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Desolatium

J’aime le mythe de Cthulhu. Ce n’est certes pas une révélation incroyable. C’est un univers qui me plaît. On ne va pas se lancer dans une analyse fine du pourquoi et du comment, c’est ainsi. Du coup, je suis un peu le préposé aux jeux Cthulhien à la rédac. On le sait tous, les jeux basé sur l’univers inventé par Lovecraft sont divers et variés. On a des shooters (Forgive me Father), des point & click (Prisoner of Ice), des survival-horror (Alone in the Dark), des grosses productions (Call of Cthulhu) et même des mondes ouverts (The Sinking City). Les résultats sont parfois bons, parfois moins. Les œuvres originales étant tombées dans le domaine public, tout le monde s’engouffre dans la brèche et veut en croquer. Et aujourd’hui, c’est Desolatium qui veut sa part du gâteau.

L’ami-go

Desolatium se définit comme un point & click en vue à la première personne. Issu du studio espagnol Superlumen qui se situe à Murcia, une petite ville universitaire du sud-est de l’Espagne, le jeu est pensé pour la VR, mais se décline sur tous les supports existants. Le pitch est assez classique : vous vous réveillez amnésique, mais hanté par des flashback, dans une sorte d’hôpital qui n’en est pas vraiment un, et vous essayez de comprendre ce qui se passe. S’en suit toute une série de péripéties qui vous amèneront à adopter plusieurs points de vue et à remettre en cause ce que vous preniez pour acquis.

Bon, on ne va pas s’éterniser non plus, rien de bien original. Conspiration, meurtres en série, des types avec des tronches de poisson, quelques clins d’œil au travers de notes disséminées ici et là, on connaît la chanson. Néanmoins, l’histoire se suit bien et c’est bien là l’essentiel. C’est un jeu d’aventure narratif très directif et finalement assez peu interactif. L’histoire tient donc l’ensemble et il faut bien le dire, elle le fait plutôt bien.

Un prologue gratuit est disponible sur PC, au-delà de certains points techniques que je développe un peu plus bas, il me semble important de faire ce prologue. D’abord, parce qu’il vous donnera une idée précise du jeu, mais également parce qu’il constitue une entrée tout à fait réussie à l’intrigue principale.

Combien pour ce chien (de Tindalos)

Si je ne me permettrai pas d’en dire plus sur le scénario, car il est hors de question de vous le spoiler. J’aimerai qu’on s’attarde un peu sur l’aspect technique du jeu et sur son gameplay très particulier. En effet, Desolatium a été pensé pour la VR, puis transposé sur nos écrans conventionnels. Ce qui implique une jouabilité spécifique. Déjà peu adaptée au PC, cette dernière devient carrément étrange sur une Switch.

La boucle de gameplay se déroule ainsi : vous êtes au centre d’une photographie à 360° sur laquelle a été rajouté des éléments imaginaires (peintures, textes, etc.). Vous devez regarder tout autour de vous pour trouver les éléments cliquables du décor, ramasser des objets, et ainsi faire avancer l’intrigue. Vous devez aussi parfois combiner des objets entre eux de façon plus ou moins logique.

De temps à autre, un dialogue vient agrémenter l’exploration. Il se présente sous la forme d’un FMV incrusté dans le décor ou sous une forme plus classique de type Visual Novel en superposition. Le résultat est… clivant. Vous pouvez aimer ou détester, mais je ne pense pas qu’il vous laisse indifférent. C’est à la fois totalement obsolète et totalement réussi. On a l’impression d’être devant un jeu arrivant en droite ligne des années 90. Les sons, le doublage, le type d’énigme, tout sent la nostalgie des jeux d’aventures à la Gabriel Knight.

Et pourtant, petit à petit, presque insidieusement, ça fonctionne. On s’habitue à ses aplats de couleurs criardes balancées sur des images google Street View, on s’habitue aux dialogues surjoués des acteurs (en anglais, je n’ai pas essayé en espagnol.), on s’habitue à combiner tous les objets pour voir si ça nous fait avancer. Bref, on se prend au jeu malgré son « gameplay » qui consiste essentiellement à passer son pointeur sur l’ensemble de l’écran pour essayer de dénicher quelque chose à actionner.

R’lyeh quelle heure ?

Le jeu promet quatorze chapitres et plusieurs fins différentes, ce qui renforcerait sa rejouabilité. C’est possible, mais c’est à mon avis hors de propos car ce n’est de toute façon pas ce qu’on lui demande. Le lore, pour sa part, est très bien respecté, quasiment à la lettre. La musique est tout bonnement extraordinaire et colle parfaitement à chaque moment du jeu. Le travail artistique est vraiment réussi, et colle complètement au sujet.

Est ce pour autant un jeu à recommander ? Je n’en sais rien. Même selon mes standards vidéoludiques qui, vous le savez si vous me suivez depuis assez longtemps, sont assez spécifiques, j’avoue avoir du mal avec Desolatium. Il fait partie de ces jeux que j’aurais préféré voir adaptés en livre, en bd ou en film. L’apport du média jeu vidéo se fait au niveau sonore (les voix, les sons, les musiques), et visuel (le parti pris graphique est surprenant et intéressant), mais l’interactivité reste pour moi réduite à sa plus simple expression.

Toutefois, c’est un avis très personnel. Comme je l’ai dit, il existe un prologue gratuit qui permet de se faire une idée précise du jeu. Installez-le, jouez-y et, si vous vous prenez au jeu, n’hésitez pas à consacrer quelques heures à Desolatium. 

Genre : Aventure Lovecraftienne

Développeur : SUPERLUMEN

Editeur : SUPERLUMEN

Date de Sortie : 27 octobre 2023

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

CekterDown

Fasciné par Sherlock Holmes et le mythe de Cthulhu, j'aime également la science-fiction et tout ce qui s'y rapporte, je ne réponds qu'aux superlatifs et ne désespère pas qu'on me voue un culte un jour. J'aime surtout m'entourer de gens plus talentueux que moi.