Bannermen

On a tous des moments où le sentiment l’emporte sur la raison. Ruvon quand il part en « visite culturelle » aux Pays-Bas, Machiavel quand il va sur Kickstarter… Pour ma part, c’est sur la page Steam de Bannermen que c’est produit le dernier drame en date. Les évaluations n’étaient pas terribles, à ce propos n’oubliez pas de vous abonner à notre page de curateur Steam, mais le prix tout doux et les graphismes me plaisaient. Donc oui, j’ai craqué. Et comment vous dire… Je regrette un peu, à l’instar de Machiavel quand il reçoit son relevé bancaire.

Bannermen nous met dans la peau de Lord Berrian, qui prend une méchante fessée lors de son affrontement contre Karthor, le grand méchant qui ne peut, à priori, pas être tué par des armes conventionnelles. Notre héros part donc en quête d’un moyen de se débarrasser de Karthor et parcourt le monde en quête d’alliés. Le tout en 23 missions. 23 missions ! On pourrait croire que la durée de vie va être vertigineuse, qu’il y aura des batailles épiques et des retournements de situation en pagaille mais en fait… non. Pathos Interactive a une conception assez étrange du découpage de l’histoire dans un jeu vidéo. Je sais que le scénario n’est pas le point fort des STR mais tout de même : certaines missions, dites « d’infiltration » se règlent en quatre minutes tandis que les missions standards se résument à construire une base (en dix minutes) et raser celles de l’IA (en 5 minutes). Vous allez donc vous cogner des débuts de partie à la chaîne, en appliquant tout le temps le même schéma. Ouais, on a connu plus palpitant.

Si encore c’était pour déclencher des évènements spécifiques. Mais non, même pas : vous arrivez dans un coin, les locaux ont un souci (avec des méchants ou… vous) et vous voilà obligé de repartir à zéro. Pas de retournement de situation, des passages bien lourdingues (sérieusement, le mec prend le temps de faire des combats en arène alors que le monde s’écroule ?) et des dialogues dignes des textes de SAAvenger avant correction. Mais « osef » me dira le lecteur qui prend un peu trop ses aises, « nous ce qu’on veut c’est que ça bastonne » ! Alors ouais, ça bastonne mais il ne va pas falloir espérer des affrontements épiques et des assauts contre des forteresses inexpugnables.

Dans Bannermen, c’est plutôt 20 bonhommes qui se lattent pendant 30 secondes. Il faut dire que leur durée de vie est digne de celle d’un donut dans un commissariat américain : deux coups d’épée et c’est fini. Surtout quand votre héros, dont vous pouvez améliorer les compétences et pouvoirs entre deux missions, s’en mêle. Cela pourrait être bien s’il ne fallait pas autant de temps pour construire ou produire le moindre truc. Si encore l’IA offrait un quelconque challenge, ça serait bien. Mais non, vous savez que vous allez prendre un petit rush en début de partie puis que vous aurez le temps de blinder votre base avant de sortir en mode rouleau-compresseur.

Pour le moment, j’avoue avoir l’impression de m’acharner sur un mec mis au sol et pourtant, je n’ai même pas abordé le souci des troupes. Elles sont jolies tout plein, si comme moi vous aimez le genre austère moyenâgeux. Mais elles sont très peu variées, comptez une petite dizaine d’unités différentes réparties entre les sempiternels chevaliers, fantassins, archers et autres engins de siège. C’est très (trop ?) peu, surtout qu’il n’y a qu’une seule faction jouable. Oui, une seule. Et non, pas la peine de vérifier, nous sommes bien en 2019. Ce n’est donc pas de ce côté qu’il faut chercher pour trouver un bon point à Bannermen. Mais où regarder alors ?

La réalisation est très correcte, avec des animations sympathiques lors des combats, incluant ragdoll et autres détails gore. C’est dynamique et rigolo, laissant les champs de bataille temporairement recouverts de pièces d’armures et flaques de sang. Mais c’est bien peu, d’autant que comme d’habitude la caméra est bien trop collée au sol pour avoir une bonne vision d’ensemble.

Alors oui, Bannermen était un achat idiot. Le pire est que le jeu n’est pas vraiment mauvais, il manque simplement de tout (ça me rappelle un rédacteur de Dystopeek ça…). En jouant au titre de Pathos Interactive, on a l’impression qu’ils ont voulu montrer qu’ils savaient développer un STR, un qui aurait du potentiel en plus. Mais qu’en chemin ils se seraient dit qu’en fait ça prend du temps, qu’ils ont aqua-poney et que les pizzas vont refroidir. Alors ils ont sorti un squelette de jeu, sur lequel ils ont oublié de rajouter ce qui fait l’intérêt. En l’état, avec ou sans promotion, je vous déconseille Bannermen. L’histoire est inintéressante, le gameplay archi-classique, le contenu rachitique. Que les 23 missions de la campagne ne vous induisent pas en erreur, la même chose aurait pu être faite en une demi-douzaine de chapitres. Et n’essayez pas de vous convaincre avec la composante multijoueurs, celui-ci étant désert. Allez, on range sa fierté et on admet son erreur ! Quant aux développeurs de Pathos Interactive, ils ont prouvé qu’ils pourraient, s’ils voulaient. Mais le veulent-ils vraiment ?

Genre : Stratégie

Développeur : Pathos Interactive

Éditeur : 2tainment GmbH

Date de parution : 21 févr. 2019

 

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

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