Lumberhill

La rédaction de Dystopeek est composée d’individus aussi louches que variés. Certains sont furtifs et essaient de ne pas traîner dans les couloirs pour ne pas se faire attraper par le rédac’ chef alors que d’autres, beaucoup moins subtils, se font régulièrement avoir. C’est le cas de ce pauvre Machiavel que j’ai surpris dans un couloir à s’acharner sur un RPG japonais à grands coups de hache. Ça tombait bien, il me fallait un volontaire pour tester avec moi Lumberhill qui, comme son nom l’indique, vous met une chemise à carreaux sur le dos et vous envoie en forêt avec vos potes.

Mais pourquoi c’est moi le mouton ?

Enfin potes, si vous jouez en coop’… Parce qu’il est possible de s’affronter en ligne (ou en local) dans la production de 2BIGo et ARP Games et donc de potentiellement se brouiller avec vos amis (ou, encore mieux, d’insulter de parfaits inconnus dans une langue qu’ils ne connaissent pas forcément. Non ceci n’a aucun rapport avec nos parties en ligne, à SAAvenger et moi). Toujours est-il que pour un party game, toutes les cases semblent cochées : du local, du online, du coop, du versus, des graphismes choupis et un jeu si léger qu’il tournera sur n’importe quelle configuration.

Ce qui est super en plus, c’est que l’idée de départ de Lumberhill semble propice à des situations farfelues : chaque joueur incarne un bucheron qui doit soit couper des arbres et amener les troncs à la scierie, soit amener des moutons ou des béliers dans un abri. Il faut donc à chaque carte repérer les lieux, les pièges, où se situent les haches, les arbres, les moutons et demander à Machiavel d’arrêter de pousser des petits cris excités. Autant vous dire qu’au début c’est le bordel, surtout que les lieux ne sont pas toujours clairement identifiés, la faute à des graphismes un peu trop chargés. Parce que quand tout ce petit monde commence à s’agiter, la visibilité est considérablement réduite.

Cela ne serait pas si grave si Lumberhill ne souffrait pas d’un autre souci : les hitboxes monstrueuses. Vous pouvez attraper un mouton (ou un panda en Asie par exemple) en étant à 2m de lui et surtout couper un arbre comme si vous teniez une hallebarde. Donc en comptant que n’importe quoi peut vous rentrer dedans à n’importe quel moment, comme par exemple quand vous sautez au-dessus d’un ravin et qu’un oiseau vous dégomme en plein vol (hein Machia !) vous vous retrouvez très vite à donner des coups à tort et à travers, propulsant vos amis en dehors du décor et envoyant ad-patres les pauvres animaux qui n’avaient rien demandé.

Mais on s’habitue quand même à ça, on fait avec la maniabilité que nous qualifierons pudiquement de perfectible et on s’amuse à enchaîner les tâches tout en s’organisant avec son pote. Et surtout on essaie de s’accommoder des inconnus qui rejoignent en plein milieu de partie parce que vous avez oublié de passer cette dernière en privée. Et on essaie aussi de chopper le bonus de chaque niveau, qui vous oblige à par exemple ne pas prendre dans vos bras les animaux ou ne pas vous mouiller. C’est rigolo, on s’est bien marré pendant presque une heure. Puis on a décidé de voir un peu le reste.

Concernant le PvP, le constat a été terrible et deux parties nous ont suffi avant de retourner sur le coop : un joueur incarne un singe/mouton/whatever selon le niveau disputé et doit empêcher l’autre joueur d’accomplir ses tâches. Sympa sur papier, sauf que dans les faits ça se résume à le gêner, pousser ses outils et les autres animaux. Ce que le joueur humain peut facilement éviter en… sautant par-dessus l’autre, tout simplement. Alors soit nous sommes passés à côté du concept, soit ce mode est une perte de temps totale.

Revenant sur le coop, il a fallu se rendre bien vite à l’évidence : le concept évolue très (trop !) peu et seuls quelques éléments sont rajoutés dans un monde : ici des ponts qu’il faut construire, là un ascenseur à activer. Là où un Overcooked arrivera à toujours relancer l’intérêt avec des changements minimes mais bienvenus, Lumberhill se contente du strict minimum. Peut-être est-ce différent avec plein de joueurs, mais à deux le concept s’essouffle très vite et on enchaîne les niveaux sans génie ni plaisir de la découverte.

Alors, comment juger ce Lumberhill sans être trop dur ? L’idée de départ est, comme bien souvent, bonne. Le souci est que les développeurs ne réussissent pas à la renouveler et qu’on s’enferme très vite dans des micro-matchs de quelques minutes sans grande excitation. C’est choupi c’est sûr mais c’est aussi codé bien étrangement avec une interface et des contrôles dignes d’une tablette.

Vous me direz, c’est sûrement un avantage vu que le titre est clairement destiné aux plus jeunes. Peut-être est-ce cela le souci de Lumberhill : il ne nous est pas destiné, à Machiavel et moi, parce que nous avons une vingtaine (trentaine pour mon estimé collègue) d’années de trop. Quoi qu’il en soit, pour une somme modique il apporte un peu de fun si vous invitez à l’occasion des amis chez vous. Mais ne comptez pas le lancer tous les soirs, ou même tenir une soirée entière avec !

Je suis du genre très curieux et j’ai encore l’espoir d’être surpris dans le bon sens quand le boss me file une clé. Tout ça pour dire que Lumberhill a pour lui une promesse ludique : porter avec classe la chemise de bûcheron. Mon skill n’a pas atteint son plein potentiel avec Lumberhill : j’ai dû étouffer un certain nombre d’injures avec des petits cris. Bilan mitigé au final avec un mode versus inintéressant et trop limité. Le mode coop est rigolo, mais pas au point de passer le cap de la soirée entre potes.
La seule possibilité est de le lancer au milieu d’un groupe de jeunes enfants croyant que le look vestimentaire des 90’s mériterait de revenir (point de polémique sur le crop top ici), mais je ne suis pas certain qu’ils réussissent à passionner suffisamment. La physique particulière, les niveaux tout riquiqui et peu lisibles achèvent de le placer dans la catégorie : si c’est gratuit, pourquoi pas. Grosse déception : pourquoi tous les personnages jouables n’ont pas une barbe ?

Genre : Action, Casual

Développeurs : 2BIGo, ARP Games

Editeur : All in! Games

Date de sortie : 13 Juin 2021

Prix : 12,49€

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

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