Lacuna

Le polar noir est un genre aux contours bien définis. De longs impers, des flics au passé torturé qui grillent clope sur clope pour supporter les nuits blanches et les dilemmes moraux. Dans leurs enquêtes mêlant meurtres, mensonges et intrigues politiques, ils font face à leurs propres démons, toujours à la limite de la légalité.

On retrouve tous ces éléments dans Lacuna ; DigiTales Interactive les ayant replacés dans un univers jazzpunk d’anticipation où l’humanité a colonisé d’autres planètes et développé d’autres croyances. N’attendez pas d’extra-terrestres ou autres environnements exotiques : ici aussi, on éclaire au néon les taudis que surplombent les beaux quartiers et les marginaux portent fièrement la crête rose.

Il y a quelques mois, j’avais testé la démo de ce jeu d’aventure lors d’un Steam Game Festival. Son pixel-art de qualité, son gameplay et surtout son ambiance m’avaient complètement accroché. On découvrait d’abord une colonie minière à travers les courtes aventures de deux adolescents. L’occasion d’apprendre à la fois l’univers de Lacuna et son gameplay, basé sur les dialogues, la récolte d’indices, notre capacité à tirer des conclusions et la prise de décisions.

On s’y promène en 2D vue de côté, en montant des escaliers, en activant des objets et en fouillant les tableaux à la recherche de zones interactives. Les contrôles se font au clavier avec le renfort de la souris, mais le tout est parfaitement pensé pour la manette et c’est bien la première fois que je prends plaisir à jouer à un jeu d’aventure avec cet accessoire.

A peine le temps de s’attacher aux personnages qu’une catastrophe coupe court à cette introduction avant de nous envoyer quarante ans dans le futur. Retour sur Terre, ou plutôt sur Ghara, dans les mocassins usés de Neil, agent du CDI. Non, pas celui qui vous engueule quand vous chahutez à la bibliothèque du lycée, mais celui chargé des enquêtes interplanétaires.

Après avoir fait connaissance avec notre personnage via ses relations avec sa fille et son ex-femme, on est plongés dans le vif du sujet. Réveillé par notre collègue en pleine nuit, Neil apprend l’assassinat d’un dirigeant d’une colonie minière aux velléités d’indépendance alors qu’il venait assister à des négociations diplomatiques.

Contexte politique et religieux tendu, meurtre au nez et à la barbe des services de sécurité, Neil sait déjà en arrivant sur les lieux du crime que chaque pas l’enfoncera un peu plus dans une intrigue poisseuse qui mettra en danger la paix dans la galaxie et sa propre famille au passage. Petite note informative : le jeu n’est pas disponible en français mais le niveau d’anglais requis n’est pas trop élevé.

L’aventure n’est pas complètement linéaire, nous laissant faire des choix lourds de conséquences. Se tromper lorsque l’on soumet un rapport n’entraine pas de game over mais la fin obtenue dépend de nos décisions et de nos réponses aux dialogues. Difficile de parler de choix multiples mais on se rapproche du système popularisé par TellTale avec un temps limité pour répondre. Personnellement, j’ai foutu un bordel monstre au niveau galactique à la fin de l’histoire, le tout volontairement et avec un plaisir non dissimulé.

Une partie ne dépasse pas les quatre heures, malgré les allers-retours nécessaires et les nombreux trajets en métro. Neil ne supporte pas voyager dans les voitures volantes de cet univers et préfère s’enfoncer dans les entrailles de la ville, excuse scénaristique bien pratique pour nous obliger à emprunter un nombre incalculable d’escaliers. Si cela permet de profiter des différentes ambiances de la ville, cela rallonge artificiellement la durée de vie que j’aurais souhaitée plus longue et plus focalisée sur le scénario que sur ces déplacements.

Cela ne coûtera pas pour autant à Lacuna son Dystoseal of Quality, qui vient ici récompenser la qualité de l’écriture. Si l’intrigue est un tantinet prévisible, elle reste bien ficelée et prenante. Mais c’est surtout la capacité de DigiTales Interactive, studio allemand dont c’est le premier jeu, à nous faire ressentir le poids et les conséquences de nos décisions qui mérite d’être salué.

J’ai eu du mal à décrocher après avoir lancé le jeu, preuve de son atmosphère réussie, à défaut d’être originale. La bande son jazzy, les monologues de Neil (au doublage de qualité) et les graphismes y contribuent fortement. Lacuna ne révolutionne rien mais fait tout très bien et les amateurs de SF que le pixel-art ne rebute pas peuvent y aller les yeux fermés. Et pas d’excuses : un prologue gratuit existe pour vous donner envie ; une fois le jeu acheté, il a la bonne idée de reprendre l’aventure là où vous l’aviez laissée sans vous obliger à tout recommencer.

Genre : Aventure, Science-Fiction

Développeur : DigiTales Interactive

Editeur : Assemble Entertainment

Plateformes : SteamGoG

Prix : 15,99€

Date de sortie : 20 mai 2021

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.