Punk Wars

Il y a des jeux dont on a envie de décrire les moindres détails. Raconter des anecdotes sur telle mécanique ou tel dilemme proposé par le gameplay. S’extasier devant la direction artistique ou le soulagement de ne plus voir des graphismes traumatisants.

Et il y a ces jeux dont on ne sait quoi faire, quoi dire, quoi penser. Punk Wars est de ceux-là. C’est pourtant un 4X (eXplore, eXpand, eXploit, eXterminate) en tour par tour dans un univers post apo. Ça devrait me correspondre. Et d’une certaine façon, c’est le cas. Mais pas tant que ça. En tous cas, pas assez. Mais je m’égare dans mon placard.

Dans ce futur où tout s’est écroulé, ne subsistent que quatre factions, toutes symbolisées par la ressource qui les alimente. Les Steampunks utilisent donc la vapeur, les Atompunks l’énergie atomique, et je vous laisse deviner pour les Dieselpunks (non, ce n’est pas Vin Diesel) et les Steelpunks (ce n’est pas Pierce Brosnan, si vous avez la ref vous êtes vieux).

Forts de cette singularité, chaque clan va donc construire une base sur une carte à hexagones, y récolter des ressources et y produire des unités pour imposer sa supériorité aux autres. Parce que bon, s’organiser et partager pour survivre tous ensemble, c’est un truc de hippies.

L’environnement est constitué de plaines, de falaises et de plateaux, accessibles via des tunnels qui permettent d’y monter et d’en descendre. Ainsi délimité, l’espace de jeu (qui est parsemé de ruines où on trouve parfois des bonus) propose donc de plus ou moins grandes zones où masser des troupes pour défoncer les autres.

Donc jusqu’ici, tout va bien, me demanderez-vous d’une voix interrogative et limite pédante. Le problème (mais pas le seul) réside pourtant dans le design même des cartes. Chaque hexagone ne peut contenir qu’une seule unité. Et les lieux sont à la fois trop grands (puisqu’une unité ne peut parcourir que deux ou trois cases par tour) et bien trop petits.

Les goulets d’étranglement sont trop fréquents pour permettre une circulation fluide des troupes. On avance ses gonzes, mais il faut leur laisser un peu de points d’action pour qu’ils puissent attaquer. Sauf qu’en face, l’ennemi attend et les savate avant même qu’ils aient pu agir.

La guerre se résume donc à une attrition lente, très très lente des forces. Un soldat qui parvient à tuer quelques adversaires peut monter en niveau et obtenir quelques capacités intéressantes, mais ce sera au prix de nombreux points de vie.

Les médics pourraient les soigner, sauf qu’ils doivent pour cela les atteindre, ce qui est rendu impossible par la présence du reste de l’armée. Toute retraite est interdite pour la même raison, et les pauvres vétérans assez chanceux pour survivre quelques tours sont condamnés à crever dans un baroud d’honneur, poussés au cul par la chair à canon qui suit.

Il y a bien des unités qui ont un peu plus de portée, mais elles occupent également une case et ne règlent pas vraiment le problème. J’avais espoir que les dirigeables des Steampunks aient le droit de voler au-dessus de la mêlée, mais (sans doute pour des raisons d’équilibrage) non. Tant pis s’ils flottent à plusieurs dizaines de mètres du sol, ils ne peuvent squatter le même hexagone qu’un tirailleur de base.

Conséquence de tout ceci : les affrontements durent des plombes. Si on ajoute à cela le fait que les bâtiments sont ultra résistants (nécessitant souvent plusieurs tours pour les détruire), j’ai beau être matinal (pas autant que Machiavel), j’ai eu du mal à m’accrocher.

J’ai essayé pourtant, plusieurs heures, plusieurs missions, plusieurs factions. Mais non. J’avais signé pour conquérir les ruines du monde, pas pour faire la circulation.

Développé par Strategy Forge S.A., studio polonais (indice : le S.A.) dont c’est le premier titre, Punk Wars n’est pas mauvais partout, mais n’est vraiment bon nulle part.

L’interface est alourdie par la multiplication des clics inutiles. L’arbre technologique est tellement limité que je le qualifierais plutôt de branche. Les effets sonores sont pénibles dès les premières minutes. Les factions se ressemblent visuellement et leur gameplay diffère trop peu pour renouveler l’intérêt.

Il n’invente rien, ne propose rien de plus que des dizaines de titres au gameplay plus profond. Il a tenté de cocher toutes les cases du genre, ce qu’il fait sans trop de difficulté.

Mais il rate le coche sur le feeling, l’équilibrage, le cœur de ce qui fait un jeu vidéo : le plaisir, le fun. Oh, il y a bien ces petits messages qui nous racontent l’univers qui essaient d’apporter une touche d’humour. Mais on est plus proche de Nicolas Bedos que d’Hazanavicius.

Je sais que les attaques sur le physique, c’est assez indigne, mais il faut bien avouer qu’il n’est pas aidé non plus à ce niveau. Le filtre jaune / maronnasse partout, s’il est peut-être réaliste (je ne serais pas surpris que la Terre ressemble à ça dans quelques dizaines d’années), pique un peu les yeux.

Il donne surtout un sentiment de monotonie où rien ne ressort, où tout est ennuyeux. Un bon résumé de mon expérience avec Punk Wars.

Genre : 4X post-apo

Développeur : Strategy Forge S.A.

Editeur : Jujubee S.A.

Plateforme : SteamGoG

Prix : 16,99€

Date de sortie : 11 novembre 2021

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.