Tales From Off-Peak City Vol. 1

La rue kétamine

Un drôle de couple mène la barque qui me porte vers la berge d’asphalte. Le briefing de mission est le suivant : je dois dérober le saxophone du patron de la pizzeria. Les deux commanditaires restent évasifs sur le but final de ce qu’il faut bien appeler un cambriolage. L’instrument cuivré recèlerait un pouvoir très puissant. Plus dangereux encore que la guitare de Francis Lalanne.

Vian chez moi, j’habite chez une copine

Débarquer au croisement de Yam Street et July Avenue, c’est arriver au milieu d’un rêve qui commence à paraître juste assez bizarre pour être un cauchemar. C’est profiter d’un ciel étoilé, sous le regard d’une milice oppressante. C’est sourire jaune devant le rictus d’un immeuble en brique, sans cesser de bouger la tête sur un beat hip-hop-jazz. Pour chercher du réconfort et des explications, j’entame la conversation avec un humain. Car les habitants ont beau vivre parmi des bâtiments humanoïdes, ils tiennent des propos cohérents. Ma stupeur, c’est la seule chose qui fait de moi un étranger, au milieu de tous ces gens qui semblent vivre une journée parfaitement banale. Tel un enfant sauvage projeté dans le métro parisien un soir de fête de la musique.

Kafkartier Lointain

Pur walking-sim, Tales From Off-Peak City propose des visites d’appartements, de la collecte d’objets et des discussions avec les autochtones (en anglais uniquement). Et aussi de la composition de pizza. Sceptique avant de lancer le jeu – comme on peut l’être face à une œuvre un peu trop ouvertement “barrée”  – je me suis laissé happer par l’ambiance, juste assez tordue et familière à la fois pour être captivante. Je me suis retrouvé à ouvrir tous les tiroirs, à me balader au mépris des “quêtes” dans le quartier pour tenter de désépaissir le mystère ambiant, pour photographier les gens. Comme dans un rêve lucide dans lequel on réalise que tout est permis (pensez moins fort, s’il vous plaît), qu’on ne risque rien, et que la seule chose à faire est de tout explorer avant le réveil.

Ce premier volet de Tales From Off-Peak City procure un plaisir musicale et visuel planant, sans virer au trip sous LSD bas de gamme. On arpente les rues un ghetto blaster sur l’épaule, entre Boris Vian et Franz Kafka qui cassent la démarche.

Site officiel

Développeur / Éditeur : Cosmo D

Plateforme : Steam, itch.io

Date de parution : 15 mai 2020

Prix : 8€

Bofang

J'écris pour justifier le temps perdu à jouer pendant que d'autres montent des start-up.

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