The Sinking City 2
Développé par les Ukrainiens de Frogwares dans des conditions que nous qualifierons pudiquement de difficiles du fait de la guerre, The Sinking City 2 a débarqué il y a quelques jours à la rédac et, étant le préposé aux jeux horrifiques, c’est sur mon bureau qu’il a fini. Oui, vous lisez bien, j’ai eu le jeu à faire parce que c’est un jeu d’horreur à la Resident Evil.
Je sais que vous venez de vous lever brusquement de votre fauteuil en hurlant ‘Menteur’ et en vous arrachant des touffes entières de cheveux, quitte à ressembler à Baalim. Et pourtant les faits sont là : oublié les enquêtes poussées du premier épisode, The Sinking City 2 est résolument tourné vers l’horreur et l’action. Et je dois vous dire que ça n’est pas fait pour me déplaire. Bien au contraire.
En même temps, comme je n’ai jamais joué au premier (n’hésitez pas à envoyer vos lettres d’insultes à la rédaction qui transmettra), je n’avais aucun a priori en lançant le jeu. Baalim était horrifié que j’ose parler d’un jeu sans m’étendre longuement sur le précédent – je vous rappelle qu’il se sert de cette technique pour camoufler le fait qu’il ne joue pas aux jeux qu’il teste – mais voilà, c’est comme ça, on va parler de The Sinking City 2, pas du premier et pas des histoires qu’il y a eu autour de ce dernier.
Vous voilà donc les pieds dans l’eau qui envahit lentement mais sûrement Arkham, la sympathique bourgade riante imaginée par feu H.P. Lovecraft. Inutile de vous faire le tour du propriétaire, c’est glauque, dégueu, ça sent la poiscaille et même si les habitants ont majoritairement fui, ceux qui restent ne paieront sûrement pas d’impôts locaux. Une bien triste réalité pour l’aventurier que vous êtes. Et comme les mauvaises nouvelles volent en escadrille, votre chère et tendre est dans une sorte de coma dont seul un rituel spécifique pourra l’en sortir. Autant vous dire que la journée va être longue.

Bon, je me doute que tout cela doit être la suite logique du premier opus et que les vétérans seront en terrain familier et surtout prêts à ressortir la loupe et le carnet de notes. Grand bien leur fasse mais il vaudra mieux penser à prendre aussi le fusil à pompe. En effet, les morts reviennent à la vie, animés par des sangsues bien répugnantes qui rampent littéralement partout. Il va donc falloir faire gaffe où vous marcher, ne jamais relâcher votre garde et avoir un bon sens de l’observation.
Si j’ai parlé de Resident Evil en intro, c’est parce que The Sinking City 2 reprend la formule : des armes aux munitions limitées, des monstres qui surgissent dans votre dos, des trucs qui giclent, des trucs qui pendouillent, suintent, font plic ploc et hurlent dans la pièce à côté. Tout ce qui rend un fan d’horreur content et met un joueur de Pokemon en PLS.

Et à ce petit jeu, The Sinking City 2 s’en sort bien, très bien même. L’ambiance est pesante comme il faut, avec des environnements délabrés, des cadavres pourrissants un peu partout et surtout ces *** de sangsues qui rampent dans tous les coins. Les développeurs se servent aussi de la montée de eaux pour verrouiller les niveaux et oublier le joueur à suivre un chemin plus ou moins linéaire, du moins bien moins ouvert que sur le précédent dont c’était a priori une des forces.
Il en résulte un rythme bien entretenu, avec à chaque fois une phase de découverte de la nouvelle zone, son exploration avec la lutte contre ses monstres avant de pouvoir passer à la résolution des énigmes – rassurez-vous elles sont très loin d’être compliquées – qui, en cas de résolution, vous rebalancent des monstres à la figure. C’est cousu de fil blanc mais c’est tellement bien ficelé que ça marche.

Alors on se promène dans cette Arkham désespérante, on nettoie une zone, on farfouille partout à la recherche d’ingrédients pour crafter munitions et soins et surtout on ouvre l’œil à la recherche d’indices permettant d’avancer. Car non, Frogwares n’a pas oublié l’ADN du jeu et a gardé une (toute) petite composante enquête dans The Sinking City 2.
Rien de très compliqué, ne vous attendez pas à devoir réfléchir des heures devant une énigme, mais sachez qu’il y a quelques aller-retours à faire pour parfois réunir tous les éléments permettant de débloquer ici une nouvelle arme, là une amélioration.

Et surtout pour débloquer des points permettant de déverrouiller de nouveaux pouvoirs pour faire progresser le personnage (recharge plus rapide…). Cela oblige à ne pas courir en ligne droite et à forcer le joueur à vraiment fouiller de fond en comble. Cela permet aussi de cacher le côté ultra-dirigiste du jeu. Ce qui pourrait être perçu comme une régression par les fans du premier.
Je me permets de revenir brièvement sur les combats, qui sont une part très importante du jeu et qui sont loin d’être évidents. En effet, ils se déroulent généralement dans des espaces exigus, contre des adversaires qui sont soit très mobiles soit qui doivent être touchés dans des endroits très précis qui changent à chaque fois (de grosses pustules apparaissent aléatoirement). En vue à la troisième personne, avec souvent les pieds dans l’eau (ce qui gêne la mobilité) et en infériorité numérique constante, ils sont parfois compliqués à négocier. Rien d’insurmontable mais soyez prévenus !

De bons combats exigeants, une ambiance oppressante particulièrement réussi, un scénario basé sur l’occulte qui ne devient pas ridicule au bout de quelques minutes, tous les voyants pourraient sembler au vert pour The Sinking City 2 et… ils le sont. Parce que même techniquement, c’est du tout bon.
Certes, j’ai parfois un freeze d’une ou deux secondes mais c’est généralement en entrée de zone quand il n’y a aucun danger autour, mais après rien à dire, c’est beau (enfin, je me comprends) et détaillé, ça grouille de détails et ça tourne parfaitement à plus de 80 images secondes en ultra.

The Sinking City 2 est donc un cas assez particulier. Si on le prend pour ce qu’il est, c’est-à-dire un jeu d’horreur dans la lignée de Resident Evil et autres, alors il se situe dans le haut du panier. Rythmé, avec un très bon scénario, des situations oppressantes et un univers qui personnellement me plaît énormément. C’est souvent bourrin, ça fait sursauter, il faut fouiller dans le noir, les pieds dans l’eau et à la lueur pâlotte d’une torche électrique. En résumé, je vous le recommande chaudement.
Par contre, si vous avez joué au premier, qui était a priori axé sur les enquêtes dans un monde ouvert, alors réfléchissez bien. Les énigmes de The Sinking City 2 sont simples, l’exploration est là mais comme le jeu est très dirigiste vous allez vite avoir l’impression d’être brimé et l’action est omniprésente.

On passe d’un genre d’horreur à un autre en fait. Reste donc à savoir si vous voulez la suite – auquel cas je dirais que c’est dommage pour vous – ou si vous acceptez le jeu pour ce qu’il est et franchissez le pas.
Deux salles deux ambiances donc, mais dans tous les cas les Ukrainiens de Frogwares ont fait du très bon travail avec ce jeu d’action horrifique qui s’approprie toutes les bonnes mécaniques du genre et nous les sert dans un univers qui a bercé mon adolescence, comme tant d’autres. Parfait pour se chauffer avant le prochain Silent Hill !
Genre : Horreur
Développeur : Frogwares
Editeur : Frogwares
Date de sortie : 18 Août 2026
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Genre : Horreur