Barbarian Kingdoms

La première partie de Barbarian Kingdoms a été faite à trois joueurs et j’ai apprécié. Christophe, l’auteur, nous a fait part de son envie de proposer un jeu pour les grandes tablées donc c’est avec plaisir que je me suis lancé dans une partie à cinq joueurs. Plutôt que de refaire le même article que le précédent en mode « à cinq, c’est mieux ou pas ? « , je vais m’atteler à parler de mon ressenti global sur la partie en elle-même et ce que je pense du jeu avec le recul. L’article se conclura par une interview de Christophe que j’ai pu rencontrer au Festival de Vichy.

Tout d’abord, je ne suis pas aussi adepte des grandes tablées que certains joueurs. La réalité fait que dans mon trou perdu, les joueurs se font aussi rares que les vaches sont nombreuses… Mais je ne désespère pas de jouer à Barbarian Kingdoms en physique avec le nombre maximal de joueurs au moins une fois. Ceci étant posé, j’ai pu m’essayer à une partie sur Tabletopia (que je préfère à TTS) avec Christophe, Harvester et deux autres joueurs, dont un débutant.

Nous poserons un voile pudique sur mon niveau de jeu plus que discutable et mes tentatives de briller devant des joueurs bien plus compétents que moi. Je dois finir bon dernier comme trop souvent, mais je me suis amusé et c’est l’essentiel. Parce que jouer à trois, n’est pas jouer à cinq. Lorsqu’à trois joueurs l’interaction peut sembler faible (ce qui est loin d’être le cas), à cinq elle est omniprésente.

Il est quasiment impossible de ne pas se retrouver devant un autre adversaire qui n’hésitera pas à intervenir s’il sent la menace trop proche. Il y a eu pas mal d’affrontements et de discussions autour de la table. Pas tant de la négociation en mode « t’y vas et je te laisse tranquille au tour prochain », mais des réflexions sur la meilleure tactique à suivre en fonction de son peuple ou de la provocation bon enfant pour inciter un joueur à se lancer dans une bataille pour mieux le poignarder dans le dos ensuite.

Et fait intéressant, les quinze minutes par joueur sont respectées dans cette configuration. Le temps d’attente est relativement faible malgré le nombre. Je n’ai jamais eu le sentiment d’attendre de longues minutes pendant la partie. Les joueurs étant régulièrement invités à intervenir dans le tour des autres joueurs pour participer à un combat ou pas, on n’est rarement passif en attendant de jouer.

Observer les adversaires, anticiper ses actions et s’adapter sont très importants. L’asymétrie des royaumes obligent aussi les joueurs à ne pas se fixer uniquement sur leur pouvoir et leur lieu de départ pour élaborer une stratégie. Les Huns sont, par exemple, très enclavés, mais possèdent un pouvoir très puissant pour s’étendre rapidement.

A contrario, d’autres royaumes miseront sur leur force dans les combats ou leur capacité navale afin de vaincre. Les aides de jeu recto/verso et le plateau joueur permettent de s’affranchir très rapidement de la règle de jeu tant l’ensemble est intuitif. Je l’ai dit à Christophe : pour moi, cette lisibilité est une des grandes qualités du jeu.

Confirmation de cette lisibilité avec le proto physique du jeu que j’ai pu voir à Vichy. J’étais dubitatif à cause du parti pris graphique (que j’aime beaucoup au demeurant) concernant la lisibilité globale du jeu, notamment pour les provinces, avec une version physique. Mes doutes se sont envolés dès que j’ai vu le plateau et le matériel.

C’est très bien édité. Les couleurs sont bien présentes sans gâcher le travail graphique, le matériel est cohérent sans sacrifier à une surproduction qui rendrait le jeu plus « chatoyant » au détriment de la fluidité.

Le proto en vrai de vrai.

Pour conclure et laisser la parole à Christophe, je trouve que Barbarian Kingdoms a réussi son objectif : un jeu d’affrontement simple à expliquer, facile à jouer, rapide (15 minutes par joueur) et suffisamment profond pour avoir envie d’être rejoué régulièrement. La mécanique de pot de vin est, pour moi, le très gros point fort du jeu.

En permettant au joueur de ne jamais être totalement perdant lors d’une bataille et de ne pas subir la partie comme cela peut être le cas dans ce type de jeu. Si c’est votre type de jeu et que vous ne souhaitez pas sortir un jeu durant trois heures, Barbarian Kingdoms est une très bonne pioche. N’hésitez pas à suivre la campagne sur Gamefound !

Bonjour Christophe, peux-tu présenter l’équipe de Jester Games à nos lecteurs stp ?

Bonjour Machiavel !

Jester Games, est une nouvelle maison familiale d’édition de jeux de société, basée en Haute-Savoie. Nous travaillons en couple : Aurélie (mon épouse), et moi-même. Aurélie s’occupe essentiellement de la partie artistique et graphique, quand je m’occupe des mécaniques de jeu et de l’édition matérielle.

Pour Barbarian Kingdoms, notre premier projet, nous avons aussi embarqué dans l’aventure des compétences externes : Nicolas et Benoît de chez Synergy Games pour l’accompagnement éditorial, Sergey Shikin et Nasos Maloudis pour certaines créations artistiques, Victor Bardolle pour des conseils en marketing, ainsi que des traducteurs, relecteurs et testeurs bénévoles (que je remercie vivement !).

Peux-tu nous présenter Barbarian Kingdoms ?

Barbarian Kingdoms est un jeu rapide de conquête et de bluff pour 3 à 6 joueurs. Il nous transporte à la fin du Vème siècle, tandis que l’Empire Romain vient de s’effondrer. Chaque joueur va prendre en main le destin de l’un des six « royaumes barbares » du jeu : Huns, Ostrogoths, Vandales, Wisigoths, Saxons et Francs.

Dans cette course à l’objectif à la conquête du Vieux Monde, chaque Royaume tente de prendre l’ascendant sur ses rivaux en étant le premier à contrôler 7 territoires ou en éliminant 2 rois adverses. Le déroulement du jeu est extrêmement fluide, puisqu’à son tour chaque joueur ne va effectuer qu’une seule action (parmi 5).

La mécanique des batailles est très originale, comment t’est venue l’idée ?

Deux jeux m’ont influencé pour la mécanique des « pots-de-vin » : Rising Sun et le Poker. De Rising Sun j’ai retenu l’idée de miser pour la résolution du combat ; du Poker j’ai retenu celle de pari à somme nulle, d’information incomplète, et de tapis persistant (appelé « trésor » dans BK).

Pendant le développement, l’implémentation de cette mécanique a pas mal évolué mais l’essentiel est resté inchangé : l’échange des mises entre le gagnant et le perdant. Le bluff permet d’ouvrir l’issue des combats sans recourir au hasard, et l’échange des mises permet d’équilibrer les choses tout en ouvrant la palette tactique.

Etait ce une volonté dès le début du développement de rendre Barbarian Kingdoms très interactif ?

Absolument ! Comme auteur, j’essaye de créer un jeu qui me donne envie de jouer. Pour moi, un jeu de société doit intégrer ce qui fait l’essence de la société : l’interaction. Il y a évidemment de très nombreuses façons de faire interagir des joueurs, et un jeu de conquête se prête bien à l’interaction directe. Pour Barbarian Kingdoms, j’ai sélectionné certaines mécaniques (contestation, enchères cachées, bluff), et j’en ai exclu d’autres (ainsi, il n’y a pas d’élimination de joueur). Le résultat est un jeu stratégique de conquêtes plus que d’affrontements (nettement moins nombreux que dans d’autres titres). C’est souvent le positionnement et la temporisation qui feront la différence plus que la force brute.

Tu as souvent dit dans tes parties que tu préférais les grandes tablées pour jouer or Barbarian Kingdoms peut se jouer à partir de trois joueurs. Est-ce une volonté ou une obligation pour élargir la cible ?

J’aime les grandes tablées pour jouer, mais c’est personnel ! Je ne joue jamais seul, rarement à deux et assez peu à trois joueurs. Mais dans le monde du jeu de société, en 2022, il semble que 3 joueurs ce soit déjà beaucoup ! Si j’annonce que Barbarian Kingdoms est jouable à partir de trois joueurs, c’est parce qu’il a été dûment testé et propose une expérience de jeu pleinement satisfaisante dans cette configuration. Barbarian Kingdoms a également été testé à deux joueurs, mais offrait une expérience dégradée, alors j’ai préféré faire l’impasse dessus sans chercher à « élargir la cible » aux forceps…

Quel est d’après toi le public idéal pour Barbarian Kingdoms ?

Barbarian Kingdoms a été créé avec en tête un certain profil de joueur (ce que les marketeurs appellent un « persona ») : un homme de 30-55 ans, jouant occasionnellement entre amis, qui a vraisemblablement joué à Risk il y a quelques décennies…

Ce qui différencie Barbarian Kingdoms des autres ténors du genre, c’est avant tout son accessibilité : les règles s’expliquent en 10 minutes environ, le jeu s’installe en 5 minutes, la partie dure environ 15 minutes par joueur et les tours s’enchaînent sans temps morts. Ce positionnement « adulte occasionnel » est assez original, et explique que nous n’ayons rien voulu sacrifier à la profondeur du jeu.

Bien évidemment, le jeu s’ouvre aussi à d’autres publics, et beaucoup de tester nous remontent avoir eu beaucoup de plaisir à jouer en famille.

Comment a été choisie la direction artistique (très sobre, j’aime beaucoup) ?

C’est Aurélie qui s’est chargée de définir et de réaliser la direction artistique. Nous cherchions à créer un univers graphiquement mature et extrêmement lisible (avec de gros efforts d’ergonomie), pour répondre à notre cœur de cible de joueurs adultes et occasionnels. Pour coller au thème historique, nous avons opté pour un certain réalisme.

Enfin, pour être cohérent avec le segment de marché ciblé, nous avons cherchés à garder le jeu accessible financièrement : nous avons donc optimisé le matériel pour être à la fois fonctionnel et qualitatif, sans tomber dans le piège de la « surproduction ».

Pourquoi Gamefound et non Kickstarter, voire Ulule, pour lancer le projet ? Les conditions sont plus avantageuses ?

Nous avons souhaité lancer directement le jeu à l’international, en proposant au moins une version anglaise en plus de la version française. Nous pensons que viser ce marché plus vaste peut nous permettre d’atteindre plus facilement nos objectifs de financement. Du coup, nous avions essentiellement le choix entre deux plateformes : Kickstarter et Gamefound.

Kickstarter conserve encore un fort avantage pour ce qui est de la génération de trafic interne. Mais nous avons néanmoins choisi la nouvelle plateforme Gamefound, qui est spécifiquement dédié aux jeux de société, pour sa palette de services intégrés facilitant la vie d’un petit éditeur : page de pré-campagne (qui offre une bonne visibilité avant le lancement), gestionnaire de souscriptions intégré, gestion des taxes et frais de transport, excellent support, etc.

Pourquoi avoir créé Jester Games ?

Lorsque nous avons commencé à travailler sur Barbarian Kingdoms, nous ne connaissions pas grand chose aux coulisses de l’industrie du jeu de société. A l’époque où nous avons remporté le prix Ludinord, nous avons été en contact avec plusieurs éditeurs.

De part notre mode de fonctionnement (développement simultané du gameplay, des graphismes et des aspects éditoriaux) ainsi que par le public ciblé, nous ne rentrions pas vraiment dans les cases… Comme nous croyions énormément au projet et que nous avions des envies d’entreprenariat, nous nous sommes lancés !

Quels sont les objectifs de Jester Games une fois Barbarian Kingdoms livré ?

Nous voulons continuer à assurer le suivi éditorial de Barbarian Kingdoms. Si le jeu parvient à trouver son public, nous envisageons le développement d’une extension afin d’enrichir, de prolonger et de renouveler l’expérience.

Nous aimerions aussi commencer le développement d’un tout nouveau jeu. Mais afin de ne pas nous disperser, nous attendons d’avoir terminé l’étape d’envoi des fichier de production de Barbarian Kingdoms à l’usine avant de réellement nous y mettre. Pour l’instant, j’en suis à une phase exploratoire mais nous nous orientons vers un 4X qui porte les mêmes objectifs d’accessibilité, de profondeur et de maturité thématique que Barbarian Kingdoms.

Merci à toi, je te laisse le mot de la fin !

Merci surtout à Dystopeek pour votre soutien ! C’est vraiment stimulant de voir que notre projet peut susciter de l’adhésion ! Nous avons certes investi beaucoup de temps, d’énergie et d’argent dans le développement et l’édition de Barbarian Kingdoms mais nous l’avons fait avec passion.

Comme nous n’avons pas le même accès aux canaux publicitaires que certains concurrents, du coup nous comptons beaucoup sur l’enthousiasme de notre petite communauté et le bouche-à-oreille ! Que celui qui a des oreilles entende…

Machiavel

Toujours à l'affût de ce qui peut piquer ma curiosité, peu importe le domaine avec une légère préférence pour les jeux vidéo, le cinéma, la littérature, les séries TV, les jeux de société, la musique, la gastronomie, les boissons alcoolisées et quelques autres petites choses . Ma curiosité est telle le tonneau des danaïdes, sans fond.