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Persona 3 Reload

Une brève leçon d’histoire

Avec la sortie d’une nouvelle nouvelle (non ce n’est pas une faute de frappe et oui, c’est déjà la cinquième) version de Persona 3, sous-titrée Reload, il est intéressant de se replonger dans les origines de la désormais célèbre série. Ceux que les leçons d’histoire et les testeurs chiants fatiguent pourront descendre directement à la station « Tartarus Kesako ? » située 17 paragraphes et 59 lignes plus bas.

À l’origine, il y eu Megami Tensei, jeu de rôle édité par Namcot (non, ce n’est toujours pas une erreur de typo) sorti en 1987 sur l’antique Nintendo Entertainment system (qui, comme tout le monde le sait, était vachement moins bien et moins belle que la Master System de SEGA).

Il faudra attendre 1992 pour que la série évolue sous le nom de Shin Megami Tensei et essaime sur Super Nintendo, PC-engine CD ou encore Mega-CD (si les noms ne vous parlent pas, c’est que vous avez de la chance et que vous êtes jeunes).

Le jeu, déjà développé par ATLUS, s’inspire très nettement de l’immense Wizardry créée par SIR TECH sur Apple II (et porté sur la majeure partie des machines de l’époque). La spécificité du jeu d’ATLUS tient au fait qu’elle s’inspire d’un livre de science-fiction, « Digital Devil Story », et que son atmosphère, plus sombre que les autres jeux de l’époque, mêle philosophie, ésotérisme, occultisme et religion.

À cette époque, ce nouveau jeu conserve la forme d’un RPG vu à la première personne comme les traditionnels Dungeon Master, Chaos strikes Back, Captive, Bloodwytch, Might & Magic, et autres Wizardry sur ordinateurs de salon ou Shining in the Darkness sur consoles, mais avec toujours une forte inspiration mystique et ésotérique.

De cette série principale, qui engendrera plusieurs suites au cours des décennies suivantes sur un bon paquet de machines, naîtra, en 1996, un spin-off dénommé Shin Megami Tensei : Persona (ou Revelation : Persona). Oui, cher lecteur, on y arrive enfin.

Ce spin-off en 2D Isométrique, qui n’était peut-être pas destiné à durer et à rencontrer un tel succès, donnera naissance à une suite, le fameux Persona 2: Innocent sin (et son jumeau « Eternal Punishment »).

Dans ces deux jeux, les éléments fondateurs de la série sont déjà présents : des lycéens, des démons, des donjons et des combats tactiques en équipe et au tour par tour (plein…. trop, en fait) et, surtout, des Persona, à la fois fragments de personnalité ayant pris forme et entités mystiques qui viendront assister le joueur dans son périple.

La structure des jeux est celle d’un classique Dungeon RPG. On entre, on latte tout ce qui bouge, on pille joyeusement et bis repetita. Le petit plus qui permettra à ce spin-off de se faire un nom par rapport à la concurrence et de s’émanciper de la série mère est ce gameplay qui alterne des phases de vie au quotidien de nos héros lycéens avec les passages au sein de nombreux donjons. Cette alternance restera la clé de voûte de la série Persona.

Comme les joueurs de Persona 5 pourront le constater, la série avait, dès le départ, trouvé ses marques et adopté les éléments qu’elle allait conserver au cours des décennies suivantes. Le tout était de trouver de bon équilibrage et, comme on le verra plus tard, le visuel qui allait marquer les joueurs.

Et croyez-moi, vous allez en entendre, des gens, d’ici la fin du jeu

Si ces deux premiers jeux ont été bien reçus et ont d’ailleurs fait l’objet de réédition, notamment sur PlayStation Portable, la série reste toutefois peu connue du grand public, notamment en Europe, pour la bonne et simple raison que ces deux premiers Persona n’ont pas eu droit aux honneurs d’une sortie officielle.

Il faudra donc attendre la sortie de Persona 3, sur Playstation 2, pour que la série connaisse une petite révolution, à l’image de GTA 3, en troquant son ancienne 2D isométrique pour une 3D bien plus rutilante que les capacités techniques de la machine de SONY rendent désormais possible (Et encore, attendez voir l’Emotion Engine ™ !).

Le jeu connaitra une extension FES qui ajoutera notamment un nouveau protagoniste et, surtout, la possibilité de contrôler ses alliés puis une -magnifique- adaptation sur Playstation Portable.

Persona, la série où même les menus ont la classe !

Tartarus Kesako ?

Dans ce nouvel opus, le joueur incarne un jeune lycée récemment transféré dans un nouvel établissement. Un soir, en se dirigeant vers son dortoir, il fait l’objet d’une attaque en règle par d’étranges créatures alors que toute forme de vie humaine semble avoir déserté les rues. Sorti in extremis de ce mauvais pas, il apprendra plus tard qu’il fait partie des très rares personnes capables de rester éveillées au cours de l’heure sombre, une 25ème heure dont la majeure partie de la population n’a pas conscience.

De fil en aiguille, il rejoindra une équipe également capable de se mouvoir durant cette heure sombre et dont l’objectif consiste à éradiquer les créatures maléfiques qui apparaissent durant ce laps de temps (et semblent provoquer une vague de dépression dans le monde réel). Les habitués de la série retrouveront très rapidement leur marque avec cette alternance de simulation de vie en milieu lycéen et de combat en équipe et au tour par tour au sein de donjons, plus ou moins divers et variés. La différence entre ce troisième opus et ceux qui lui ont succédé tient très clairement à la présence du Tartarus.

Oui, ça sent le piège.

En effet, contrairement à Persona 4 et 5 il y a, dans cet épisode, une unité de lieu puisque l’objectif ultime de nos protagonistes sera de réussir à explorer et à découvrir les mystères qui se cachent au sein du Tartarus, tour gigantesque qui s’élève chaque nuit durant l’heure sombre en lieu et place de leur lycée. Toute la progression se fera donc au gré des différents étages qui constituent cette tour. Préparez-vous, ils seront nombreux.

L’arrivée de chaque nuit offrira donc au joueur une nouvelle opportunité d’explorer ce donjon dont les étages, ont, bien entendu, une fâcheuse tendance à prendre des formes aléatoires à chaque nouvelle visite. Ce qui constitue une force scénaristique est, paradoxalement, une faiblesse de gameplay par rapport aux deux successeurs du jeu puisque cette unité de lieu génère nécessairement une certaine lassitude.

Je n’aurais pas mieux dit.

Au sein des différents étages, le jeu reste fidèle au genre puisque l’objectif consister à looter consciencieusement tous les trésors qui s’y trouvent et à tabasser les différents ennemis qui se dresseront sur le chemin de votre équipe. Équipe qui, soit dit en passant, ne dépassera jamais les trois membres actifs qu’il conviendra de sélectionner avant toute nouvelle incursion dans le Tartarus.

Côté combat, le jeu ne fait pas non plus dans l’exotisme, puisque, assez classiquement, chaque personnage dispose, à chaque tour, d’un panel d’actions allant des attaques physiques aux sorts offensifs ou défensifs en passant par les sempiternels objets de soin et/ou améliorations provisoires de vos capacités défensives ou offensives.

Bien évidemment, les Personas qui donnent leur nom au jeu seront de la partie ; chaque membre de l’équipe pouvant faire appel à la sienne pour semer le chaos dans les rangs ennemis. Ajoutez à cela des systèmes de stunts, d’attaques groupées etc. et vous aurez un gameplay suffisamment profond et dynamique pour éviter la lassitude (sans compter une option pour passer en pilotage automatique).

Le bon vieux Jack Frost, pilier de comptoir de la série.

En réalité, l’originalité du gameplay, propre à la série, consistera à collectionner les différentes Personas rencontrées au gré des incursions au sein du Tartarus, puis à augmenter leurs capacités et à les fusionner entre elles pour obtenir des personas encore plus puissantes. Oui, lecteur sagace, nous ne sommes finalement pas si loin de Pokémon.

Les habitués des opus 4 et 5 ne seront donc nullement surpris, les derniers épisodes ayant fidèlement repris le gameplay développé par Persona 1 et 2 et consacré par ce Persona 3. Si les nuits seront consacrées à l’exploration de ce fameux Tartarus, les journées, seront quant à elle, consacrées aux activités scolaires et extrascolaires et vous permettront d’acheter le matériel nécessaire à votre exploration ainsi qu’à nouer des liens d’amitié avec vos camarades et les différents protagonistes rencontrés au fur et à mesure de votre progression.

Les plus sociopathes (ceux-là même qui ont passé leur temps à creuser les mines de Stardew Valley au lieu d’essayer de se marier) se demanderont probablement où réside l’intérêt de lier des liens d’amitié avec les différents péquins rencontrés ci et là au lieu d’aller tabasser du monstre plus ou moins inamical.

Que serait un Persona sans ces passages en cours ?

Ce système d’amitié permet en réalité de développer des affinités avec les différents arcanes du tarot qui représentent chacune une catégorie de Personas. Comme vous l’aurez probablement subodoré, à l’exception peut-être de mon rédac’ chef, plus votre affinité avec un arcane est élevée, plus les Personas liées à cet arcane du tarot sont puissantes.

L’amélioration des liens d’amitié sera donc nécessaire aux « complétistes » qui voudraient obtenir les esprits les plus puissants. Cette nouvelle version Reload permettra néanmoins de zapper cette quête acharnée puisqu’elle propose, dès le départ, 5 niveaux de difficulté. Ayant opté pour les besoins du test pour la version facile (non, je n’ai pas honte), les 22 premiers étages du Tartarus m’ont semblé être une promenade de santé… À tel point que j’en ai même oublié de renouveler mes armes ou d’utiliser des objets de soin.

Autant vous dire qu’il est recommandé de choisir une difficulté un peu plus élevée si vous souhaitez profiter d’un peu de challenge.

Ça va piquer.

Et la technique, on en parle ?

D’un point de vue technique, il est évident que ce remake transcende le visuel et la mise en scène du jeu d’origine (à la plus grande joie de ceux qui ont acheté la réédition de 2023). Vu le nombre d’heures de jeu nécessaires pour finir ce Persona 3, je me suis dit que le Steam Deck serait probablement la machine idéale.

Sur la machine de Valve, le jeu est réglé d’office sur 30 FPS. Bien entendu et comme tout journaliste de l’extrême qui se respecte, je n’ai absolument pas tenu compte de cette préconisation et j’ai opté d’office pour une limitation à 60 FPS. Si les premières heures de jeu laissent penser que le Steam Deck tiendra la cadence, la réalité est est un peu moins plaisante.

Atlus : de l’art de transcender les polygones.

Dès les premiers étages du Tartarus dans lesquels le framerate joue au yoyo, passant parfois sous la barre des 30 FPS sans que ça reste pour autant injouable ou désagréable (à noter également que je n’ai pas cherché à modifier les options pour rendre tout ça – non, pas le paragraphe – un peu plus fluide), le testeur sagace comprend que, finalement, ça ne va pas être gagné pour le 60 FPS.

Ce qui est, soit dit en passant, bien dommage vu que le concept Dungeon RPG se prête assez bien au jeu nomade (les fans d’Etrian Odyssey et ceux qui, comme moi, ont eu la chance de jouer à Persona 3 et 4 sur PSP et PS Vita confirmeront). S’agissant de la cinquième édition du jeu, on aurait pu être quelque peu sceptique quant à la refonte graphique qui donne lieu à un nouveau passage en caisse, surtout quand on sait que le jeu a été réédité avec un très léger lifting en janvier 2023.

Il y a un démon qui va dérouiller sévèrement !

Dès les premières minutes, l’ampleur du travail effectuée sur ce remake et son air de famille nouveau avec le petit frère Persona 5 sautent aux yeux. Les personnages sont désormais nettement plus détaillés et proches des artworks qui illustrent les phases des dialogues tandis que les décors ont bénéficié d’une sérieuse amélioration visuelle ainsi que d’un certain nombre d’effets de lumière, brouillard ou ombre qui leur ajoutent un relief nouveau.

On remarquera également la présence de cinématographiques qui semblent tirées de la série d’anime (elle-même directement adapté du jeu, comme vous l’aurez compris) qui avait été diffusée il y a quelques années. Au-delà de ces améliorations, c’est tout l’enrobage visuel et sonore qui profite directement de l’influence du dernier opus de la série. Techniquement, ce n’est pas vraiment très évolué (Alan Wake 2 et Remedy n’ont pas de quoi s’inquiéter) mais la qualité du character design et de la mise en scène compensent très largement et rendent le jeu très agréable à regarder.

Une Persona à l’œuvre.

S’agissant du gameplay au sein du Tartarus, on constate avec plaisir qu’Atlus a conservé les nouveautés apportées à l’époque par la version FES qui permettait au joueur de contrôler chacun des membres de son équipe et non uniquement le leader (et, ce faisant, de rager trop inutilement lorsque les sidekicks utilisaient à tort et à travers leur magie et leurs attaques spéciales).

À noter également que le jeu propose d’office le choix entre la version japonaise d’origine et la version doublée en anglais, ce qui, de mémoire, avait été un des griefs de l’époque. Côté PC fixe, le bilan technique est heureusement plus reluisant. En 1440p et avec toutes les options à fond, le jeu ne chute que ponctuellement et légèrement en dessous des sacro-saintes 60 fps sur ma config plus tout jeune (i5-11400F / RTX 3060 ti / 16 go de Ram). Sur ce type de configuration moyenne gamme, oubliez définitivement l’option 120 FPS pourtant présente.

Le sympathique et pas du tout louche Igor !

Vu la modestie apparente du moteur 3D (très largement compensée par l’aspect artistique de l’ensemble), on aurait pu espérer une meilleure optimisation mais ça n’entrave en rien le plaisir de jeu (que sur soit sur PC ou Steam deck). Cela dit, peu importe l’aspect technique de cette nouvelle version de Persona améliore considérablement le visuel et le rapproche du récent persona 5. Les personnages relookés, le cell shading très clairement amélioré et les effets lumineux considérablement augmentés font que c’est un véritable plaisir de se replonger dans ce jeu particulièrement chronophage.

Alors que j’y allais à reculons, compte tenu du temps passé sur la version FES, j’ai véritablement pris plaisir à retrouver Persona 3 sous ces nouveaux atours. Encore mieux, je me suis rendu compte que ni Persona 4 ni Persona 5 n’avaient réellement mis un coup de vieux à leur glorieux ancêtre. Certes et malgré la très convaincante refonte visuelle, la mise en scène n’est pas aussi étudiée que dans Persona 5 et les personnages ne sont peut-être pas aussi décalés que dans Persona 4 mais cette version Reload mérite néanmoins toute votre attention.

Malgré les décennies et quelques rides que le botox n’a pas pu effacer, Persona 3 reste tout aussi magique qu’à sa sortie. Oubliez donc les remasters et autres lifings paresseux.

Essayez d’oublier qu’on a tenté de vous vendre deux fois le même jeu en à peine un an et profitez donc de l’opportunité qui vous est offerte (enfin, vous m’avez compris) pour découvrir ou redécouvrir cette clé de voute du Dungeon RPG.

Genre : Dungeon RPG culte

Développeur : ATLUS

Editeur : SEGA

Date de sortie : 2 février 2024

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

 

 

 

Baalim

Vieux joueur, atariste convaincu, collectionneur de trucs bizarres et hétéroclites, geek à ses heures perdues, pratiquement certain de n’avoir rien signé et de ne pas être payé, il se demande encore ce qu’il fait là.

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