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Gylt

Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis un pro des jeux d’infiltration. Pas tellement parce que j’ai enchaîné des centaines d’heures sur tous les titres existants, loin de là. Pas non plus parce que je maîtrise parfaitement les placements dans l’espace et la gestion des risques. Non, je suis devenu un pro à force d’être enfermé dans la cave par notre Rédac Chef. Ben oui, fallait bien que je sorte parfois pour me nourrir sans tomber sur lui, il m’aurait refilé du travail… Et avoir développé cette compétence tombe bien, puisqu’éviter les monstres hideux tout en se sortant d’une situation difficile, c’est justement tout le propos de Gylt. Un jeu d’infiltration à l’ancienne. Un peu trop à l’ancienne ? Peut-être bien.

Pitch black

Le jeu nous place dans la peau de Sally, une petite fille quelconque dans une petite ville du Maine, marquée par la disparition inexpliquée de sa cousine, Emily. Un pas beau jour, cherchant à échapper à des bullies plus âgés, Sally est transportée dans une version alternative de sa ville. Cette dernière, vide de ses habitants, se retrouve transformée et peuplée de créatures monstrueuses. Sally va donc devoir tenter de s’en sortir par tous les moyens, et au passage retrouver sa cousine disparue.

Voilà pour le pitch. Est-ce que ça ne vous fait pas furieusement penser à Silent Hill ? Moi oui. Sauf qu’ici l’accent est mis sur les peurs d’enfance, sur le harcèlement scolaire et la déconnexion des adultes vis à vis de ce fléau qui touche tout le monde. En effet, on va passer par tous les lieux où les enfants se font harceler. L’école bien sûr, mais également le parc, la salle de jeux vidéo, la rue, autant d’endroits où, alors que les adultes n’y voient que des jeux innocents (à croire qu’ils n’ont plus aucun souvenir de leur propre enfance), une véritable terreur peut naître dans le cœur des victimes.

La terre heurt

Et cette terreur est fort bien retranscrite. D’abord par le sentiment d’être dans un lieu étrange et inquiétant, ensuite par le danger permanent des créatures monstrueuses qui ne chercheront qu’à nous faire du mal. Enfin, par notre quasi-complète vulnérabilité face à nos adversaires. Toutefois, on obtiendra assez rapidement une lampe, nous permettant de nous débarrasser de certains d’entre eux.

Gylt est avant tout un jeu d’infiltration des plus classiques. Se cacher dans l’ombre, passer dans le dos des créatures, observer leur rondes et en tirer profit, et, plus tard, les éliminer discrètement. Au passage on se perd dans des couloirs, on résout quelques énigmes et on collecte des objets. Le tout permettant de construire une histoire linéaire mais prenante. Les graphismes sont propres, le style très Pixar permet de passer outre certaines faiblesses et la partie sonore est fort bien exécutée, quoi que là encore sans grande prise de risque.

Le jeu avait été développé en exclusivité pour Stadia et, suite à échec massif de la console de Google, s’est retrouvé dans l’impossibilité de sortir sur d’autres machines. Même si ce dernier point est de l’histoire ancienne, et que Gylt se retrouve à sortir sur un tas de supports différents, on retrouve la simplicité des commandes d’un jeu prévu pour être joué à la manette du fond de son canapé. D’ailleurs, elle répondent très bien à nos sollicitations, l’interface sachant se faire oublier. De temps à autre, le jeu présente des petits bugs, principalement dans les angles de jonction de certaines textures (il y a probablement un terme technique, mais moi vous savez la technique…). Rien de bien gênant donc, mais je me dois de le signaler.

Emily in Paris

Bien plus subjectif est mon sentiment sur le titre. En effet, et même si je comprends l’intention initiale, traiter un sujet aussi sensible aurait probablement mérité un peu plus de subtilité. Gylt enchaîne les clichés et appuie dessus, histoire de bien enfoncer le clou : la scène d’introduction où Sally se fait poursuivre par des sales gosses, les scènes de bullying reconstituées en poupées de bois (certes terrifiantes), les journaux personnels qui expliquent ce qui s’est passé dans le monde réel… N’en jetez plus on a compris !

Toutefois, et malgré ses grosses ficelles, l’histoire est vraiment prenante. On se prend d’affection pour ces personnages jetés bien malgré eux dans ce monde d’ombres menaçantes . On veut bien entendu aller jusqu’au bout de l’intrigue, et les 6 heures que l’on met pour atteindre la conclusion sont agréables et jamais frustrantes.

Pas frustrantes, mais malheureusement tout à fait oubliables. Il n’y a aucune prise de risque, c’est très scolaire. Les ennemis se comportent comme on s’y attend, les rares énigmes se résolvent comme d’habitude (c’est-à-dire en brute force). Même le sacro-saint principe de l’infiltration, à savoir « le nouvel ennemi de la nouvelle zone demande d’adapter notre façon de jouer », est respecté à la lettre.

Dernier petit point négatif, pas spécialement gênant mais qui m’a un peu sorti du jeu : le personnage principal commente tout. Elle parle tout le temps pour décrire des évidences. Alors, je sais que c’est à la mode depuis quelques années.

Il y a même eu des vidéos sur le sujet. Mais entendre un personnage s’exclamer tout fort « Ah ça va m’être bien utile » alors qu’on vient de passer vingt minutes à tenter de se faufiler derrière une créature visqueuse pour récupérer le dit objet, ça fatigue un peu.

L’heure déchoit

Au final que retenir de ce Gylt ? Un jeu au destin étrange, une réalisation plus que correcte et une aventure agréable à suivre. Attention toutefois, les thèmes abordés, même si ils le sont de façon peu subtile, sont durs. Très durs même. Et comme on s’en doute ça ne va pas en s’améliorant. Pour les plus sensibles soyez prêt à avoir quelques serrements de gorge et autres yeux qui piquent.

On est sur un jeu clairement mature dans ses thèmes. Un jeu au gameplay facile, mais qui s’adresse à des adultes, tout en ayant une DA proche d’un film d’animation Pixar. Voilà comment je pourrais vous le décrire en une phrase.

En résumé, si vous n’êtes pas un gros joueur ou si vous avez envie de faire un jeu d’infiltration horrifique sans hurler de frustration à chaque étape, alors Gylt, sans un être un vrai challenge, vous proposera une petite aventure très classique, propre et réussie.

Genre : Aventure – Infiltration

Développement : Tequila Works, Parallel Circles

Éditeur : Tequila Works

Plateforme : Steam

Date de Parution: 6 Juillet 2023

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

CekterDown

Fasciné par Sherlock Holmes et le mythe de Cthulhu, j'aime également la science-fiction et tout ce qui s'y rapporte, je ne réponds qu'aux superlatifs et ne désespère pas qu'on me voue un culte un jour. J'aime surtout m'entourer de gens plus talentueux que moi.