P.A.M.E.L.A

Quand Harvester a proposé de te rencontrer,P.A.M.E.L.A, j’étais seul à tendre une main vers toi. Les autres rédacteurs de Dystopeek étaient réfugiés dans un silence méfiant. Mais mon cœur, pas aussi vieux et sec que celui de mes collègues, voulait y croire. Alors je t’ai rejoint dans cette ville futuriste ravagée par une épidémie. On devait y survivre ensemble, Pamela (NdHarvester : c’est vraiment facile de duper ces jeunes rédacteurs…).

Prey de loin, mais loin d’être Prey

Bonjour, Pamela.

En tant qu’IA bienfaisante de la ville d’Eden, tu étais là à mon réveil dans cette salle de cryogénisation. Tu m’as parlé d’une épidémie inexpliquée, et annoncé que j’étais le dernier humain des lieux à ne pas ressembler aux chrosômes de Bioshock. En effet, nombre de mes concitoyens jonchaient les couloirs du laboratoire. Certains demeuraient figés, debout comme des mannequins chez H&M, déformés par une forme futuriste de panaris au visage. De ta voix de synthèse, tu m’as introduit à différentes choses. J’ai ouvert mon inventaire. J’ai vu toutes ces cases vides que tu me promettais de remplir d’upgrades technologiques pour faciliter ma survie. Et puis j’ai éteins ce menu holographique surgi de mon avant-bras. Ces icônes floues sur un fond bleu néon m’aveuglaient un peu. Comme l’amour que je voulais te porter ?

J’aurais voulu que tu m’expliques plus de choses, mais tu t’es tue. Alors j’ai commencé à ouvrir des tiroirs, des poubelles, des casiers, des placards, des coffres, des classeurs. Visiblement, à la pandémie avait précédé le cambriolage. Je ne trouvais que des bouts de plastique, quelques circuits imprimés, trop rarement de quoi manger. Sur cet aspect, tu m’avais prévenu. J’économisais donc les denrées, afin d’éviter cette mort subite par hypoglycémie qui tombait comme un coup de batte sur la nuque.
J’ai quitté les ténèbres du laboratoire, et découvert un quartier ouvert, envahi d’humains zombifiés et très agressifs. J’ai pris mes jambes à mon cou, et ma tête sur mon bras. Dans le deuxième cas, c’était un bug. Quelle idée d’ouvrir et refermer trop vite mon inventaire. Dans ma course effrénée, en voyant mes mains laguer devant moi toute la sainte journée, le doute s’est immiscé. Était-ce bien ce même PC qui faisait tourner le Prey d’Arkane Studios comme un charme ?

J’ai insisté, monté le son pour ne plus entendre mon PC cracher ses poumons. J’ai découvert des bâtiments assez vastes, organisés autour d’une cour centrale verdoyante. Les indications de missions, plutôt maigres, jouaient sur mon sens de la débrouille. Pas de GPS, juste des noms d’immeubles et d’étages où glaner des informations, des objets. Pour l’orientation, il n’y avait que toi et les panneaux en jeu.
Apprivoiser les couloirs, c’est ce qui m’a fait rester un peu. Zones résidentielles, sous-sols exigus et grandes galeries commerciales ouvertes sur l’extérieur : ceux qui avaient créé cet endroit y avaient mis du cœur et du temps. Plein de cette mansuétude héritée de ma grand-mère, je plissais les yeux pour ne pas voir l’aliasing, je profitais d’un chargement pour faire un saut à Franprix.

J’ai presque commencé à m’amuser. C’est au bout du 50ème audiologue (sur 200), que la routine, ennemi mortel du couple, a commencé à poindre. Surtout que je n’étais toujours pas parvenu à faire fonctionner le moindre objet crafté. Le système d’électricité par zone restait un mystère : impossible de mettre la main sur les objets censés m’aider à remettre le réseau en route. Mais je continuais, lampe torche en main, porté par l’espoir que si je parvenais à activer tous les points de spawn post-mortem de la map, l’expérience allait devenir plus supportable.
Mais les cellules de cryogénisation étaient, elles aussi, rarissimes. Les ennemis, en revanche, devenait de plus en plus nombreux et agressifs. Au bout de 9h, je ne pouvais toujours compter que sur mes deux poings et une barre de vie rachitique, alliés à la furtivité d’un camion-poubelle. Si des armes se cachaient ici, ce n’était pas dans les poubelles ou les tiroirs. Ni dans l’armurerie, d’ailleurs.

C’est là, P.A.M.E.L.A, que quelque chose s’est brisé. J’avais cessé de te prendre au sérieux. Je courais à travers les hordes d’ennemis pour looter aussi rapidement que le permettait ton interface, le tout ponctué par les bip bip bip stridents et continus de ma jauge de vie en berne. Je pouvais bien mourir, je connaissais les chemins par cœur. J’explorais donc partout, faisant fi des objectifs qu’on s’était fixés.
Parfois les robots errants étaient des alliés, parfois ils m’attaquaient. Parfois, un objet de quête introuvable apparaissait en évidence sur une commode déjà fouillée trois fois. Cocasse, aussi, ce jour où mon cadavre est resté en suspension entre deux étages d’ascenseur. Il fallait me voir, faire des aller-retours entre le 6e et le 7e pour looter mon inventaire alternativement à travers le sol et le plafond.

Dans ce qui fut ma dernière promenade à Eden, j’ai enjambé quelques cartons pour me réfugier dans une chambre, mes ennemis étant incapables de plier les genoux pour se baisser, ou sauter. Bien à l’abri, j’ai tué de 10 coups de poing la femme défigurée qui tentait de m’assaillir à travers l’obstacle. Mon sang s’est glacé au moment de sauter pour ressortir. Bloqué. Cette chambre fut l’endroit de notre rupture, où je suis mort de faim en attendant de te désinstaller. Adieu, P.A.M.E.L.A.

Site officiel
Développeur / Éditeur : NVYVE Studios
Sortie : 18 juin 2020
PC (Steam)
23€

Bofang

J'écris pour justifier le temps perdu à jouer pendant que d'autres montent des start-up.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *