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War in Spain: 1936-39

Harvester pourra en témoigner vu le nombre de fois que je lui en ai déjà parlé : le graal du Wargame est pour moi War in the Pacific: Admiral Edition (WitP:AE pour les intimes) que j’avais acquis à sa sortie en 2009 avec un gros manuel papier. Ce jeu était tellement complexe et riche que j’avais du imprimer la liste des abréviations de navires pour comprendre lequel je pouvais utiliser pour charger les troupes qui fuyaient les Philippines et ceux à utiliser pour des opérations amphibies, parce que bon si tout le monde (si si) sait que DD veut dire Destroyer, c’est plus compliqué quand on doit différencier les AP, AK, xAKL, AE, LCI et tout le tintouin.

Alors pourquoi il parle d’un autre jeu que celui qui est dans le titre celui-là ? Déjà, parce que le développeur de War In Spain: 1936-39 s’est fortement inspiré de Witp:AE mais aussi parce que malgré un scope plus réduit (on a ici une carte de l’Espagne et d’une partie de l’Afrique du Nord) on reste sur des jeux très très chronophages car chaque tour représente un jour et qu’ils s’étendent sur plusieurs années.

Quand je dis « fortement inspiré » on est là sur un système de jeu identique donc WEGO et non IGOUGO comme War In the East 2, ce qui veut dire que vous planifiez toutes vos actions, l’adversaire fait de même et puis le tout est résolu en même temps, vous êtes donc spectateur de la résolution du tour plutôt que de pouvoir monter des actions en cascades sur un même tour. Cela a l’avantage d’offrir de réelles surprises mais aussi de devoir planifier sur le long terme les actions importantes même si beaucoup de joueurs préfèrent un système de jeu plus dynamique.

Finalement, tout comme dans Witp:AE (en tout cas côté Américains car justement du côté Japonais il faut une quinzaine d’heures pour préparer son premier tour), vous vous retrouvez dans une situation où vous n’avez pas eu l’occasion de préparer vos troupes ou les premières actions. Ce sera donc à vous de directement vous focaliser sur la logistique que vous voudrez développer au fil de la partie.

Concrètement, vous démarrez la partie (sur la campagne principale) dès le début des hostilités, soit du côté des Républicains, soit de celui des Nationalistes. Guerre Civile oblige, tout est désorganisé, les troupes sont éparpillées au travers du territoire, le sort de certaines villes, telle que Madrid, n’est pas encore décidé.

Vous passerez votre premier tour à trouver les unités jouables (non statiques) à qui il faut donner les premiers ordres. A ce niveau, avoir un shortcut pour passer à l’unité suivante n’aurait pas fait de mal car malheureusement l’interface elle aussi est fortement inspirée et n’a donc pas énormément évolué depuis son ancêtre.

Chaque base, chaque port, chaque groupe naval ou aéroporté (bien que les nationalistes commencent démunis à ce niveau), chaque unité est modélisé avec son « contenu ». On a donc un certain nombre d’hommes, d’équipement et de ravitaillement qui compose chaque unité. Dans certains cas comme l’artillerie, des troupes logistiques spécifiques existent afin d’assurer que le ravitaillement soit suffisant.

Ravitaillement qui doit bien sûr être produit, acheminé et stocké via les villes que vous contrôlerez. Vous l’aurez compris, le niveau de complexité est assez important, ce qui explique le manuel de 441 pages. Alors, rassurez-vous, il ne faut pas tout lire pour jouer mais certains raccourcis et abréviations seront cruciales.

War In Spain: 1936-39 a quand même quelques évolutions par rapport à son ancêtre et heureusement car la partie bataille terrestre était clairement le point faible de WitP:AE. Ici le jeu a une fenêtre supplémentaire qui permet de gérer les troupes sur un hex, ces mêmes troupes ont aussi plus d’options de combat et peuvent maintenant se placer en embuscade ou jouer la montre face à une force adverse, la partie navale se déroule aussi en temps « réel » sur une mini carte avec la possibilité de donner des ordres mais je n’ai pas eu l’occasion sur ma partie d’en voir l’utilité encore.

Car dans War In Spain: 1936-39, les deux parties vont s’armer petit à petit, les premiers avions vont arriver au compte goûte pour les Nationalistes, donnant un avantage aux Républicains qui pourront directement bombarder les navires et les villes ennemies. Le jeu ne propose pas de recherche, la production d’unités est fixe et arrive petit à petit mais le développeur laisse la possibilité aux moddeurs de pouvoir implémenter un système de production sur leurs scénarios. Bref le niveau de détail est au rendez-vous et une fois lancé vous y serez pour une partie de longue haleine.

Vous l’aurez compris, War In Spain: 1936-39 n’a pas eu de difficultés à me convaincre, certes au début on est un peu limité dans les actions stratégiques, il faut le temps que la machine de guerre se mette en route, il faut acheminer certaines troupes vers le front, en replier d’autres etc. On est là sur un titre qui durera des années et j’adorerais voir d’autres théâtres encore avec ce même système.

Le gros point négatif à part une interface qui commence à montrer de gros signes de vieillesse, c’est le temps nécessaire à une partie. Certes vous pouvez laisser, à vos risques et périls, de côté certaines choses comme le développement des fortifications ou des dépôts de ravitaillement mais si, l’ampleur du théâtre d’opération aidant, un tour prend moins de temps que dans Witp:AE il faut quand même de nombreux tours pour mener les combats et/ou préparer ceux-ci.

War In Spain: 1936-39 est donc un wargame réussi, avec une interface vétuste qui va parfois vous obliger à faire plus de clics que nécessaires mais le titre est solide, très riche et correspond à la réalité historique. Il devrait donc plaire à tous les mordus du détail et de la planification (ou du sujet).

De plus, le prix pour un Wargame de ce style est abordable, avis donc aux grognards et à ceux qui veulent enfin un jour tâter de ces bêtes monstrueuses dont on parle la nuit au coin du feu.

Développeur : Joint Warfare Simulations

Editeur : Slitherine

Date de sortie : 22 janvier 2026

Prix : 35.99€

Site web

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

SA_Avenger

Le Belge taciturne du groupe, pas fan de quoi que ce soit mais touche-à-tout aux goûts éclectiques, amoureux du cinéma, de littérature et de chanson française à texte, bref un nostalgique invétéré. Ancien beta testeur hardcore, je joue encore régulièrement à des jeux obscurs aux règles complexes que je termine d'ailleurs rarement.

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