L’EA du mois: This Land is my Land

Dire que This Land is My Land a fait son petit effet à la rédac est un euphémisme. La plupart d’entre nous l’avons en wishlist depuis son apparition sur Steam et j’avais un oeil dessus depuis longtemps. Les développeurs de chez Game-labs ont accepté de nous fournir une clé et je me suis jeté dessus dès son arrivée… pour être freiné sec dans mon élan car mon PC de l’époque n’arrivait pas à faire tourner le jeu. La configuration requise n’est donc pas là juste pour faire joli.

Toujours remercier le chef avec des petites attentions, ça lui fait plaisir.

Et je dois dire que malgré ce concept vraiment aguicheur qui nous met dans la peau d’un amérindien qui après sa libération inopinée décide de revendiquer le territoire indien face aux colons, par la force si nécessaire, le début de la partie est assez rugueux pour ne pas dire rébarbatif.

Le territoire à explorer est conséquent mais vous ne contrôlez pour commencer qu’un seul camp minuscule.

Techniquement déjà, si le territoire est vaste et la végétation abondante, on a vu mieux sans pour autant faire plier les PCs. Alors certes avec une machine plus récente ça passe crème mais je suppose que les besoins techniques sont plus liés à tout ce que le jeu à gérer plutôt que tout ce qu’il a à afficher. Visuellement, c’est joli certes, surtout le personnage principal mais il y a du clipping (que ce soit en s’approchant ou en s’éloignant), des animaux qui disparaissent, certains éléments de décors qui parfois flottent au dessus du sol ou encore des textures incorrectes apparentes autour des bâtiments, ce n’est pas la norme mais ça arrive assez rapidement pour qu’on le remarque. L’optimisation du jeu est en cours mais au vu de sa taille, elle risque de prendre du temps.

Pour le coup ça m’a fait penser à un landspeeder de Star Wars

Le gameplay aussi a ses petits défauts, vous commencez logiquement sans rien ou presque, votre camp est peuplé de deux ou trois pelés et avec un peu de chance un tondu (le nom choisi en début de partie peut influencer sur ce nombre ou donner d’autres avantages/désavantages, comme quoi se moquer du chef ça rapporte) à qui vous pourrez ordonner de partir à la chasse ou à la cueillette s’ils veulent bien car la récolte dépend aussi de l’environnement du camp. Au beau milieu d’une plaine il y a moins de bois mais peut-être des chevaux sauvages, bref il faudra vous adapter et, si les ressources manquent, vous atteler vous-même à la récolte.

Ah ouais… là par contre ça claque.

Le système de récolte est simple, il faut juste avoir l’œil pour les objets moins visibles tels que les champignons ou les cailloux. Evidemment, certains éléments sont plus rares que d’autres mais le jeu est assez clair sur ce qu’il vous faut pour vos recettes d’artisanat, celui-ci est facile à utiliser vu qu’il suffit d’ouvrir le menu de votre personnage et vous pouvez crafter même en courant.

C’est bucolique…

Evidemment, vous avez beau être au milieu des bois, vous ne pourrez pas ramasser n’importe quel type de bois, ici pas question de s’armer d’une hache pour abattre le moindre feuillu qui dépasse, ça correspond à l’esprit des Indiens d’Amérique mais ça vous complique quand même pas mal la tâche. En plus, le jeu est un peu tatillon sur la portée à laquelle vous pouvez ramasser quelque chose, trop près ça passe pas, trop loin la touche ne s’affiche pas, aaargh comme dirait l’autre. Evidemment vous ne pouvez porter qu’une quantité limitée d’objets, le poids de chacun étant comptabilisé.

Mais où vais-je bien pouvoir trouver du bois en forêt??

Et pas qu’un peu, à ce niveau un équilibrage peut s’avérer nécessaire parce que si je peux comprendre un fusil de 15 kg, j’ai plus de mal avec une vingtaine de balles pour 3 kg. Vous l’aurez compris en général vous aurez le choix entre laisser beaucoup de choses derrière vous, ou vous traîner à une allure d’escargot. Je ne suis clairement pas un grand fan de ce système qui fait perdre beaucoup de temps sans rien offrir en échange. Surchargé ? Hors de question de monter à cheval, fini. Ni même en chariot que certes vous pourrez charger de vos biens mais qui de toute façon va moins vite que vous à pied pour l’instant et que vous ne pourrez pas délester de ses chevaux. Reste alors l’option de se balader accroupi jusqu’au feu de camp allié (et oui ce serait trop facile de pouvoir utiliser ceux de l’ennemi, même lorsque vous l’avez fait fuir) afin de pouvoir enfin transférer magiquement vos objets au campement de votre choix.

La liberté est en vue ! De quoi me délester de mes biens !

Le problème c’est que les objets importants ont un poids conséquent, une trousse de soin ? 5kg. Un morceau de viande, un demi-kilo. Bref vous serez souvent et longtemps en surcharge à vous balader ralenti. Il est certes possible d’améliorer le poids que vous pouvez porter mais ça coûte des points de compétence qui sont difficiles à acquérir en nombre et qui servent aussi pour débloquer les recettes d’artisanat. Autant dire que vous aurez intérêt à faire les bons choix lors du développement de votre personnage.

Presque 6 kg les 20 balles, on appelait cette arme le lance enclume ?

Je ne peste pas sur ce système juste parce que ça me fait perdre du temps à moi joueur mais aussi à mon personnage, tout se déroule en effet en temps continu et si vous avez la possibilité de voyager rapidement d’un feu de camp à l’autre, cela vous coûtera aussi du temps en jeu. Quand bien même ! Vous vous dites… oui mais non, car le principe reste quand même d’endiguer l’extension des visages pâles sur les territoires indiens en rassemblant les différents camps indiens et en libérant les territoires des camps des colons. Si vous les laissez s’étendre sans rien faire, ces derniers ne vont pas se priver.

Convaincre les autres campements de vous rejoindre est souvent assez facile, il suffit de demander.

Le contrôle des territoires est crucial, en enrôlant les campements existants ou en installant de nouveaux campements (mais vous aurez bien sûr besoin de ressources et de membres de votre clan pour ce faire). Il vous faudra aussi détruire les campements ennemis qui varient du feu de camp avec deux chasseurs aux fortifications fortement protégées. Plus vous vous approcherez de la zone de contrôle des colons, plus ceux-ci seront difficiles à combattre et à repousser. Et oui, si vous avez un très mauvais karma, ils appellent la cavalerie.

Un camp perdu au milieu de nulle part et encerclé de colons n’est pas très utile.

C’est aussi là que le jeu se dévoile réellement, lorsque le danger est omniprésent, qu’il devient vital de repousser les frontières ennemies pour assurer la sécurité de vos campements (et vous assurer la possibilité de sauvegarder vu que ça ne peut se faire qu’à un feu de camp allié sécurisé), d’un seul coup vous aurez beaucoup à faire. Il faudra combattre (à vos risques et périls, les colons sont rarement seuls), s’infiltrer pour empoisonner ou intimider les ennemis afin de réduire peu à peu leur influence sur la zone. Tout en étant conscient qu’ils continuent de s’étendre ailleurs et qu’il vous faudra en même temps gérer vos campements, leurs armes et munitions, les ressources nécessaires à leur expansion.

Ils construisent un fort ces cons là…

Vous êtes seul, ou presque, mais ce n’est pas le cas des colons. Vous êtes occupé à un endroit, vous les retrouvez à un autre en train de construire un fort. Il vous faudra de la méthode et savoir vous adapter, bouger d’un front à l’autre, ne pas perdre trop de temps (attention, sauvegarder fait aussi défiler celui-ci). Plus l’ennemi est fortifié et en nombre, plus le risque est grand.

Oui je me suis fait voir mais parce que j’ai loupé ma diversion…

Attaquer des campements en plein jour est en général une mauvaise idée car les ennemis vous voient de loin et n’hésitent pas à tirer alors que vous aurez plutôt tendance à favoriser des approches plus furtives : par facilité déjà mais aussi parce qu’il vous faudra choisir entre tuer ou épargner vos cibles, ce qui influera sur votre « karma ». Tuer tout ce qui bouge est possible mais il faudra vivre avec les conséquences, c’est-à-dire un ennemi encore plus aux aguets et en plus grand nombre. Evidemment, arriver à intimider les ennemis pour les faire fuir demande de la furtivité, ce qui n’est pas facile. Si deux ennemis dorment proche l’un de l’autre, en assommer un réveillera l’autre (il faut dire que l’animation n’est pas discrète…).

Fallait continuer à dormir…

A noter que s’il suffit de manger pour récupérer un peu de sa vie, et qu’il y a donc une barre de vie pour chacun, quitte à devoir faire plusieurs headshots pour éliminer un ennemi, vous la perdrez aussi très rapidement. Quelques morsures de loups ou un chargeur de carabine suffiront à vous mettre à mal et vous aurez alors intérêt à avoir le temps de fuir ou d’ouvrir votre inventaire pour vous soigner, car à nouveau… pas de pause lorsqu’on ouvre celui-ci. Cela peut causer quelques surprises. Veillez donc à toujours gérer vos campements bien à l’abri des regards car cet aspect gestion du jeu prend pas mal de temps aussi.

Je vendrais bien la peau de l’ours mais je ne sais pas comment on la récupère…

Pour le coup, ce n’est pas une critique car si cela peut perturber au premier abord, on comprend vite qu’on joue contre la montre. La civilisation est en marche et il faudra toute votre énergie pour espérer endiguer le flot de colons qui se déverse sur vos territoires. Vous pourrez bien sûr appeler d’autres indiens à la rescousse mais ils devront se déplacer pour vous rejoindre, quitte parfois à faire de mauvaises rencontres. Il faudra aussi bien sûr les équiper et puis, pour tout avouer, l’IA est parfois un peu à la ramasse.

Euh… c’est un cadavre plus la peine de le tenir en joue…

Que ce soit en cherchant parfois à tirer à travers les murs, les chevaux ou les collines, en ne réalisant pas de suite qu’un ennemi est mort, en tuant ceux que vous avez épargnés et intimidés ou encore parfois en vous tirant dessus… oui oui, à peine un camp vidé je m’y suis rendu pour collecter les biens laissés par les colons, voilà t’y pas qu’un de mes alliés a failli me planter du plomb dans la tête, on se croirait à la rédac !

Ca tire dans tous les sens ! Génial !

Après, c’est assez prenant à jouer, se balader aux abords d’un de vos campements, entendre des coups de feu, voir vos deux malheureux indiens aux prises avec des colons, les balles qui fusent, vous vous joignez au combat en sachant bien sûr que vous deviendrez la cible principale, rechargez en espérant que l’ennemi vous loupe et en espérant bien sûr que tout ce ramdam n’attire pas d’autres colons. Bref ce n’est pas bon pour votre karma de tuer tout ce petit monde mais c’est bien jouissif.

Ah le petit rechargement après la bataille tout en admirant le paysage.

C’est dans des moments pareils que le jeu arrive à faire oublier ses défauts, vous êtes alors immergés dans un monde brutal où vous serez toujours l’opprimé, peu importe le nombre de scalps (figuratifs pour l’instant ce n’est pas réellement possible de les récupérer) que vous obtiendrez. Il vous faudra parer à tout, courir d’un côté à l’autre sans jamais oublier de prendre soin de vos différents campements.

De quoi inspirer la peur dans le cœur des ennemis

A noter que vous êtes, par défaut, tout le temps connecté à un hub social, c’est-à-dire une fenêtre de chat pour discuter avec d’autres joueurs et il y aussi un « marché » où vous pouvez dépenser des « tokens sociaux » pour vendre ou acheter des objets, un système de mail pour s’échanger des choses d’un joueur à l’autre gratuitement. Au fil du jeu vous accumulerez aussi des tokens et des points de compétences sociales qui permettront ainsi d’acheter des options de customisation. J’avoue ne pas encore avoir bien saisi comment accumuler ces points mais la customisation du personnage est un élément qui vient d’apparaître dans le jeu. Pour ceux qui trouvent que ça casse l’immersion, il est possible de jouer « offline », d’autres apprécieront de pouvoir demander des conseils aux joueurs aguerris.

C’est sûr que eux du bois ils en ont trouvé.

Vous l’aurez compris, This Land is my Land n’est pas exempt de défauts, il demandera aussi un certain investissement de votre part. Pas question ici de jouer une petite demi-heure, vous n’arriverez à rien. Le prix d’entrée est aussi assez élevé et c’est seulement lorsqu’on comprend la taille et la complexité du monde contre lequel vous vous battez que vous apprécierez l’expérience. Le jeu reste en Early Access, il y a encore du travail certes. Au début du jeu on a un peu l’impression que tous les colons sont les mêmes et attendent votre arrivée, on change d’avis lorsqu’on voit les chariots faire la navette d’un camp à l’autre, les colons bêcher la terre ou couper du bois.

Une lumière au loin c’est rarement bon signe…

Je dois dire que j’étais un peu réticent au départ, j’avais un peu l’impression d’être dans un Read Dead Redemption sans quêtes et sans personnages, donc à l’intérêt limité. Le jeu prend son temps pour dévoiler ses atouts et il faut aussi un certain temps pour que le joueur s’accommode de certains choix de design. J’espère sincèrement que Game-Labs arrivera à peaufiner son titre, que ce soit au niveau de l’optimisation mais aussi de l’expérience de jeu pour faciliter un peu la vie du joueur, des animations de combat un peu plus fluides aussi et je ne dirais pas non à un système de météo dynamique non plus car le jeu va petit à petit vous attirer dans son atmosphère particulière.

Ah la petite brume du matin qui peut cacher une bande de loups affamés.

Si vous avez du temps, un peu d’indulgence et un PC qui tient la route, This Land is my Land devrait réussir à charmer tous les amoureux de la période, tous ceux qui ont un jour rêvé d’être un indien sans peur contre l’envahisseur. Il y a un réel potentiel et pour ce que j’en ai vu, je commence réellement à apprécier ce que le jeu offre. Sur ce je vous laisse, j’ai des copains à sortir de prison et puis il faut encore que j’aille troquer mes bibelots sans valeur chez le marchand, il aura peut-être cette pièce de pistolet qui me manque pour crafter la recette que j’ai découverte dans la maison des trappeurs et puis me débarrasser de ce camp de bûcherons…

Le jeu sait aussi inspirer un fort sentiment de liberté et a, hors combat, un côté fort relaxant

Développeur et éditeur : Game-labs

Genre : Gestion, TPS, infiltration

Prix : 39,99€

Page Steam

Site web

Testé sur une version presse fournie par les développeurs

SA_Avenger

Le Belge taciturne du groupe, pas fan de quoi que ce soit mais touche-à-tout aux goûts éclectiques, amoureux du cinéma, de littérature et de chanson française à texte, bref un nostalgique invétéré. Ancien beta testeur hardcore, je joue encore régulièrement à des jeux obscurs aux règles complexes que je termine d'ailleurs rarement.