Triple Take

Au premier regard, Triple Take est un jeu de plateforme assez basique et plutôt moche avec son style 1-bit et ses couleurs criardes. Haut bas gauche droite, un bouton pour sauter, pas de quoi demander une manette pour poulpe.

On évite les quelques pièges malgré les hitboxes parfois capricieuses, on rebondit sur des trampolines, on prend appui sur les murs comme dans un Super Meat Boy aux graphismes des années 80 et on atteint le drapeau qui indique la fin du niveau.

La subtilité du titre fait alors coucou par la fenêtre, puisqu’on recommence immédiatement le même niveau. Enfin presque : certaines plateformes ont disparu, libérant d’autres pièges et nous obligeant à emprunter un chemin légèrement différent.

Une fois le niveau terminé, on y retourne une troisième fois pour un challenge encore plus relevé. Le premier monde est une formalité qui n’est là que pour nous présenter le concept et nous faire rencontrer entre chaque tableau les habitants farfelus de cet univers.

Les dix niveaux de chaque monde suivent le même schéma. La difficulté augmente de façon très progressive et malgré mes réflexes d’escargot neurasthénique, je ne suis jamais resté bloqué bien longtemps sur un passage. En tous cas au début.

La deuxième « take » du jeu, c’est son scénario. Les trois personnages accueillent notre héros avec un certain humour. Les interactions entre le glouton qui ne pense qu’à manger et celui qui le supporte avec affection sont sympathiques.

Le troisième, plus sombre, laisse entendre que cet univers est plus complexe qu’il n’y parait. Ce que confirme un quatrième larron paniqué qui apparaît sans prévenir pour nous expliquer qu’on est dans un programme informatique et qu’il va falloir toucher aux fichiers pour contrer sa malveillance.

Je me suis donc retrouvé dans mon explorateur de fichiers pour supprimer, modifier ou déplacer des documents afin de débloquer la suite. Le quatrième mur maintenant éclaté au sol, je réalise que ce jeu n’est pas qu’un platformer rétro de plus.

Enfin, la troisième fondation de Triple Take, ce sont les boss de fin de niveau. Si les niveaux se complexifient à un rythme parfaitement maîtrisé, dévoilant de nouveaux pièges, des passages sous l’eau et des bonds à synchroniser au millimètre, les challenges à relever pour passer au prochain monde viennent remettre un coup de pied dans la fourmilière.

Ils proposent tous un gameplay très différent du reste du jeu : du bullet hell, un double de nous même qui nous course à la Celeste ou encore du runner où on doit speeder pour ne pas se faire rattraper par le scrolling… sans oublier des manipulations dans les fichiers du jeu.

Tout ça sent très fort le jeu indé, et c’est bien le cas : Triple Take est développé par Fly Away, studio britannique constitué de Robert Turner, dev solo (accompagné d’un compositeur pour la musique) dont c’est le premier titre publié sur Steam. Un auteur sur qui je vais garder un œil.

Je suis rentré dedans sans grand enthousiasme, m’attendant à un mélange low cost entre un Super Meat Boy et un VVVVVV. Si ce n’est pas totalement faux sur certaines phases du gameplay, Triple Take m’a vraiment surpris avec ses solides arguments et une vraie personnalité.

Difficile de ne pas faire un parallèle avec le travail de Daniel Mullins (Inscryption), avec ce metadiscours qu’on sent inspiré de Pony Island, son premier jeu. Aucune de ses nombreuses idées prises indépendamment n’est révolutionnaire, mais elles forment un ensemble cohérent et agréable à parcourir.

Le fait de devoir se retaper chaque niveau trois fois avec une difficulté croissante aurait pu être rébarbatif, mais toutes les petites surprises qui parsèment le jeu donnent encore plus envie de découvrir la suite.

Vous l’aurez compris, ce petit jeu qui ne paye pas de mine a été une très bonne surprise pour moi qui ne suis pourtant pas la cible du genre. Une durée de vie de quelques heures, une difficulté proprement dosée et un petit prix : la définition d’une hidden gem indé à qui je souhaite de ne pas rester cachée.

Genre : Plateformes

Développeur : FlyAway

Editeur : Bonus Stage Publishing

Date de sortie : 6 Octobre 2022

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

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