Les Jeux d’Aventure en Pixels

Les jeux d’aventure, plus souvent appelés point&click aujourd’hui, sont toute mon enfance. Littéralement. Entre Monkey Island 2, Day of the Tentacle et autres Sam&Max, ils ont occupé tout l’écran du PC familial (en garde partagée avec les jeux de gestion comme Sim City ou Theme Park). En parallèle, je lisais Joystick et j’y ai découvert la mauvaise foi, une approche intelligente du jeu vidéo ou encore la hype que pouvait générer un article bien écrit. Oui, Léo de Urlevent, je pense à toi et à ton maudit test d’A4-Networks. Impossible de t’en vouloir car c’était du pur génie à l’écriture, mais une fable si éloignée de ce que propose le jeu en réalité.

Dans Joystick, j’en ai vu des pseudos défiler, mais un en particulier m’est resté en mémoire : Cyrille « Moulinex » Baron. Pourquoi celui-là plus qu’un autre, va savoir. Je n’ai pourtant jamais eu l’impression qu’il passait les jeux au mixer dans ses textes, à la différence de Kahn Lust qui teste à la tronçonneuse. Tout de même, revoir ce nom sur la couverture du livre « Les Jeux d’Aventure en Pixels », ça m’a fait quelque chose. Et ça m’a rappelé l’âge que j’ai.

Mais ce n’était rien face à ce qui m’attendait quand j’ai tourné les pages. De la nostalgie en masse, du souvenir d’après-midi pluvieux dans la maison familiale, de la soluce grattée dans des magazines achetés uniquement pour ça… Bienvenue dans la préhistoire du jeu vidéo, cette époque où notre Sigarrett était déjà vieux.

Déjà, l’ouvrage est très réussi. Papier de qualité, belles couleurs, nombreuses illustrations et images de jeux en pleine page, il ne déparera pas dans votre bibliothèque. Le format est adapté au contenu et s’il ne s’agit pas d’un livre de poche qu’on emmènera partout, avec sa couverture à la fois sobre et pleine de clins d’œil, vous n’aurez pas honte de le lire en terrasse. Si j’ai rencontré quelques pages ayant connu des difficultés d’impression, je mets ça sur le compte de la version « presse » et je pense que le problème ne se posera pas sur la version du commerce.

La première partie retrace les débuts du jeu vidéo, pour nous emmener vers l’émergence des premiers jeux d’aventure textuels. Complètes et accompagnées d’interviews, j’assimile ces premières pages à de l’archéologie vidéoludique. On s’oriente vite sur les jeux d’aventure dans leur ensemble et comment la démocratisation d’une technologie en particulier allait avoir une influence considérable sur le genre : la souris.

Les interviews sont très intéressantes, surtout quand on voit que certains sont aujourd’hui aux antipodes du jeu vidéo. On sort doucement du point&click pour intégrer d’autres gameplays, avec des choix parfois surprenants. Voire discutables. Another World, Flashback, B.A.T., autant de jeux qui nous font vivre une aventure, certes, mais à ce compte-là, on peut ranger beaucoup de titres (dont tous les jeux de rôles par exemple) dans la même catégorie.

La dernière partie est celle qui me convient le moins. Censée nous présenter l’évolution du genre (en gros, des jeux « récents »), elle regroupe des titres au gameplay très varié, sans forcément de cohérence, même chronologique, tout en incluant de purs point&clicks à l’ancienne comme Technobabylon. L’idée de voir comment le genre à fait germer d’autres interfaces, d’autres narrations, est très bonne ; y refourguer des hommages au passé aussi réussis soient-ils me semble aller à l’encontre du propos. Surtout que ça tourne à l’accumulation de titres sans plus de discours ni de justification jusqu’à la dernière page.

Il n’était évidemment pas possible ni souhaitable de faire un inventaire exhaustif et ce n’est pas le sujet du livre, mais certains jeux n’ont pas été évoqués et ça ne manquera pas de faire réagir. L’absence de Dune est difficile à comprendre pour moi par exemple. Je comprends l’importance historique de la franchise, mais les vingt pages consacrées à Leisure Suit Larry semblent surdimensionnées alors que l’absence de la série Blackwell et son importance dans le renouveau du genre est inattendue.

C’est d’ailleurs peut-être ce qu’il manque, un vrai développement sur le retour en grâce du jeu d’aventure « à l’ancienne ». Les studios Pendulo, Wadjet Eye et autres Daedalic sont bien évoqués, mais cela reste un peu noyé dans cette dernière partie un peu trop inclusive pour sa propre cohérence.

Encore une fois, l’exercice est très ambitieux et le contrat est plus que rempli sur la première moitié du livre ; j’aurais souhaité avoir tout autant de plaisir à lire la suite, qui donne l’impression d’avoir été expédiée en comparaison.

Reste le point qui m’a le plus déçu : l’écriture. Les tournures de phrases ne sont pas toujours heureuses, il y a des répétitions et la traduction des interviews est moyenne et sonne très artificielle. Peut-être ma nostalgie m’a rendu trop exigeant, mais j’attendais mieux que cette succession de phrases creuses quand j’ai vu le nom de l’auteur.

Entendons-nous bien : malgré tous ces bémols, c’est un très bel ouvrage, qui ravivera les souvenirs des dinosaures et qui est un très intéressant historique d’une partie de l’industrie du jeu vidéo pour les plus jeunes. Les choix éditoriaux peuvent tous se justifier, même s’ils auraient mérité d’être mieux répartis et catégorisés. J’ai dévoré ce livre, découvrant des anecdotes et des secrets de production avec plaisir, les images pleine page sont très sympas (malgré un texte d’accompagnement souvent sans consistance) et j’ai eu un peu l’impression de rencontrer certaines des légendes du jeu vidéo à travers ces interviews.

C’est donc après avoir pris sur le râble le poids du quart de siècle qui me sépare de mes premiers émois vidéoludiques avec Guybrush que je vous invite à vous le procurer, que vous soyez un amateur de jeux d’aventure ou simplement intéressé par l’histoire de la naissance de l’industrie du jeu vidéo, dont le genre est indissociable. Et vous aurez la classe à la plage.

Genre : Livre d’histoire du jeu d’aventure

Auteur : Cyrille « Moulinex » Baron

Éditeur : Geeks-Line

Date de parution : 27 mars 2019

Prix : 29,99€

Pour vous le procurer, suivez ce lien

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

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