Combat Mission: Shock Force 2

Lorsque je disais que 2020 était une année riche en wargames, je ne m’attendais quand même pas à écrire sur Combat Mission: Shock Force 2. Le studio Battlefront a toujours annoncé que l’arrivée de leur jeu sur Steam n’était pas à l’ordre du jour et que leur modèle économique (avec vente directe via leur site depuis le premier opus il y a 20 ans) leur suffisait et ce malgré les demandes cycliques de joueurs sur les forums. L’apparition des anciens opus sur Gog et surtout le partenariat avec Slitherine (entre autres pour l’utilisation de versions professionnelles de leurs jeux par des clients militaires) a changé la donne. C’est donc une surprise que l’arrivée de ce (dernier) opus sur la plateforme Steam. Slitherine a d’ailleurs eu l’amabilité de nous procurer deux clés afin qu’Harvester et votre serviteur puissent aussi tester la bête en multijoueurs (NdHarvester : et spoiler alert, il ne gagne toujours pas…).

Escouade en approche

Combat Mission, pour ceux dans le fond qui ne connaîtraient pas, est une série de jeux tactiques au tour par tour en 3D qui ont la particularité de pousser assez loin le réalisme (ricochets des balles, épaisseurs de blindage des différents éléments des chars…) mais surtout d’avoir un gameplay assez particulier dans le genre qu’on nomme WE-GO : les deux adversaires (IA ou joueur) donnent leurs ordres et puis le résultat du tour se joue simultanément sans que vous puissiez agir. On a donc droit à une expérience très cinématique (vu que dans la phase de résolution du tour vous pouvez bouger librement la caméra et retourner en arrière) et immersive qui permet au joueur de déjà réfléchir à ses prochains mouvements. A noter qu’un mode temps réel avec pause active est aussi disponible, que ce soit en solo ou en multijoueurs classique (pas par e-mail évidemment) mais cela change l’expérience et le temps dont vous disposez pour prendre des décisions, cela a cependant le mérite d’exister.

Tout le monde descend ! (on notera le G36K teuton)

Sorti fin 2018, Combat Mission: Shock Force 2 (upgrade de l’opus précédent qui en contient donc la campagne scénarisée) se focalise sur un conflit fictif en Syrie, les différents add-ons sortant en même temps offrent chacun une campagne et surtout des troupes spécifiques (Marines, troupes britanniques et quelques forces de l’OTAN dont la Bundeswehr, les forces Canadiennes ou Néerlandaises, les Français en sont étrangement les grands absents). Evidemment lorsque vous jouez des missions d’environ une heure de temps de jeu, au tour par tour avec en plus la possibilité d’admirer vos petits troupiers en train de combattre pour la capture des objectifs, vous devez vous attendre à des parties assez longues. Les différentes campagnes disponibles (sans parler du multi) vont déjà vous offrir un bon nombre d’heures de jeu, ajoutez à cela la possibilité de faire des batailles rapides ou de jouer n’importe quelle carte des campagnes et vous avez là un contenu plus que solide et détaillé.

Le char le plus chanceux du monde, 6 obus d’artillerie qui le loupent d’un poil.

Niveau gameplay, on est assez proche de la série des Close Combat : on sélectionne une unité, on lui détermine une cible ou un chemin à emprunter par étapes (bouger jusque là, ramper ensuite etc). On peut assigner une unité à l’intérieur d’un bâtiment ou sur son toit (même si la modélisation de ceux-ci reste assez basique). Le type d’ordre est crucial car même si l’IA des unités va réagir aux événements qui la concernent elle ne va pas réagir de la même façon si vous lui avez donné l’ordre de foncer ou de ramper et de s’arrêter dès qu’elle détecte un ennemi. S’il y a un certain niveau d’abstraction (surtout au niveau des lignes de vue qui se font souvent du centre d’une unité d’infanterie plutôt que de chaque soldat individuellement) on a quand même énormément d’éléments modélisés (munitions de chaque type, qualité de l’unité, moral, blessés…). On est clairement dans du wargame et pas du RTS où on fonce un peu dans le tas, ce genre de tactique ici revient souvent à du suicide.

On peut avoir beaucoup d’unités, il vous faudra juste « un peu » de temps pour donner des ordres à ce beau petit monde et il risque d’y avoir un embouteillage.

La taille des cartes est variable et vous pouvez donc vous limiter à une bataille entre quelques unités ou des bataillons complets. Evidemment plus la taille des affrontements est grande plus vous aurez de troupes à gérer et d’ordres à donner. Tactiquement cependant les cartes manquent parfois de largeur pour permettre les vraies manœuvres que nécessitent les affrontements plus larges. Guerre moderne oblige, les combats se font surtout à distance. Ici la couverture est cruciale et l’élimination des ennemis du plus loin possible est conseillée. Votre but, une fois les menaces principales éliminées, sera donc d’arriver à amener vos transports de troupes le plus près de l’ennemi sans dommages afin de pouvoir mener l’assaut sur ses positions. L’artillerie permettra d’assouplir celles-ci et, vous l’aurez compris, le terrain a une très grande importance.

Voir l’ennemi à partir de votre unité ne veut pas dire que celle-ci voit l’ennemi. Parfois frustrant.

Bizarrement Combat Mission: Shock Force 2 ne propose pas de carte d’élévation claire ou d’un mode ligne de vue qui permettrait facilement de savoir si votre unité voit ou ne voit pas les ennemis d’où elle se trouve. Il faut s’amuser à prendre l’outil d’ordre de tir pour vérifier une par une. Le système de ligne de vue manque souvent de clarté ou de logique : un muret de 50 cm qui bloque la vue d’un char ou une bosse presque invisible dans le terrain qui vous fera perdre l’avantage d’une position élevée que vous auriez cru parfaite pour l’observation, ou encore des obstacles peu visibles sur le terrain qui font faire des détours à vos unités. Bref à moins de micro manager tout au centimètre près, il ne faut pas chercher à être trop précis non plus au risque de trouver l’expérience un peu frustrante parfois, surtout en multijoueurs où l’adversaire va tout de suite profiter de chacune des erreurs de vos unités (en plus des vôtres).

Vous reprendrez bien un peu de désert ?

Guerre moderne toujours, l’artillerie ou les différentes armes sont très très létales. Votre char va rarement survivre à un obus et la différence technologique va se remarquer assez rapidement. Le M1 Abrams semble d’ailleurs régner en maître sur le champ de bataille et peut faire un carnage en quelques secondes : lors d’une partie il aura fallu moins d’une minute (c’est-à-dire un tour) pour que deux de mes Abrams n’atomisent trois chars adverses et un bunker. Ce genre de pertes dès le début de partie peut sceller le sort adverse même s’il faut de manière générale continuer à jouer la partie complète jusqu’à son aboutissement (à moins que la carte ne propose assez d’objectifs à contrôler pour pouvoir gagner aux points avant la fin du timer).

ça va faire mal, chérie !

Si j’ai adoré pouvoir voir les unités en action de manière aussi détaillée qui fait que le moindre coup au but se ressent comme une victoire (et inversement chaque perte fait très mal), l’équilibrage des cartes de campagne vise en général à favoriser le joueur et sont donc rarement adaptées au multijoueurs. Heureusement il y a les Quick Battles (même si la sélection des troupes avant la bataille pourrait être plus agréable à l’utilisation). J’ai aussi trouvé que l’interface du jeu manquait un peu de feedback, il m’arrivait souvent de rejouer deux fois le tour pour pouvoir voir tout le champ de bataille et de quand même louper l’explosion d’un de mes véhicules sur une mine. Un simple système d’alerte paramétrable avec la possibilité de se focaliser sur l’unité en question ferait des miracles (comme celui présent sur un autre jeu du genre Graviteam Tactics: Mius Front).

Surpris hors couverture mes soldats vont vite avoir bobo

Le moteur de jeu commence tout doucement aussi à accuser son âge malgré des modèles d’unités très bien modélisés et détaillés, le terrain lui est assez morne (bon la région est aussi très désertique) et comme dit plus haut on manque parfois un peu d’informations comme lorsque le jeu demande d’éviter de faire des dégâts à une école sans indiquer où se trouve celle-ci. Et comme rien ne peut différencier facilement ce bâtiment d’un autre…(Edit: On me souffle dans les commentaires qu’un raccourcis existe pour afficher cette information, reste que le feedback visuel au joueur est pauvre). Aussi le système de multijoueurs est un peu archaïque à mettre en place (avec l’utilisation d’un programme tiers pour plus de facilité) et risque de rebuter certains joueurs moins motivés. Cependant, une fois en jeu et que tout est en mouvement, on oublie vite ces détails et on profite des explosions, tirs traçants et ricochets en tout sens qui transforment un endroit paisible en enfer sur terre.

Beaucoup d’ennemis à couvert, ils ne savent pas qu’ils vont se ramasser un bombardement méthode ricaine qui va tout raser.

J’espère que la sortie Steam déclenchera un afflux de nouveaux joueurs qui permettront aux développeurs d’investir dans l’évolution de leur moteur (à voir si leur système économique évolue avec la sortie Steam vu qu’auparavant les refontes du moteur étaient payantes) et d’offrir aussi plus de contenu (un petit focus sur l’armée française serait sympathique). Combat Mission: Shock Force 2 est pour moi un jeu incontournable (surtout avec la promotion de lancement, sachant que les jeux Battlefront sont normalement assez chers) pour tout wargamer qui se respecte. Immersif, violent avec d’énormes possibilités tactiques, à cette échelle de combat c’est le maître étalon du genre et c’est un grand jour que de voir l’un des fleurons du wargame enfin arriver sur Steam.

La série des Combat Mission et moi, c’est une longue histoire d’amour (principalement vécue sur Appui Feu) même si, et je le confesse sans honte, j’avais décroché durant quelques années, lassé du modèle économique de Battlefront, avant de reprendre il y a peu avec SAAvenger sur la version Normandie. Apprendre que Slitherine avait enfin réussi à convaincre Battlefront a eu un effet aphrodisiaque sur moi, vous vous en doutez…

Dans les faits, Combat Mission: Shock Force 2 a toujours autant de qualités que de défauts qui, fanboyisme oblige, s’effacent dès le début de la partie. Il est toujours aussi facile de prendre du plaisir à observer la progression de ses troupes, caméra collée au sol, avant de s’élever pour considérer un contournement (qui échouera parce que votre adversaire l’avait anticipé). Frustrant par ses petites imperfections, CM: SF2 est quand même un bijou pour tout amateur de wargame tactique grâce à sa richesse inégalée. Le plaisir de lancer une partie par email, d’observer le matériel fidèlement modélisé (là on frôle le p0rn pour bidasse) ou même d’imaginer (et de concevoir !) un scénario… Bon je vous laisse, notre Belge pense que ses Abrams sont invulnérables et j’ai quelques antichars bien décidés à lui prouver le contraire !

 Développeur : Battlefront

Editeur : Slitherine

Date de sortie : Décembre 2018, 31 Août 2020 (version Steam)

Prix : 49,99€

Page Steam

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

SA_Avenger

Le Belge taciturne du groupe, pas fan de quoi que ce soit mais touche-à-tout aux goûts éclectiques, amoureux du cinéma, de littérature et de chanson française à texte, bref un nostalgique invétéré. Ancien beta testeur hardcore, je joue encore régulièrement à des jeux obscurs aux règles complexes que je termine d'ailleurs rarement.

6 réflexions sur “Combat Mission: Shock Force 2

  • 8 septembre 2020 à 9 h 16 min
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    Merci pour cette review ! Je suis ton avis sur les points qui sont à améliorer au niveau des mécaniques.
    Par contre pour l’affichage des points importants comme l’école par exemple tu peux afficher les noms avec un raccourci que je ne me souviens plus Alt+[Touche].
    Tu peux voir la liste des raccourcis en partie quand tu cliques sur le menu et le bouton raccourci ou shortcut.
    De plus, il est important de dire que le jeu est fourni avec un manuel de 200 pages présentant les fonctionnalités et les armes/véhicules des factions pour aider à jouer.
    Un vrai wargame quoi ! 🙂

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    • 8 septembre 2020 à 9 h 42 min
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      Fun fact : notre Belge refuse de faire les tutos et de lire les manuels 🙂

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    • 8 septembre 2020 à 10 h 38 min
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      Merci pour l’info, j’essaierai de trouver la touche exacte, à noter que ce n’est pas dans la liste des raccourcis (j’ai quand même regardé). Après Harvester médit (pour changer :p) un peu vu que j’ai quand même regardé le manuel pour l’utilisation des démineurs 😮 (pas très intuitif ou pratique d’ailleurs ). Mais en effet je regarde rarement les manuels (WITP:AE étant l’exception) car je trouve qu’une interface de jeu doit fournir tout ce qui est nécessaire en jeu (aussi ça permet de voir ce qui intuitif et ne l’est pas) niveau gameplay) surtout au vu de l’évolution du genre. L’interface est utilisable sans soucis ici après un petit lift ferait pas de mal (surtout feedback au joueur) ne fut-ce que pour arriver au niveau de graviteam (qui n’est pas state of the art loin de là).

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  • 8 septembre 2020 à 10 h 59 min
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    Alt+L (de tête) permet d’afficher les points nommé du terrain, dans la premiere mission de la campagne canadienne, l’école est marqué de cette façon.

    Tout les raccourcis sont dispo dans Menu -> Hotkeys

    Pas pratique mais bon…

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    • 8 septembre 2020 à 12 h 09 min
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      Ok j’avais pas remarqué que les hotkeys du menu du jeu n’étaient pas les mêmes que les hotkeys du menu en jeu. O_o Merci

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      • 8 septembre 2020 à 12 h 23 min
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        Tu vas maintenant pouvoir découvrir un nouveau jeu, où tu peux masquer les arbres, la fumée, afficher les objectifs et les points importants, le lien entre les soldats et leur leader (Alt+Z)… tout ça pour gagner en visibilité.
        Bon jeu à toi!

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