A Plague Tale: Innocence

Je suis rarement impressionné ou touché par les histoires dans les jeux vidéo qui n’arrivent, à mon humble avis, en général pas à acquérir la profondeur et la complexité qu’on retrouve dans les livres et les films. Malgré cela j’apprécie l’immersion apportée par le medium et les jeux à histoire m’attirent. Encore plus s’ils sont axé sur l’Histoire.

Juste un petit aperçu…

Il va sans dire que je n’ai pas résisté longtemps à l’appel de A Plague Tale: Innocence. Rien que pour le sujet traité et au vu des vidéos d’un parti pris assez sombre de l’histoire. Petit conseil d’ailleurs, évitez les vidéos du jeu car vous allez vous faire spoiler et c’est dommage. Une grosse partie (la première) du jeu se joue sur une montée crescendo des événements avec des découvertes macabres ou non. Je vais tenter d’éviter les spoilers (et choisir des captures d’écran ne va pas être facile car le jeu est tellement beau que j’ai envie de tout partager!) mais le patron ne serait pas content si je me limitais à dire « GOTY, go buy! ». On va donc étoffer tout ça un peu.

Qu’est-ce qu’elle mijote ?

Les petits gars (et filles of course) de chez Asobo étaient jusqu’ici presque inconnus. Ils se sont principalement concentrés sur des « commandes » et A Plague Tale est leur premier vrai jeu en solo. Chapeau d’ailleurs à Focus Home Interactive pour avoir osé supporter le projet ET pour l’avoir soutenu financièrement de manière à ce qu’il soit techniquement terminé. C’est tellement rare cette année que ça mérite d’être souligné.

Un jeu complet à sa sortie ? On brûle un cierge!

L’histoire commence en vous plongeant dans la peau d’Amicia, une jeune noble dont le frère malade, Hugo, est cloîtré et soigné par sa mère. Assez vite le malheur arrive sous les traits de l’Inquisition à la recherche de celui-ci. Amicia doit fuir avec son frère alors qu’en même temps la terre se déchaîne et qu’une marée de rats déferle sur le monde. C’est l’époque de la Peste Noire (1347-1352) qui tua un européen sur trois.

ça rat croche!

La plus grosse partie du jeu va donc alterner entre échapper aux hommes de l’Inquisition (principalement de l’infiltration) et s’assurer un passage au milieu des rats en jouant avec la lumière. En effet, Amicia est et reste une jeune fille qui, si elle est très douée à la fronde, ne peut faire face à un homme en armes. Le côté infiltration est en général assez simple et ne demande pas des compétences d’outre-tombe. Il y a malgré tout quelques passages plus frustrants où on ne sait pas toujours par où aller. Paradoxalement, c’est au final à l’endroit où il y avait le plus de soldats ennemis que j’ai pu me permettre d’être le plus bourrin. Mais à part ce moment précis le jeu, sans être réellement difficile, ne laisse que peu de place à l’erreur. Heureusement les points de sauvegardes sont en général bien placés et vous n’aurez pas trop à refaire.

Les décors sont sublimes.

C’est là à mon humble avis qu’Asobo montre son expertise, le tempo du jeu est bon, l’alternance de phases de gameplay évite une fatigue trop rapide du joueur et renouvelle assez souvent l’intérêt lorsqu’on reprend chacune dans un nouveau décor (qui je ne le dirai jamais assez sont superbes). Même lorsque vous devez vous trimbaler votre petit frère, tout se passe de manière organique et intuitive. Les animations sont presque parfaites (à part un ou deux petits couacs en début de jeu), votre frère vous tient la main la plupart du temps et vous réagissez comme un seul personnage. Même lorsqu’il faut porter celui-ci ,ce qui vous ralentit (chose que je hais en général dans les jeux), ces moments sont tellement courts et logiques que ça ajoute au lien entre les personnages et à la qualité de l’histoire.

C’est un peu l’image de Dystopeek qui porte Harvester sur son dos.

L’évolution de la relation entre Amicia et Hugo représente une grosse partie de l’histoire et elle est parfaitement amenée. On joue des enfants dans un monde en proie à l’horreur et s’il y a parfois des moments d’une certaine naïveté on peut difficilement rester insensible aux déboires auxquels ils font face. Même la collecte de certaines collectibles est parfaitement liée aux personnages et amène (dans le cas des fleurs) un moment de calme presque touchant.

Les fleurs ramassées ne sont pas justes pour le trophée mais sont visibles en jeu !

Le jeu offre aussi un aspect léger d’exploration, avec en plus des « collectibles », des ingrédients alchimistes à ramasser soit pour améliorer les « compétences » d’Amicia à des établis parsemés à certains endroits soit pour concocter des potions qui seront indispensables à votre progression. C’est parfois un peu frustrant de manquer d’ingrédients juste au moment où le jeu vous donne enfin accès à un établi d’alchimiste mais il y a en général assez d’ingrédients pour ne jamais être bloqué dans le jeu.

Il vaut en général mieux avoir un bon stock d’Ignifer

Cette collecte d’ingrédients est importante et oblige parfois à prendre des risques car on ne peut en général pas retourner sur ses pas. Une grosse partie du jeu se joue en couloir, ce qui certes diminue la rejouabilité mais focalise parfaitement le joueur sur son but. De plus le world design est de très bonne qualité et on se sent rarement piégé de manière « injuste » (pas de mur invisible dieu merci)

J’ai dit que le jeu est superbe ? Et c’est sur une PS4 classique !

A mes yeux A Plague Tale: Innocence est un jeu à part, qui sort d’ailleurs de presque nulle part, et qui réussit totalement son pari. C’est juste, c’est prenant, c’est beau et c’est bien fait. Au vu des sorties de cette année pour l’instant c’est mon GOTY et vous pouvez foncer les yeux fermés. Asobo a fait un travail épatant. Après ce n’est pas pour dire qu’il n’y a pas quelques défauts.

On va garder Asobo à l’oeil!

Déjà la dernière partie du jeu pêche par sa volonté de terminer « comme un jeu ». J’aurais très bien pu me passer de « batailles contre des boss » qui, si elles sont loin d’être impossibles, sont plus frustrantes qu’autre chose et n’apportent au final pas grand chose (à part un changement de tempo). Le jeu va aussi vous fournir assez peu d’indices visuels, la plupart étant audio (il faut donc ne pas être distrait) mais malgré ceux-là j’ai eu quelques moments (heureusement assez rares mais qui peuvent vite prendre du temps) où je suis mort à répétition pour arriver à comprendre ce qui était attendu du joueur. Comme dit plus haut, le moindre faux pas va vite vous coûter la vie.

Plus que pas mal même! GOTY je dis!

Techniquement, les rats ont fait beaucoup parler d’eux mais comme pour World War Z, si on salue l’effet visuel initial, on remarque vite les trucs utilisés pour réussir celui-ci. Dans le cas des rats de A Plague Tale, ils perdent vite de leur crédibilité. Ils jouent plus le rôle de zone d’effet qu’autre chose et il suffit d’un seul qui vous touche pour lancer la curée.

L’ambiance est parfaite.

Même chose pour le côté infiltration, si toute la partie avec Hugo est parfaitement intégrée, lorsqu’il y a plus de personnages le processus varie. Soit ils vont rester sur place et risquent d’être vus tout comme vous, soit ils vont paraître totalement invisibles aux ennemis, ce qui casse un peu l’ambiance. D’ailleurs les gardes ont tendance à vite oublier qu’un de leur camarade vient de se faire assommer mais c’est là un principe général du genre.

Allez Thierry!

Au niveau des voix, j’ai l’habitude de jouer en anglais mais les voix françaises sont de bonne qualité pour les personnages principaux. C’est d’ailleurs en anglais que j’ai eu le plus de mal à m’y faire car l’actrice qui donnait la voix à Amicia a, je suppose, voulu faire un accent français et a donné à la place un accent allemand. Pour un jeu qui se passe en France ça pêche un peu.

Eh ne sois pas triste! T’es quand même mon GOTY.

Vous l’aurez compris, ces quelques défauts n’empêcheront en aucun cas d’apprécier le jeu. Et je ne peux que recommander chaudement celui-ci à tous. Même pour ceux qui ont un peu peur du côté infiltration, déjà parce que celle-ci est amenée de manière tellement logique qu’on en oublie qu’on en fait mais aussi parce qu’il n’y a rien d’insurmontable à celle-ci (la preuve j’ai fini le jeu). Il faut juste accepter d’échouer de temps à autre.

On entre dans la gueule du loup.

Bref si tous les jeux étaient aussi bons à leur sortie ce serait Byzance. A noter que le jeu est assez court, une dizaine d’heures, ce qui pour moi est un côté positif : déjà parce que ça veut dire que j’ai pu arriver au bout avant de me lasser mais aussi parce que ça permet justement une histoire plus intense et mieux construite. On évite aussi tous les contenus génériques à la Ubisoft pour rallonger la durée de vie. Mais le travail effectué est tel qu’il vaut pleinement son prix. Je suis conquis !

Allez on fonce acheter le jeu ! Hop Hop !

SA_Avenger

Le Belge taciturne du groupe, pas fan de quoi que ce soit mais touche-à-tout aux goûts éclectiques, amoureux du cinéma, de littérature et de chanson française à texte, bref un nostalgique invétéré. Ancien beta testeur hardcore, je joue encore régulièrement à des jeux obscurs aux règles complexes que je termine d'ailleurs rarement.