Trash the Planet

Pour occuper mes chats, je leur mets parfois la chaine Twitch CritterVision. On y voit des animaux squatter le jardin d’une famille de Caroline du Sud aux USA et se nourrir dans les auges qu’ils ont judicieusement placé devant une caméra. Ecureuils, biches, opossums, oiseaux et même chats du quartier sont filmés en direct et se partagent la nourriture. Mais on y trouve aussi des ratons-laveurs, un des animaux au nom le plus étrange de la langue française.

Et dans Trash the Planet, on va diriger une « meute » de ratons-laveurs (oui, cette intro allait bien quelque part, j’en ai parfois douté à force) dans sa quête. Ou plutôt ses quêtes ; d’abord il s’agit de se nourrir. En assignant quelques poilus à la cueillette, ils trouvent aussi un peu de détritus (trash). On en envoie alors quelques-uns glaner ces déchets si attirants. Puis on découvre qu’on peut les trier, pour isoler le papier, le plastique ou le métal.

Alors restons calmes, Trash the Planet est un idle game qui se joue sur navigateur, ce qui signifie, je vous vois venir, qu’il est jouable au boulot, oui, mais surtout qu’il s’agit d’un jeu dans lequel on passe plus de temps à attendre qu’à cliquer. On attend donc que les petits racoons ramassent de la bouffe et des saloperies, avant qu’à intervalle régulier de nouveaux membres du clan ne viennent faire grossir le contingent de glaneurs.

On les dispatche alors aux différentes tâches, et on se remet à attendre (avec un tableau Excel sur un deuxième écran, ça passe plus vite, je dis ça je dis rien). Heureusement, ça va rapidement se complexifier. Les déchets triés vont pouvoir servir, tout à fait logiquement, à faire de la recherche. Après avoir amélioré le rythme de récolte, agrandi la communauté en entassant des cartons pour faire des maisons et planté des champs où faire pousser de la nourriture, on arrive au dernier stade de l’évolution, à ce qui dirige le monde, à ce qui dirige la Terre selon les Neg’ Marrons : la monnaie.

Le jeu change alors d’apparence, de concept, de paradigme. Voilà nos fouilles-poubelles à la tête d’un empire financier dont on joue le « maire », conseillé par une armée de potes qui ont chacun leur domaine. On se met alors à brasser des millions de déchets, des milliards d’actions et des trillions de dollars. Une course au toujours plus avec lequel le jeu s’amuse au point de ne même plus afficher les chiffres au-delà de certaines quantités.

Mais ce decorum est surtout là pour mettre en avant ce que This Game is Haunted, le studio de Portland à l’œuvre ici, fait de mieux : nous parler d’accumulation, de profit et d’amitié entre mammifères, bien plus que pour nous faire cliquer sur des boutons. Le début de partie se déroule sans anicroche et tout à l’air d’aller pour le mieux dans le meilleur des mondes tant que les emballages de McDo, les journaux de la veille et les cartons de livraison Amazon coulent à flot…

Jusqu’à ce qu’on expérimente la saveur amère de la finitude du monde qui nous arrive dans le museau comme un boomerang. Je vous laisserais découvrir tout ça vous-mêmes si vous en avez l’envie (ou si vous êtes en « télétravail », on vous voit). Trash the Planet se parcourt en une petite heure si on n’est pas trop souvent interrompu et arrive tout de même à renouveler plusieurs fois l’expérience.

Avec ses graphismes cartoon soignés, sa palette de couleurs douce et son interface efficace, il sait se rendre agréable. N’ayant pas pu jouer avec le son pour des raisons que je ne détaillerais pas parce que je tiens à mon boulot, je ne saurais vous parler de la musique et les effets sonores, mais vous pouvez retrouver la bande son sur Bandcamp.

Trash the Planet porte en tous cas bien son nom et nous raconte une histoire de racoons cupides avec humour et pertinence. Sans révolutionner le concept d’idle-game, il sait changer les règles intelligemment pour relancer l’intérêt sans se contenter d’accumuler les chiffres de plus en plus extravagants. Pour un jeu gratuit, difficile d’en demander plus. Je ne peux que vous conseiller ce qui reste une expérience qui m’a égayé une matinée bien morne, et rien que pour ça je garde un souvenir chargé de tendresse pour ces petits poilus.

Genre : Idle game narratif

Développeur : This Game Is Haunted

Plateforme : Itch.io

Date de sortie : 15 mars 2021

Prix : gratuit

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

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