Early Access: Far Far West
J’avais été agréablement surpris en lançant Far Far West, petite production en Early Access d’un studio français mêlant western et robots rigolos. Le titre me faisait vaguement penser au très culte Oddworld : La Fureur de l’Étranger, et je comptais vous apporter la lumière sur cette pépite. Et puis… patatras. J’ai pas encore écrit une ligne que le studio a déjà vendu 500 000 exemplaires. Le temps que je procrastine, il avait atteint le million. Bref, je suis foutu : je vais devoir vous parler d’un jeu que vous connaissez déjà et vous allez vous rendre compte que je pipeaute allègrement.
Pour les trois du fond qui ne le connaissent pas encore (allez, faites au moins semblant), Far Far West est un FPS très coloré dans lequel vous incarnez un cow-boy robotique dans un monde peuplé de machines. Oui, il y aura des robots chevaux, des robots barmans et des robots pu… Oops, je m’égare. Et notre héros d’huile et de boulons n’est pas n’importe qui, puisqu’il est avant tout chasseur de primes. Des cibles qui ne vont évidemment pas se laisser faire gentiment, d’autant qu’il va falloir les ramener bien plus mortes que vives.
Chaque partie, qui peut également (voire surtout) être jouée en coopération, se déroule de manière similaire. On choisit une cible parmi un panel garni de raclures cybernétiques, classées par niveaux de dangerosité et de gains potentiels. Ensuite, on part à la chasse après avoir fait quelques emplettes, histoire de ne pas arriver à poil au gunfight.
D’autant que notre prime sur pattes ne sera jamais seule : le chemin pour parvenir jusqu’à elle sera parsemé d’embûches, d’échauffourées et… de petits puzzles. Enfin, si tant est qu’on puisse utiliser ce terme pour qualifier un mécanisme où il faut appuyer sur trois détonateurs séparés pour qu’un quatrième truc fasse « boum ». Une fois parvenu à notre gibier de potence, il faudra alors survivre au déluge de balles et d’ennemis avant de lui coller suffisamment de baffes pour lui faire comprendre que la loi, c’est vous.

C’est là qu’un des aspects très rigolos du jeu devient primordial : de nombreux items traînent dans le décor ou droppent lorsqu’un ennemi meurt. Figurez-vous que ces objets, en apparence bariolés et inoffensifs, vont conférer à vos balles des effets plus ou moins surprenants. Ainsi, certaines munitions iront empoisonner ou glacer l’adversaire pour ralentir sa progression, tandis que d’autres provoqueront de magnifiques explosions, particulièrement douloureuses pour les raclures de bidet qui ont osé s’opposer à vous. La scène de combat se transforme donc assez rapidement en un joyeux bordel multicolore.
Et ça ne s’arrête pas en si bon chemin ! Nos braves héros, tout de plomb vêtus, vont également pouvoir puiser dans la magie pour provoquer encore plus de chaos. Le système donne accès à 5 éléments (terre, eau, feu, etc. — oui, bon, on n’est pas forcé d’être original dans tous les domaines) qui peuvent être combinés pour créer des attaques encore plus dévastatrices et rendre l’action totalement anarchique.

Imaginez donc la scène quand quatre joueurs affrontent ensemble une horde d’affreux venus de l’au-delà : vous aurez une bonne idée du bazar à l’écran. Ajoutons, si besoin était, que le jeu n’est pas avare en armes en tous genres et d’items de soin, histoire de ne pas passer trop rapidement de vie à trépas en pleine action.
En ce qui me concerne, lesdites raclures ésotériques ont rapidement gagné la partie et il a fallu que je m’y reprenne à plusieurs reprises pour réussir à passer les premières missions. Un écueil que ne rencontreront probablement pas ceux d’entre vous qui aiment jouer avec leurs congénères, puisqu’un des points forts du jeu tient justement à son aspect coopératif.

Sur le papier, on a donc un titre qui mélange allègrement le roguelite, le FPS, le jeu coopératif et, pour ne rien oublier, un brin d’extraction shooter. Le tout est signé par une petite équipe indépendante française : Evil Raptor. Et ça fait sauter la caisse ? Comment expliquer ce succès populaire et fulgurant ?
Il y a bien évidemment ce design rigolo et cette fusion western/robots qui fait mouche (attention, on n’est pas dans Westworld). On a aussi ce prix contenu et cette réalisation qui tourne au poil sans nécessiter un PC de la NASA (à une époque où la RAM va bientôt finir par coûter plus cher que l’or). Mais surtout, on a cet ingrédient qui fait de plus en plus défaut aux productions modernes : le fun.

Vous savez, ce truc qui fait que vous prenez la manette en main et que, deux minutes plus tard, vous chevauchez dans le désert en tirant dans tous les sens comme un forcené, tandis qu’une horde de démons, de squelettes et de zombies vous court après pour vous renvoyer à l’usine en pièces détachées. C’est vif, c’est nerveux, c’est jouissif et on n’est pas emmerdé par des tonnes de cinématiques ou de dialogues prétentieux entre deux scènes d’action. Se pourrait-il qu’il s’agisse… d’un jeu vidéo ?
Bref, Evil Raptor et son éditeur Fireshine Games n’ont pas trouvé de pétrole, mais se sont contentés de rouvrir le vieux puits qu’on croyait asséché. Et les joueurs ne s’y sont pas trompés, ils ont répondu massivement à l’appel. Comme quoi, quand on n’essaye pas de faire sauter la baraque avec un jeu AAAA (comment ça, c’est une attaque ciblée ?) ou d’intégrer au forceps de la politique dans ses jeux, ça marche plutôt pas mal.

Le succès de ce Far Far West, tout comme celui nettement plus attendu de Subnautica 2, rappelle aux éditeurs que les joueurs veulent avant tout se divertir. Peut-être que le ray tracing et la 8K ne sont finalement pas nécessaires pour y parvenir. Qui l’eût cru ?
Ne soyez pas radins et allez donc donner quelques biftons à Evil Raptor. Vous ne le regretterez – probablement – pas !
Développeur : Evil Raptor
Editeur : Fireshine Games
Date de sortie : 28 avril 2026
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Développeur : Evil Raptor