A Hand With Many Fingers

Il fait gris. Il fait froid. Des cafés tièdes et des cigarettes sans filtre sont ma seule nourriture. De toute façon je ne peux pas sortir. La porte est verrouillée et je vois bien qu’on m’observe par la seule fenêtre du bureau.

Non, je ne parle pas de mon placard à la rédaction, mais des archives ternes et poussiéreuses de la CIA. Cela fait des heures que j’erre dans ces couloirs, à fouiller dans des cartons à la recherche de l’indice décisif.

On m’a collé ici avec pour mission d’enquêter sur Mr Hand, un banquier retrouvé mort dans un accident suspect. Mais depuis que j’ai fait le lien entre ce macchabée et d’étranges opérations au Sud Vietnam ou en Amérique Latine, j’ai la certitude d’avoir mis un coup de pied dans un nid d’abeilles.

C’est maintenant clair : on se sert de moi comme appât. Personne ne répond au téléphone quand je le décroche, la télé passe en boucle un discours de Reagan, ces années 80 sont vraiment l’apogée de la Guerre Froide et des opérations de l’ombre.

Pourtant les premiers cartons que je suis allé chercher au sous-sol ne contenaient rien de particulier. Des relations de travail. Des voyages d’affaires. Des filiales dans des pays amis des USA.

Mais une photo délavée, un rapport dont on a noirci les informations sensibles ou un article de presse en disent parfois plus qu’ils ne le laissent paraître. Heureusement, les archives sont bien organisées. Un nom, une période et une région du monde me permettent de trouver de nouvelles boites, contenant une nouvelle pièce du puzzle.

Je finis par couper la radio qui passe un jazz d’ascenseur qui me tape sur les nerfs. Le bruit de mes pas résonne trop fort dans ces couloirs qui puent la poussière administrative et les secrets cachés dans cet océan de paperasse.

Leur présence est de plus en plus visible. Cette affaire réunit d’anciens militaires, des cargaisons discrètes transportées dans des pays qui servaient de terrain de jeu à la CIA et des sommes d’argent indécentes.

Pas étonnant que cette voiture attende devant la porte du bâtiment. J’en sais déjà beaucoup, elle n’est pas là pour m’intimider mais pour s’assurer que je ne puisse pas raconter ce que je suis en train de découvrir…

Pas facile d’accès, ce petit jeu d’enquête. Austère, techniquement limité même si les graphismes font le boulot, A Hand With Many Fingers ne vous prend pas par la main. Il faut un moment pour comprendre son fonctionnement, mais dès les premiers « ah mais en fait… » on comprend la subtilité du titre, un jeu de mots plutôt bien trouvé.

Il n’offre pas non plus une récompense tangible, il a fallu que je me repasse le film dans ma tête pour comprendre quand j’ai atteint la fin. C’est cohérent avec le minimalisme du jeu, mais un peu décevant du côté du joueur.

Reste qu’il est très plaisant de punaiser des documents et les relier pour mieux mettre en forme son enquête, mais sachez que c’est uniquement esthétique et pour accompagner votre réflexion puisque la seule interaction que le jeu valide, c’est l’ouverture d’archives.

Cette chasse aux numéros de boites est intéressante et nous plonge bien dans l’ambiance, je regrette juste que si peu d’éléments constituent l’enquête. C’est réaliste de se retrouver noyé dans un amas de données qu’on doit filtrer pour avancer, on est parfois perdu mais j’aurais souhaité continuer l’investigation plus longtemps puisqu’il m’a fallu à peine deux heures pour arriver au bout.

Développé par Colestia, studio indépendant à qui on doit un grand nombre de petits jeux gratuits au propos politique et anticapitaliste (le très bon Post/Capitalism, The Visible City ou l’évocateur They Came From a Communist Planet), A Hand With Many Fingers est leur seul jeu payant à ce jour. Il a été récompensé au FreePlay Festival et très bien reçu par la presse qui se concentre sur les jeux indés.

Je mitigerais un peu ce constat de mon côté pour souligner le fait que le jeu (entièrement en anglais) ne sera pas accessible à tous. Il faut être motivé parce que le jeu ne récompensera pas votre progression d’effets sonores ou visuels et la fin vous tombera dessus sans prévenir. Mais j’ai vraiment apprécié le concept qui mériterait d’être plus exploité.

Genre : Enquête

Développeur indépendant : Colestia

Plateformes : SteamItch.io

Prix : 3,99€

Date de sortie : 9 juin 2020

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

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