Mira

Critique de Mira, jeu d’aventure dans la mythologie slave du studio polonais Too Husky sorti le 25 mars 2020

Dans la jungle des point&clicks, il y a de nombreuses écoles. Les rétro en pixel-art, les humoristiques en « dessin animé », leurs descendants directs que sont les jeux d’objets cachés… Mira se situe dans une autre catégorie, les livres légèrement animés. Ce n’est pas un défaut, mais cela implique un certain nombre de limites dans le gameplay.

Mira est un jeu polonais qui nous plonge dans le folklore slave, une mythologie peu connue dans nos contrées occidentales. Le cadre de départ est pourtant le 20ème siècle, celui dont les boomers se souviennent encore un peu. L’histoire démarre dans un orphelinat après la guerre, où Mira, parce que c’est le nom de notre héroïne, s’occupe d’enfants abandonnés, pauvres, malades. Un homme mystérieux menace même de les expulser.

L’ambiance est donc à la tristitude, ceci accentué par la palette de couleurs des graphismes. La direction artistique dans son ensemble tire vers le vert pâle, le gris, le terne. Dans cette ode à la joie de vivre, Mira va soudain se taper un trip Alice au pays des merveilles à l’insu de son plein gré. Son lapin blanc se nomme Bzonec et ressemble à un gros hamster.

Il va la guider dans une forêt sauvage et surnaturelle, où les rochers et les arbres sont vivants. Il semble la connaître, lui explique qu’elle en est originaire. Elle ne se souvient de rien et découvre en même temps que moi le folklore slave où elle est tombée.

C’est le premier jeu des Polonais de Too Husky et au premier contact, l’ambiance est plutôt réussie avec ces graphismes qui me font penser à des peintures sur lesquelles on aurait apposé un filtre « granuleux ». Les animations sont cependant quasi inexistantes, limitées à quelques ondulations du décor ; les personnages passent d’une posture à une autre dans un fondu très doux, ce qui renforce cette impression d’être devant des tableaux.

Tout ceci pourrait être bien sympathique mais malheureusement, il n’y a pas que dans cet univers teinté de fantasy dramatique que tout n’est pas rose. En premier lieu, la traduction anglaise est approximative et rend l’immersion parfois douloureuse. C’est vraiment un gros point noir puisque tout l’intérêt de Mira repose sur l’histoire que le jeu tente de nous raconter. Le scénario n’est pas inintéressant mais cette traduction vient le priver de sa poésie mélancolique qu’on ne devine que par bribes.

L’autre limite est le gameplay bien pauvre. Les zones interactives sont peu nombreuses, les tableaux s’enchaînent de façon très linéaire et les puzzles se font rares, en plus d’être parfois mal foutus. On est plus proche du visual novel que du jeu d’aventure. J’aurais pu passer outre si l’histoire était bien contée, mais le paragraphe précédent vous a déjà expliqué pourquoi l’objectif est raté sur ce point.

Alors qu’est-ce qu’il reste à Mira ? Pas grand-chose pour être honnête. La féérie maussade et les graphismes (qui n’atteignent pas non plus des sommets artistiques, malgré quelques moments de bravoure) ne rattrapent pas l’absence de gameplay et surtout la traduction bancale qui gâche la narration. Il y a pourtant plusieurs voies à suivre avec des choix cornéliens et déterminants pour l’histoire, mais ils sont trop peu nombreux. Pour couronner le tout, le jeu est très court, environ deux heures.

Si vous lisez le polonais, j’aurais pu envisager de vous dire d’aller voir de quoi il retourne, mais vu la durée de vie, je trouve les 10€ demandés un peu raides. Un peu de polish (haha) sur l’interface et les puzzles, de gros coups de tronçonneuse dans la traduction pour la refaire proprement et un enrobage plus marquant (notamment la musique, présente mais oubliable) seraient nécessaires pour qu’il vaille ce prix. Il ne me reste de cette expérience qu’une grosse déception devant un titre qui a raté l’essentiel avec cette traduction qui n’a même pas su me faire découvrir le folklore slave.

Genre : Aventure

Site officiel

Développeur indépendant : Too Husky

Plateforme : Steam

Prix : environ 8,19€

Date de sortie : 25 mars 2020

Testé sur version presse fournie par les développeurs

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

Une pensée sur “Mira

  • 5 juillet 2020 à 15 h 06 min
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    Dommage, je l’avais aussi en vue celui-là.

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