Patron

Travailler à la rédac’ n’a pas que des bons côtés. Certes mon bureau est gigantesque et la vue imprenable, mais il y a parfois des gens qui rentrent pour voir « comment ça va et si t’aurais pas quelques clés Steam j’suis en manque là oh là là il est moddé à mort ton Banished c’est cro meugnon ! ». Non Ruvon, ça n’est pas Banished mais Patron et je viens de te refiler des trucs à gros pixels, va donc voir dans ton placard bureau si j’y suis.

Oui ça n’est pas facile tous les jours mais pour sa défense, son placard bureau est peut-être un peu étroit effectivement. Et le fait de ne pas pouvoir étendre ses jambes l’amène forcément à squatter un peu partout. Mais bon, nous ne sommes pas là pour parler du hippie mais du jeu pour lequel il ne s’est pas tant trompé que ça. Parce qu’il faut bien l’avouer, Patron ressemble au premier abord à un très très beau Banished. Et les premières critiques sur Steam semblaient indiquer que la difficulté était du même acabit. Sauf que sur ce que j’ai essayé on est loin du compte…

Ou alors je suis passé PGM bi-classé comptable la nuit dernière, ce qui me donne des pouvoirs de gestionnaire. Toujours est-il qu’à l’instar de tous ces jeux de gestion post-Banished, si votre colonie survit à ses premiers hivers alors la partie est gagnée ! C’est en effet de manière logique qu’au début qu’il faudra être le plus attentif et vraiment bien choisir ses priorités, et éventuellement retarder un peu la construction de la taverne et se concentrer sur la nourriture, le bois de chauffage et le logement. Oui, comme dans vous savez qui.

C’est marrant quand même cette tendance qu’ont les testeurs à toujours vouloir comparer les jeux de gestion moyenâgeuse au jeu de Shining Rock Software. Manque d’inspiration ? Ou alors c’est tout simplement parce que les développeurs s’en « inspirent » tellement qu’on a l’impression de voir le même jeu décliné à l’infini… Allez savoir ! Mais heureusement pour Patron, même si son manque de difficulté le réserve aux plus casuals ou aux plus détendus des gestionnaires, les bonnes idées fourmillent et, il faut bien l’avouer, les développeurs ont fait un sacré boulot à analyser et adapter ce qui se fait de mieux.

Tout d’abord techniquement, et comme dit précédemment, le jeu est splendide et vous passerez un bon moment à observer vos villageois vaquer à leurs occupations ou à regarder les saisons changer. Les différents biomes ont chacun leur touche graphique et vous lancerez à coup sûr une partie dans chaque rien que pour le plaisir des yeux. Ensuite, et même si j’ai souffert d’un ou deux retours bureau sauvages, le jeu est globalement très propre et il n’y a pas à redouter de souci de pathfinding ou autre.

Si quelques reproches devraient être faits, ce serait plutôt au niveau de l’interface. Celle-ci est plutôt pas mal mais souffre de quelques oublis : les bâtiments ne sont par exemple par regroupés en catégories. Vous allez donc devoir chercher votre mine de fer au milieu d’une vingtaine d’autres bâtiments. Mais une fois placés, ceux-ci auront leur nom placé dessus. Pratique et original ! L’arbre technologique, présenté à l’horizontal, n’est pas non plus exempt de tout reproche et oblige à pas mal de clics pour voir les recherches les plus avancées.

Parce que oui, vous allez en faire des recherches, et pas qu’un peu ! Que ce soit pour débloquer de nouveaux bâtiments, de nouveaux bonus (si le cueilleur est à côté du chasseur, il obtient +20% de production…) ou encore des décrets. Ces derniers, promulgués à l’hôtel de ville contre des espèces sonnantes et trébuchantes, vont donner un coup de fouet à un secteur de production ou au bonheur de vos ouailles. Très pratiques mais ruineux, ils complètent à merveille une des bonnes idées de Patron : les améliorations de bâtiments. Plutôt que de construire 20 cabanes de bûcherons, pourquoi ne pas offrir de meilleurs outils à celui que vous avez déjà pour augmenter sa productivité ? C’est un des points forts du jeu : savoir ce qui vaut la peine d’être amélioré. Spoiler alert : n’hésitez pas à améliorer vos bâtiments de base avant le premier hiver !

Mais pour toutes ces améliorations et recherches, il vous faut de l’argent. Et, vous vous en doutez, celui-ci n’est pas la denrée la plus facile à obtenir. Pour ça, vous pouvez soit récupérer des impôts, sans cependant avoir vraiment la possibilité de les gérer, soit commercer. Et là encore, un oubli : impossible d’automatiser les ventes et achats. Il faut manuellement choisir ce que l’on veut vendre, attendre que le marchand passe… Fastidieux et inutile car il est très facile d’avoir une production excédentaire dans plusieurs domaines. On galère donc inutilement, ce qui casse un peu le côté contemplatif du titre.

Car non, Patron n’est pas difficile du tout. Passés les premiers hivers, vous allez jouer pépère, rajoutant ici un bâtiment, lançant là une amélioration, le tout en attendant d’avoir assez de main d’œuvre pour vous lancer dans une plus grosse entreprise. C’est d’ailleurs un gros facteur limitant, cette population qui augmente très lentement, malgré certains événements. On passe donc beaucoup de temps à attendre. D’avoir de l’argent. D’avoir des paysans disponibles. Le tout en vitesse maximale. Jusqu’à avoir débloquer quelques améliorations qui vont permettre à l’économie d’exploser.

Patron est très bien fichu, très propre sur lui. Un p’tit gars que vous amèneriez à un dîner de famille pour le présenter à la belle famille. Mais que vous ne présenteriez pas à des potes lors de la dernière soirée « tableur et bourbon ». S’il est idéal pour le débutant, il est bien trop tendre et ne dispose que d’un mode bac à sable. Oui, pas la moindre campagne solo, pas le moindre scénario… Il n’offre aucun challenge (ou alors il faut vraiment le vouloir) et laissera le joueur expérimenté sur sa faim. Et comme ce dernier a maintenant un choix pléthorique dans le domaine, il est fort peu probable que Patron fasse partie des élus, sauf à vouloir un titre reposant et contemplatif, où on s’amusera à faire la plus belle ville possible et à débloquer tout l’arbre technologique. C’est c’est que je fais et j’y prends beaucoup de plaisir. Quoi qu’il en soit, s’il fait pratiquement un sans-faute dans tous les domaines, Patron n’est pas un incontournable. Et ne le sera pas, à moins que les développeurs ne revoient leur copie ou n’ajoutent des scénarios ou une campagne retorse.

Genre : City Builder, Gestion

Développeur : Overseer Games

Editeur : Overseer Games

Date de Sortie : 10 Août 2021

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

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