Flat Eye

Flat Eye est un jeu de management avec une forte composante narrative. Oui, on est d’accord, ce n’est pas commun. C’est le lot de Monkey Moon, le studio lyonnais qui a réalisé Night Call. Ce dernier était déjà une réalisation intéressante, mélangeant finement gestion de temps & investigation. Je vous le recommande au passage d’ailleurs, mais passons à Flat Eye.

Avant même de lancer une partie, le jeu nous prévient : des sujets sensibles vont être évoqués. Il nous propose alors de mettre en place des avertissements de contenu, pour nous prévenir le cas échéant. Une configuration appréciable que l’on voit rarement dans l’industrie.

Premier jour plutôt calme

Le début du jeu est classique pour quiconque a l’habitude des jeux de gestion. La première journée sert à appréhender les contrôles et l’interface. Tout est clean, aussi minimaliste que possible. On exécute nos premières tâches en suivant méticuleusement le tutoriel.

Vient alors une mécanique d’achats, de modules et d’objets. Ceux-ci nous permettent d’améliorer notre boutique. Les modules sont des objets avec lesquels les clients interagissent et les objets décorent certains lieux spécifiques, entre intérieur et extérieur de la boutique, et espace du personnel.

Pourquoi avoir des toilettes normales quand on peut avoir des SMART TOILETS ?

Les modules demandent certaines ressources. On en a 4 à notre disposition : énergie, données, matière organique et ADN. Il faut connecter les ressources requises aux modules pour qu’ils donnent accès à certaines ressources. Typiquement, les ToiletSmart demandent une unité d’énergie et fournissent une unité de matière organique et une de données.

La gestion de ces unités est assez simple, il n’y a pas à s’encombrer de connexions physiques ou de fluctuations de ressources. Vous devez uniquement anticiper les besoins en ressources de vos machines et les brancher pour qu’elles fonctionnent.

Pas de cable management ici !

Après l’installation de vos premiers modules et objets apparait votre tout premier VIP, du nom de Janet. C’est une mécanique centrale au sein de Flat Eye. Vos VIPs sont des éléments narratifs importants car EyeLife, la société pour laquelle vous travaillez, cherche à comprendre leurs intérêts pour mieux les servir. Donc, vous devez leur parler à chaque fois qu’ils sont dans votre boutique.

Si niveau narratif, c’est intéressant, niveau gameplay, c’est plutôt plan-plan car les choix de dialogue n’impactent pas véritablement le scénario. Les dialogues sont bien écrits, chaque personnage a sa story-line et – ce que je trouve chouette dans les jeux de ce studio – elles ne sont pas toutes liées à l’histoire centrale. Certains personnages sont juste là pour représenter des tranches de vie. Des morceaux de l’univers dans lequel on évolue.

Discuter avec les autochtones est toujours instructif

A la fin de notre première journée – et après quelques péripéties – on se retrouve sur un bureau. Car oui, nous n’incarnons pas le personnage qui fait les choses mais son manager. Notre Clerk, on l’embauche, on le paie, on le forme et on lui assigne des tâches, comme un bon petit manager.

Sur ce bureau se trouvent différentes interfaces, dont un arbre de technologie. En progressant dans notre carrière, on débloque des Points de Technologie, qui nous donnent de nouveaux modules. Ces derniers sont nécessaires pour progresser dans les histoires des VIPs, ainsi que dans notre carrière, car une boutique plus équipée attire plus de monde.

Le bureau du manager, bardé d’icônes à débloquer

Chaque Clerk a ses propres compétences, dès le début ou qu’il débloque après, une fois qu’il est formé. Ces actions coûtent de l’argent, durement gagné pendant la journée. La gestion de l’argent est centrale, bien que vous n’en manquiez pas. C’est le même argent pour acheter les modules, payer votre loyer et votre Clerk. Une boutique qui n’est pas rentable ne peut progresser.

Le bureau permet également d’accéder à une messagerie interne, une documentation, etc. Ces éléments purement narratifs se débloquent au fur et à mesure de votre progression. Ils apportent une touche particulière à Flat Eye, permettant de comprendre un peu mieux le propos de cet opus.

Former ses employées, quelle idée saugrenue !

Maintenant que nous avons fait le tour des fonctionnalités, est-ce que ces combinaisons marchent ? Je dirais oui et non.

Oui tout d’abord, car l’ambiance est parfaitement mise en place. Flat Eye nous plonge dans le quotidien d’une société capitaliste à outrance. Notre Clerk croûle sous les tâches et nous sous les informations. Prioriser les tâches n’est pas une mince affaire, et quand vous associez ça à vos indices de performance, cela devient vite frustrant. Mais c’est là justement l’intention de Monkey Moon.

La DA minimaliste et cette bande-son rendent très bien la sensation d’un système entièrement basé sur le numérique. Une transition brutale, que l’on vit au travers du quotidien des VIPs. Certains foncent avec le changement, d’autres luttent pour revenir en arrière tandis que d’autres ne comprennent pas du tout ce qu’il se passe.

Oups.

Notre IA, avec laquelle on tisse une sorte de relation, n’est pas vraiment machiavélique. Là aussi, on peut voir la finesse de l’écriture, car elle reproduit les biais des humains qu’elle “critique”. Orgueilleuse, émotionnelle, c’est assez marrant de la voir s’énerver alors que… c’est une IA.

Notez aussi que les éléments narratifs du bureau, évoqués plus hauts, apportent une touche d’humour et de cynisme plutôt satisfaisante. Emails stupides des directeurs, conversations lunaires avec vos collègues, notices condescendantes, tout est là pour appuyer un monde du travail qui marche sur la tête.

On dirait mon profil Linkedin

Là où Flat Eye se rate légèrement, c’est sur l’aspect gestion. La progression narrative est satisfaisante mais les mécaniques de gestion deviennent répétitives. Chaque jour se ressemble et autant je comprends le propos, autant ça m’empêcherait presque d’aller jusqu’au bout.

À un certain point, vous avez une mécanique de cartes, pour avoir des objectifs aléatoires par jour. Cela vient rajouter une couche de complexité avec des objectifs pas forcément réalisables. Là encore, propos compris, c’est de la mise en scène, mais ça s’accumule avec le reste. J’en suis venu à m’en ficher de les réaliser, mais du coup, ma progression est plus lente. Le non-respect de cette mécanique de jeu n’entre pas en compte dans la storyline, ça vous ralentit juste.

Des cartes très jolies au demeurant

Dans l’ensemble, Flat Eye est une réussite. Son message se met en place très rapidement et on comprend très vite les injustices à tous les niveaux de la société. Que ce soit les VIPs, votre Clerk ou même vous, tout le monde subit un système qui ne voit pas le problème. C’est un propos intelligent et nuancé qui montre une nouvelle fois qu’un jeu vidéo peut être plus qu’un divertissement. Un grand bravo à l’équipe de Monkey Moon pour la fraicheur qu’ils apportent à l’industrie !

Genre : Gestion / Narration
Développeur : Monkey Moon
Éditeur : Raw Fury
Plateforme : PC (Steam)
Prix : 18.99€
Date de sortie : 14/11/2022
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

LupusVII

Cliché de geek, boit trop de café, a des projets par dizaines et un backlog de plusieurs vies. Je troque volontiers quelques heures de sommeil à écrire des articles pour vous convaincre d'en perdre également.

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