The Pathless

Sauce aigle-doux

J’aime les oiseaux. Qu’une mésange picore une boule de graisse ou qu’un rouge-gorge se pose sur un piquet et mon petit cœur s’anime. C’est pourquoi lorsque Harvester m’a envoyé la clé pour le test de The Pathless, il m’a trouvé “gai comme un pigeon”. Vous pardonnerez sa non-maîtrise de l’expression populaire à un homme qui aime les chats.

The Pathless est le deuxième projet du studio Giant Squid, fondé par Matt Nava, ancien directeur artistique de Flower et Journey chez ThatGameCompany. ABZÛ, sorti en 2016, avait marqué par son parti pris contemplatif. Entre-temps, pas mal de jeux ont tenté de surfer sur la vague du “on a pas de gameplay, mais on a de la beauté”. Que proposer, en 2020, aux joueurs et joueuses désormais rompus aux expériences du même style ? À cette question, Giant Squid répond : “un arc et un aigle”.

Mulan party. Dans The Pathless, on incarne une chasseuse à mi-chemin entre Mulan pour la parure, Pocahontas pour l’ornithologie et 2B de Nier : Automata pour sa faculté à effectuer des bonds de 5 mètres sans élan. Notre tâche sera de délivrer une île mystique de l’emprise du mal qui a corrompu les divinités païennes locales, les transformant en monstres destructeurs. Un peu comme si les esprits bienveillants de la forêt se mettaient à jeter leurs mégots, embêter les écureuils et empaler les ramasseurs de champignons.  

Par rapport à ABZÛ, la dynamique de gameplay de The Pathless monte de quelques crans du contemplatif vers l’action, pour un résultat de 9,5 sur 100 sur l’échelle de Quake. Ce qui suffit à rendre indispensable la maîtrise de quelques mécaniques. La course dépend d’une jauge d’endurance qu’on remplit en touchant des cibles qui flottent dans l’air. Le verrouillage est automatique, il suffit d’attendre le bandage complet de l’arc. Idem pour les sauts, qui bénéficient d’un élan supplémentaire lorsqu’on fait mouche. Les déplacements très aériens procurent un bon feeling de fluidité et il est aisé de traverser une vaste zone en quelques flèches.

Contrairement à son aîné, The Pathless n’est pas qu’une promenade. Chacun des quatre plateaux d’altitude est perturbé par un animal qu’on affronte dans un combat de boss pour lui rendre sa vraie nature. Avant d’arriver là, on quadrille librement la zone pour activer trois tours au moyen de reliques. Pour trouver les précieux artefacts, il faudra résoudre les puzzles cachés un peu partout. Il s’agira le plus souvent de  tirer des flèches à travers des anneaux, d’allumer des torches, voire les deux en même temps. Notre compagnon à serres nous aide souvent, en portant des poids ou tournant des miroirs.

L’esprit peu mobilisé par la complexité des puzzles, on peut s’adonner à la contemplation. Tant mieux, car les environnements sont magnifiques, à défaut d’être très vivants. Les lumières, le choix des couleurs et la grande portée de vue flattent la rétine. Au point de produire ces instants où la manette n’est plus qu’un outil au service de notre regard avide. La localisation des points d’intérêt se fait sans carte et sans ATH, du haut d’un promontoire quelconque, assisté au besoin d’une vision spéciale. L’ombre au tableau est cette tempête rouge qui parcourt la zone. Si on s’y laisse prendre, une partie de cache-cache avec le boss local s’engage. Un affrontement pas très intéressant et sans enjeu. On a bien vite fait de se jeter dans les griffes du monstre pour abréger ce qui constitue un dérangement dans notre exploration.

Le jeu marche donc dans l’héritage de ces prédécesseurs, en ajoutant de l’action au service du plaisir de glisser, planer et contempler. L’équipe de Giant Squid s’est attardée sur les détails qui comptent dans ce genre de proposition. Notre aigle est attachant, bien bruité. Ses comportements de suiveur ont bénéficié d’un soin tout particulier. Et que dire de ces séquences de grattouille du jabot, si ce n’est qu’elles sont tout bonnement trop mimou. Harvester, s’il te plaît, ne censure pas cet adjectif, il sert vraiment le propos. Oui d’accord, je teste le dernier RTS chinois non traduit pour demain sans faute. Merci. (NdHarvester : deal !)

The Pathless est une magnifique randonnée éolienne. Il ne faut pas y venir pour l’action, efficace mais simple. Ni pour se tordre le cerveau sur les puzzles difficiles, puisque je suis parvenu à les résoudre. Comme on marche juste pour marcher, voir le paysage et sentir ses jambes s’animer, on y joue pour jouer. Pour profiter de la vue et des sensations, qui ont fait l’objet de tout le soin  de Giant Squid. Reste juste qu’au prix demandé pour 7-8h de jeu, Ruvon me dit qu’il peut trouver “de quoi planer plus pour moins cher”.

the pathlessSite officiel

Développeur : Giant Squid

Éditeur : Annapurna Interactive

PC (EGS), PS4/PS5, Apple arcade

33€

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Bofang

J'écris pour justifier le temps perdu à jouer pendant que d'autres montent des start-up.

2 réflexions sur “The Pathless

  • 22 novembre 2020 à 10 h 47 min
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    Je proteste, mes propos ont été sortis de leur contexte.

    Je parlais bien évidemment d’un cerf-volant.

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    • 22 novembre 2020 à 12 h 09 min
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      Pas sûr que ça passe devant un juge. Ah, ça sonne chez toi !

      Répondre

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