Command: Modern Operations

Alors apparemment, je suis devenu monsieur Wargames touffus à la rédac. Paraîtrait que j’ai des « facilités », tout ça parce que je fais jamais les tutos et que j’ai trouvé RTW2 abordable. Comme quoi une réputation ça se fait vite et c’est pas toujours justifié (qui a fait croire qu’Harvester était un type fréquentable ?). Comment ça je les ai presque tous fait ? Ah ?

C’est pourtant pas bien compliqué à comprendre !

Bon j’avoue. De plus, dans ce cas-ci j’ai quand même jeté un œil au premier tuto, juste pour savoir comment bouger les troupes, donc ceux qui ont peur de la bête rassurez-vous, le jeu propose de nombreuses missions de tutoriel (39 pour être exact) chacune vous guidant pour des actions spécifiques. Après, j’ai l’habitude de me plonger dans l’aventure à tâtons (comme disait Julie) donc allons-y !

Niveau graphismes, à part « google maps » et des photos d’équipement vous n’aurez que des vecteurs et des cercles.

Mais qu’est-ce que c’est que ce jeu me direz-vous ? Command: Modern Operations est la suite de Command: Modern Air/Naval Operations (CMANO pour les intimes), je n’ai pas expérimenté le premier opus ou ses nombreux add-ons qui sont tous utilisables dans cette nouvelle mouture pour ceux qui en aurait fait l’acquisition. Evidemment, pour moi et les nouveaux joueurs, cela veut dire qu’une bonne partie du contenu est « locké » et inaccessible jusqu’à l’achat des anciens add-ons. Il reste quand même une bonne cinquantaine de scénarios de difficulté, durée et complexité variables mais pas d’opérations en plusieurs phases out of the box.

Début de guerre entre la Bolivie et le Venezuela.

En général, vous commandez un panel réaliste d’unités navales et aériennes, plus rarement terrestres, et quand je dis réaliste c’est une base de donnée impressionnante de l’armement existant des années 60 à nos jours. Le but de la partie dépendra donc du scénario (et l’éditeur permet réellement de créer n’importe quel scénario qui vous ferait envie) mais en général, le cadre d’opération est très spécifique. Un lieu et deux forces de taille modeste qui s’opposent. Quand je dis de taille modeste c’est surtout que le jeu représente la guerre moderne, une dizaine de navires c’est déjà une force avec laquelle il faut compter, avec un armement plus que capable d’infliger d’importants dégâts. Autre point : mine de rien, le jeu est gourmand niveau processeur, vu qu’il calcule tout lors d’affrontements un peu étendus, il peut déjà accuser le coup.

CMO propose une imagerie satellite plus détaillée que le premier opus mais il faut le temps que ça charge.

Le jeu a un tempo assez lent, il y a évidemment la possibilité d’augmenter celui-ci de manière un peu plus raisonnable mais cela peut vite amener à des légers freezes en plein combats. Car il faut bien se dire que le jeu calcule pas mal de choses, les forces en présence, leur état (dégâts, carburant, munitions, maintenance), leur position, leur vitesse et leur destination ainsi que celle de chaque missile tiré, les contre-mesures, les radars/sonars et autres moyens de détections actifs et passifs ainsi que leur portée.

Hélicos pour détecter l’ennemi ça marche juste le temps qu’ils se fassent dézinguer.

Vous comprenez aussi qu’il est difficile pour un humain de suivre correctement trop de troupes à la fois vu que tout est temps réel (la pause est bien sûr possible). Lorsqu’un avion ennemi est détecté, il vous faudra donc déterminer un vecteur d’approche (parce qu’arriver droit sur un avion ennemi est le meilleur moyen de se manger un missile), décider quand activer vos radars actifs et puis déterminer si vous voulez un tir automatique décidé par l’IA ou choisir vous même l’arme qui fera feu sur la cible que vous aurez désignée (encore faut-il être à portée). Idem pour les navires mais eux sont beaucoup moins mobiles, se focaliseront sur le tir de missiles anti-missiles et leur couverture aérienne pour leur protection. Vous l’aurez compris, une grosse partie du travail consiste à détecter l’ennemi en premier ou en tout cas à avoir une couverture radar suffisante pour permettre un tir. Les munitions et le carburant sont bien sûr comptés et il n’est pas rare qu’un avion doive faire demi-tour sans pouvoir achever un ennemi soit par manque de l’un ou de l’autre – et oui évidemment qu’il y a du ravitaillement aérien.

Torpilles, missiles, chacun avec ses propres zones de détection d’ennemis.

Command: Modern Operations est, je pense, le rêve pour tout fan de hardware militaire, de mil sim d’opérations spécifiques à échelle réduite. Ceux pour qui la différence entre un missile AIM-120 AMRAAM et un YJ-83 chinois est une évidence.

Détail des avions de chasse boliviens.

Alors heureusement le jeu propose une fiche très détaillée pour chaque unité, avec le type de cible qu’elle peut traiter et le type de missile dont elle dispose mais on va dire qu’un débutant ne va pas y comprendre grand chose au début et le risque d’envoyer la mauvaise unité au mauvais endroit est grand. Surtout qu’une fois vos unités en vol, un retour à la base implique un passage obligatoire par un état de maintenance/repos, donc si au début d’un scénario un avion met 2 minutes pour décoller, après son premier run celui-ci aura besoin de plusieurs heures ingame pour réarmer et se préparer à repartir en mission, quand on sait que la plupart des scénarios vont de 4h à deux jours, on comprend vite l’intérêt de bien calculer à quel moment vous aurez besoin de quelles forces.

INS Vikramaditya (ancien Admiral Gorshkov) coulé mais les pertes sont lourdes

Pour ma part, j’avoue que j’aime la gestion sur le long terme et à grande échelle, c’est à dire lorsque je peux garder mes unités d’une mission à l’autre, les voir évoluer ou gérer une partie de la production et opposer des forces conséquentes. Ce n’est pas le cas ici bien que je me demande comment se jouent des opérations plus grandes, comme celles proposées par le DLC Shifting Sands ou Desert Storm. Après, l’acquisition de tous les DLCs représente un budget non négligeable. Il y a un éditeur de mission bien sûr mais celui-ci doit demander un investissement en temps et recherche d’informations non négligeable. Command: Modern Operations a donc un public très spécifique, les scénarios prennent du temps et les plus simples ne représentent pas un grand challenge. Ce qui est normal, il y a une différence entre utiliser trois frégates pour éliminer une dizaine de jonques pendant la guerre du Vietnam et un hypothétique scénario opposant un porte-avion Indien à un porte-avion chinois en mer de Chine méridionale. Vos performances sont calculées en fin de scénario (souvent en rapport avec les pertes de chacun, vu que les forces sont limitées).

Il ne me reste que mes canons de 30mm, afterburner pour arriver à portée et tenter d’éliminer l’avion ennemi.

Si le jeu permet vraiment de mettre en perspective les difficultés et challenges de la guerre moderne, l’importance de la course à l’armement et la fragilité de certains pays face à d’autres, il n’a pas non plus la profondeur et le « fun » de proposer des scénarios « what-if » sur la durée. Pas question ici de tenter de voir ce que donnerait une guerre mondiale, il faudrait un pc de la NASA pour la modéliser.

Grosse salve de missile au départ des navires chinois

En fait, le tout reste assez mathématique et froid (je ne parle pas de l’interface car on s’y habitue vite malgré le côté austère et qu’une carte du monde est un très bon terrain de jeu) de par ses limitations mais ouvre aussi les portes à une infinité de scénarios. Je suis clairement impressionné par la richesse offerte par le jeu et j’ai pas mal apprécié faire un dogfight contre un F-16 Vénézuélien en faisant pause toutes les deux secondes afin de réguler ma vitesse et lui re-balancer une rafale au canon ou encore sacrifier mes sous-marins d’attaque pour couler un porte-avion alors que mes frégates coulaient l’une après l’autre sous une salve continue de Vampires (missiles ennemis en approche). Malgré cela, je ne suis probablement pas assez versé dans les détails militaires et les spécificités de l’armement pour m’enthousiasmer sur le type de missiles à ma disposition. Les débuts de mission sont parfois aussi très lents, avec des scénarios vous demandant d’atteindre un point que votre navire, à sa vitesse normale, mettra des heures IRL à atteindre. Et finalement, il est totalement possible de réussir un scénario en jouant agressivement, vu qu’on ne se préoccupe pas trop des pertes, celles-ci n’ayant pas d’influence au-delà du dit scénario, si ça rend le jeu un peu plus accessible au néophyte que je suis, ça le rend aussi moins exigeant tactiquement.

C’est les civils qui gênent !

Pour terminer, je pense qu’il est important de savoir si le jeu est pour vous avant de vous y plonger. Tous ceux qui auront été convaincus par le premier opus n’ont pas de soucis à se faire, de nouveaux scénarios, l’adaptation automatique des anciens, de nouveaux types de terrain et une évolution des opérations amphibies laissent à penser que le jeu va continuer à évoluer dans le bon sens en offrant toujours plus de possibilités et de réalisme. Reste ceux qui, comme moi, sont curieux mais ne savent pas si le jeu n’est pas trop complexe pour eux. Paradoxalement, ce n’est pas la complexité de l’interface ou de la gestion des unités qui me semble la plus difficile à surmonter, si vous accrochez tout cela viendra très vite. Le seul point noir, c’est au final de savoir si vous trouverez scénario à votre pied sans devoir débourser directement pour les DLC du premier opus (à nouveau le jeu propose quand même plus de cinquante scénarios indépendants mais certains sont déclinés en plusieurs versions) et si vous y trouverez votre plaisir. En revanche si vous avez toujours rêvé de créer une situation fictive ou réelle entre les forces de différents pays, n’attendez plus car c’est là la simulation la plus poussée et crédible que vous trouverez.

Genre : Wargame, Simulation militaire

Développeur : Warfare Sims

Editeur : Slitherine ltd

Page Steam
Prix: 68€ (-50% pour les détenteurs du premier opus jusqu’en janvier)

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

SA_Avenger

Le Belge taciturne du groupe, pas fan de quoi que ce soit mais touche-à-tout aux goûts éclectiques, amoureux du cinéma, de littérature et de chanson française à texte, bref un nostalgique invétéré. Ancien beta testeur hardcore, je joue encore régulièrement à des jeux obscurs aux règles complexes que je termine d'ailleurs rarement.

3 pensées sur “Command: Modern Operations

  • 16 novembre 2019 à 4 h 34 min
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    Ça a l’air intéressant, j’essaierais bien, voyons voir la page Steam…

    68€ ? Ok, je vais plutôt attendre les prochaines soldes et acheter 3-4 jeux pour le même prix.

    • 16 novembre 2019 à 8 h 33 min
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      Oui le prix d’entrée est assez élevé (pas inhabituel pour les wargames certes mais quand même…), surtout si on désire acquérir les dlcs (+ 100€) ou TacView (application tiers qui permet une modélisation en 3D des unités) qui revient lui à 50€ avec la réduction.
      Alors heureusement pour les possesseurs du premier opus il y a 50% de réduction jusqu’en janvier mais pour les autres, il vaut mieux être certain d’aimer avant.

  • 17 novembre 2019 à 12 h 03 min
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    Je suis fan de ce type de jeu depuis… Harpoon. J’ai peur d’y plonger et de relevez le nez de l’écran en 2024.
    J’ai le précédent. On en parle au prochain Dystospeak, le podcast de l’excellence?

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