The Silver Case 2425

Le 9 juillet dernier est sorti sur Switch une réédition de la duologie sortie de l’esprit de Goichi Suda ou Suda51 (No More Heroes, Killer7, Killer is Dead…) sous le nom The Silver Case 2425. En attendant la sortie de No More Heroes III à la fin du mois prochain, je m’y suis plongée avec curiosité. On m’avait prévenue que l’expérience serait probablement un peu particulière, voire carrément étrange. Qu’en est-il vraiment ?

Comme je vous le disais en introduction, The Silver Case 2425 regroupe deux jeux : The Silver Case, sorti à l’origine en 1999 sur playstation et sa suite The 25th Ward sortie sur mobile en 2005. Un remaster du premier et remake du second étaient sortis sur PC et PS4 il y a quelques années, rendant pour la première fois ces jeux accessibles en dehors du Japon.

Ce sont ces dernières versions qui arrivent aujourd’hui sur Switch dans cette compilation. Au démarrage, vous aurez le choix de quel jeu vous souhaitez lancer, mais je vous conseille tout de même d’y jouer dans l’ordre afin de mieux comprendre l’univers et le contexte.

Menu de selection
The Silver Case

The Silver Case, comme sa suite, est un jeu d’aventure / visual novel qui vous entraine dans un univers sombre, au coeur d’une enquête policière. L’intrigue se déroule dans un Japon dystopique de la fin du 20eme siècle, dans une ville imaginaire nommée les 24 districts. Avec une criminalité déjà rampante, la police fait maintenant face à une série de meurtres étranges et envoie des détectives de l’unité de crimes haineux pour enquêter. Tous les indices semblent pointer vers Kamui Uehara, un sérial killer tristement célèbre mais supposé disparu, qui avait sévit une vingtaine d’années auparavant. Sur l’intrigue, je ne vous en dirai pas plus pour ne rien vous gâcher.

Kamui Uehara

Après un prologue sur lequel je vais revenir, le scénario de The Silver Case est divisé en deux lignes narratives séparées, qui sont en réalité la même intrigue vue de deux points de vue différents. D’un côté Transmitter, qui suit un agent de l’unité des forces spéciales et de l’autre Placebo, qui nous met dans la peau de Tokio Morishima, un journaliste indépendant qui enquête lui aussi sur les meurtres. Les deux lignes narratives sont séparées en six chapitres chacune, et il est possible à partir du menu entre chaque chapitre de choisir laquelle continuer. Je recommanderais cependant d’alterner entre les deux car Placebo éclairci de nombreux points que Transmitter laisse en suspens et l’aventure est ainsi plus facile à suivre.

Selection de chapitres
Une créativité exceptionnelle pour l’époque

J’ai trouvé que pour l’époque de la sortie originale, The Silver Case faisait preuve d’une créativité assez poussée pour un jeu de ce genre avec un budget très limité à leur disposition. D’une part, la narration utilise de nombreux média, allant de la simple image à la séquence d’animation mais aussi des séquences en FMV ou encore des passages de gameplay en 3D. D’autre part, afin de pouvoir embarquer encore plus de contenu sur les supports limités de l’époque, le studio a créé leur propre système, nommé Film Window, qui consiste à ne pas forcément diffuser le média sur tout l’écran mais dans de petites fenêtres, réduisant ainsi sa taille.

Film Window System

Enfin, on pourra aussi noter la qualité assez exceptionnelle la bande son, que l’on doit à Masafumi Takada (qui a notamment aussi composé la bande originale des Danganronpa). Cette version remastérisée bénéficie également de remix de très bonne qualité. La bande son colle parfaitement à l’ambiance et ajoute à la narration avec des thèmes propres à chaque personnage.

Quelques bémols non négligeables

L’un des principaux défauts de The Silver Case est pour moi le gameplay assez daté (et soyons honnêtes par moment un peu pénible) des phases d’investigation à la première personne. Et malheureusement le prologue nous y plonge immédiatement, alors que par la suite elles ne sont pas si présentes, le jeu étant majoritairement un visual novel. Je comprends l’intention, notamment d’expliquer le fonctionnement des commandes lors de ces phases, mais j’ai peur que cela en rebute plus d’un.

La route sera longue

Un autre point, moins problématique mais tout de même handicapant, est la confusion générée par deux facteurs. D’une part le prologue est assez peu clair sur les évènements qui s’y déroulent. Après recherche (parce que je ne vais pas vous mentir, j’étais la première perdue), il s’avère que ce prologue est en fait la conclusion d’un autre jeu de Suda51, Moonlight Syndrome, qui n’est jamais sorti hors du Japon. Un peu de contexte pour ce remaster destiné au reste du monde n’aurait pas fait de mal.

Autre point générant parfois un peu de confusion pour le joueur est le fait que les deux scénarios ont été non seulement écrits par deux équipes entièrement séparées (Goichi Suda pour Transmitter et Masahi Ooka et Sako Kato pour Placebo), mais aussi produits par deux équipes artistiques différentes. Ainsi parfois d’une séquence à l’autre, les personnages ont deux apparences complètement différentes, et ca peut être dur à suivre.

Tokio - Transmitter vs Placebo
Tokio dans Transmitter vs Placebo. Oui, c’est le même personnage.

A noter enfin que pour les moins à l’aise dans la langue de Shakespeare, le jeu est uniquement disponible en anglais et que l’on parle d’un visual novel, donc avec beaucoup de texte à lire.

The Silver Case: The 25th Ward

The 25th Ward se déroule cinq ans après les évènements de The Silver Case, dans le 25ème district, un nouveau secteur supposé avoir résolu les problèmes des 24 districts et enfin atteint l’utopie promise. Dans les faits, tout est loin d’être aussi idyllique. Je ne m’étendrai pas en profondeur sur l’histoire elle-même, car certains éléments spoilent celle du premier jeu. Sachez juste qu’il y a ici trois scénarios : Correctness, Match Maker et Placebo, chacun divisés en plusieurs chapitres et qui suivent différents protagonistes.

Systeme de mouvement dans 25th ward
Le système de mouvement dans The 25th Ward

Même si elle est toujours assez rigide, j’ai trouvé l’interface plus simple à appréhender que celle du premier. Le jeu est toujours principalement un visual novel parsemé de quelques puzzles. The 25th Ward réutilise le système de Film Window qui donnait cette touche particulière à The Silver Case. Même si j’ai préféré l’intrigue du premier jeu, cette suite est tout aussi intéressante d’un point de vue narratif.

Victime
Je ne l’aurais pas mieux dit moi-même
Conclusion

Si j’ai globalement apprécié The Silver Case 2425, c’est un jeu dur à recommander. Même en ayant aimé l’histoire, le gameplay a mal vieilli et rend l’expérience plus laborieuse qu’elle ne devrait l’être. Le jeu intéressera d’une part les fans de Suda51, mais aussi les amateurs de thrillers très sombres et assez bizarres. Pour ces deux publics cependant, il faudra faire abstraction de la pénibilité de certaines parties du gameplay afin de découvrir l’histoire et les moyens créatifs mis en œuvre pour la raconter. Bref, The Silver Case 2425 n’est pas un mauvais jeu mais il est destiné à un public niche et est très dur à recommander.

Site officiel

Développeur : Grasshopper Manufacture, Playism

Éditeur : Nippon Ichi Software

Plateforme : Nintendo Switch (version testée), Steam, PS4

Date de parution : 9 Juillet 2021

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

EvilBlackSheep

Experte en procrastination.

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