en espérant refaire la même rencontre. De quoi décourager les chasseurs de secrets les plus impatients. De la patience, il en faut aussi parfois pour écouter pour la Xème fois le même dialogue d’un villageois égaré. Et ce peu importe le personnage de départ choisi. Après avoir débloqué 5 personnages sur les 9 jouables, je n’ai pas fait le tour du jeu. Mais je n’ai plus la motivation de repasser par tant de cases similaires avant de pouvoir découvrir du neuf.  

Pendragon bénéficie de toutes les qualités qui font un jeu Inkle : une narration efficace, une ambiance incroyable portée par peu de moyens graphiques. L’aspect tactique, grande nouveauté, est bien mêlé à la narration. Mais la répétition de la même histoire, au cœur du jeu, plombe pas mal l’aventure épique sur le long terme.

pendragonSite Officiel
Développeur : inkle (Angleterre)
Sortie : 22 septembre 2020
PC et Mac
14€

Bofang

J'écris pour justifier le temps perdu à jouer pendant que d'autres montent des start-up.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *