The Guerrilla Generation: Cold War Insurgencies in Latin America
La série des COIN (CounterInsurgencies pour les nouveaux) n’en finit pas de s’agrandir, avec 13 volumes déjà sortis (on vous a parlé des volumes XII et XIII), deux qui arrivent et aussi deux multipacks : The British Way: Counterinsurgency at the End of Empire (promis on vous en parle bientôt à l’occasion de la sortie de son extension, Enemy of my Enemy) et surtout The Guerrilla Generation: Cold War Insurgencies in Latin America, dont nous allons parler aujourd’hui.
Un volume qui, comme indiqué par son nom, va se focaliser sur les événements ayant eu lieu en Amérique latine entre 1968 et 1992 dans quatre pays différents. Car la spécificité de ces multipacks est de proposer une énorme boîte remplie jusqu’à ras-bord proposant 4 jeux différents. Oui, quatre jeux dans une boîte, quatre COIN différents. Mais attention, pas des petits jeux vite faits et balancés comme ça, mais bien quatre vrais COIN jouables à deux (ou seul contre un bot).

La deuxième particularité est que ces quatre jeux sont des COIN plus ramassés, plus courts que leurs grands cousins. Un peu comme les jeux de la série spinoff Irregular Conflict Series dont on vous a parlé avec A Gest of Robin Hood et Cross Bronx Expressway. Oui ça devient un peu compliqué de savoir quel jeu appartient à quelle série et surtout quelles sont les réelles différences. Une seule chose à savoir : si vous aimer les COIN, alors tous les jeux de toutes les séries valent le coup d’être essayés.
Mais revenons à The Guerrilla Generation: Cold War Insurgencies in Latin America. Il propose donc Uruguay 1968-1972, El Salvador 1979-1992, Peru 1980-1992 et enfin Nicaragua 1981-1990. De quoi vous faire voyager et surtout découvrir des luttes armées qui sont bien souvent passées inaperçues en Occident (ou alors je suis trop jeune pour m’en souvenir. Mais SAAvenger qui lit par-dessus mon épaule me dit qu’il ne faut pas non plus rêver).

Si chacun de ces titres est un COIN à part entière et tire donc l’essentiel de ses règles de la série, il y aura bien évidemment des spécificités. Il n’y a, par exemple, pas la gestion habituelle de ressources dans Uruguay 1968-1972, mais un système de renseignements et de soutiens spécifiques (armes, moyens de fuite…). El Salvador 1979-1992 verra quant à lui les insurgés du FMLN et le Gouvernement lutter pour faire descendre la Political Will, en répandant Terreur et Sabotages.
Je ne vais pas détailler ici chaque titre, il faudrait plusieurs heures pour le faire tant chacun est particulier et nécessite une approche différente. C’est d’ailleurs la remarque que nous nous faisions lors de nos parties avec Bugdany de Strategeek : cette diversité est la plus grande force, et quelque part faiblesse, de The Guerrilla Generation: Cold War Insurgencies in Latin America.

En effet, si les joueurs sont tentés de se dire que les règles sont les mêmes et qu’il suffit de les survoler avant la partie, ils s’apercevront bien vite qu’il n’en est rien. Si le principe est le même, les actions diffèrent bien évidemment et surtout le rythme de chaque jeu est vraiment différent. Parfois, l’insurgé devra être prudent, parfois il devra prendre les devants, parfois la victoire dépend d’un facteur, parfois d’un autre.
Ce n’est pas parce que les jeux sont dans la même boîte qu’ils sont identiques et que l’on jouera de la même manière. Ce qui veut dire que vous avez vraiment quatre jeux à découvrir, ce qui est super, mais aussi quatre jeux à essayer de maîtriser, ce qui est moins super. Même si c’est quelque chose qui plaît à beaucoup, cette phase d’apprentissage. En cela je trouve la série des ICS bien plus abordable et facile à sortir avec des débutants.

Mais n’allez pas croire que je déconseille The Guerrilla Generation: Cold War Insurgencies in Latin America, bien au contraire. Chaque jeu étant unique et nécessitant une phase d’appropriation, il y aura des préférences qui vont faire surface. Par exemple, autant je n’ai pas eu trop de mal à voir quoi faire avec les Tupamaros d’Uruguay 1968-1972 et ai facilement réussi à rentrer dans le rythme, autant jouer le FMLN fut catastrophique, avec des moments où je n’arrivais pas à trouver quoi faire pour parvenir à mes fins et surtout, quelles étaient ces dernières.
Car c’est bien beau de lire les règles, mais c’est vraiment en jouant que l’on comprend ce que le jeu attend de nous et surtout comment jouer son camp. Ce qui veut dire qu’il vous faudra un partenaire avec lequel jouer régulièrement aux différents jeux contenus dans la boîte. Ce qui peut être très facile pour certains, ou bien plus difficile pour d’autres. A moins, encore une fois, d’utiliser les bots.

Au niveau du matériel, c’est du très classique pour GMT Games et surtout pour des COIN : des marqueurs, des cylindres, des cubes et des disques en bois, des cartes de bonne qualité et surtout deux cartes montées recto-verso. Ce qui explique le poids et l’épaisseur de la boîte. Le matériel étant réutilisé entre les titres, il est très facile de visualiser ce qui se trouve devant nous, une très bonne chose. Petite note concernant les aides de jeux, complètes mais dont la formulation nous a parfois gênés. Cela vient sûrement de nous mais certaines phrases auraient mérité une meilleure formulation.
La série des COIN nous a toujours fait voyager, dans le temps comme dans l’espace, en nous proposant des conflits bien souvent peu connus. The Guerrilla Generation: Cold War Insurgencies in Latin America ne déroge pas à la règle et en restant dans une zone géographique contenue (alors que The British Way se focalisait plutôt sur un thème) nous permet de vraiment nous immerger dans une période très troublée de l’Amérique latine où les soulèvements populaires étaient nombreux.

C’est donc passionnant de découvrir ces événements par le biais des cartes, de découvrir (au moins pour moi) la géographie des lieux et les forces en présence. Cela poussera, comme bien souvent avec les jeux d’histoire, le joueur à se renseigner un peu plus sur la période et c’est ce qui fait la richesse du hobby.
Une des grandes force de The Guerrilla Generation: Cold War Insurgencies in Latin America, comme je vous le disais, est que les parties ne durent pas longtemps, du moins normalement. Il est donc facile d’en boucler une dans l’après midi une fois le scénario maîtrisé, ce qui change des monstres comme Fire in the Lake. C’est un plus non négligeable pour qui cherche à reproduire l’expérience COIN sans forcément y dédier un week-end.

Un autre immense avantage est qu’il ne nécessite que deux joueurs, comme en son temps Colonial Twilight. Pour tous ceux qui étaient réfractaires à partir dans une autre série comme Irregular Conflict Series parce qu’ils voulaient des titres pour deux joueurs, c’est le jackpot avec ces multipacks. Certes ils sont un peu chers à l’achat (on approche de la centaine d’euros) mais ils apportent tellement qu’il serait vraiment dommage de passer à côté.
Excellente introduction à la série, The Guerrilla Generation: Cold War Insurgencies in Latin America est donc un indispensable pour les amateurs de COIN et une recommandation pour qui voudrait s’y mettre. Quatre jeux aux règles communes mais ayant chacun leurs spécificités, un temps de jeu raisonnable et un matériel de qualité, le tout dans une belle grosse boîte, on frôle la perfection. Et ça me donne encore plus envie de tester The British Way !
Auteur : Stephen Rangazas
Artiste : Matthew Wallhead
Editeur : GMT Games
de 1 à 2 joueurs
60 à 120 minutes
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Auteur : Stephen Rangazas