Blaze Revolutions

Comme le disait Gandhi à Nelson Mandela, en pleine after de l’anniversaire de Greta Thunberg, je cite : « La société, elle a que des problèmes. La société, elle a mauvaise haleine ». Dans le cas de celle de Blaze Revolutions, difficile de lui donner tort tant la polarisation y est profonde et que la beuh, ben ça fait sentir de la bouche.

D’un côté, la Soma Corp, megacorporation cyberpunk, polluante et répressive qui veut réduire l’humanité à une masse obéissante et productive. De l’autre, les gros hippies fumeurs de ganja qui vont réveiller le peuple et reverdir la planète en chantant koumbaya pendant des partouzes tantriques. On commence fort avec les clichés, mais rassurez-vous, on est loin d’avoir tout vu.

Je vais décevoir tout de suite les hordes de porteurs de cravates et de mocassins à glands : dans ce jeu, les gentils, ce sont les zadistes cultivateurs de beuh. D’ailleurs c’est assez facile à voir, dans leurs quartiers, les couleurs sont vives, tout est végétalisé et on y écoute du gros son à base de basse dans ta face qui fait trembler l’immeuble.

Chez les marketeux, coachs en dropshipping et autres étudiants en école de commerce, c’est tout le contraire : il fait nuit à 14h, les rues sont toutes sombres avec quelques touches de mauve (cyberpunk oblige), dans une ambiance « police partout, cannabis nulle part » brutale et déprimante.

Concrètement, Blaze Revolutions est un RTS sans grande profondeur mais avec quelques idées, comme cette asymétrie totale entre les deux factions (le jeu étant uniquement solo, l’équilibrage n’est pas nécessaire), ces capacités spéciales à activer pour se sortir du pétrin ou ce contrôle de map qui se répand visuellement à travers les rues et les bâtiments. On aurait pu s’en contenter, mais la Little Chicken Game Company avait très envie de nous raconter une histoire. Le contexte prévisible et caricatural évoqué plus haut n’était donc pas suffisant, quand j’ai découvert le propos, je vous avoue que je n’étais pas prêt.

A travers des dialogues sans grand intérêt, clichés au possible et contés avec un accent « faya pullup les massive » caricatural à la limite de l’insulte (bon, au moins il y a des doublages), on va suivre un frère et une sœur qui se rebellent contre la société t’as vu. Je les soupçonne d’être partis à la base pour se mettre la tête à l’envers en teknival et de s’être vu pousser des velléités révolutionnaires lorsque la police est venue retourner le site à l’agent orange, détruisant les plantations d’herbe et mettant fin à la teuf.

M’enfin les voilà partis et c’est bien là le principal. On va alterner entre missions « promenade » chiantes où on dirige nos petits écolos qui roulent en voiture turbo (sans commentaire) à travers des villes pour déclencher le prochain checkpoint, esquiver les patrouilles de flics et se planquer dans le premier immeuble venu quand on est repéré. Et tant pis si la voiture de police nous suivait à quelques mètres à peine, une fois dans un bâtiment, pouf c’est magique, on est devenu invisible. Il suffit d’attendre que la menace s’éloigne pour continuer.

Là où ça devient un peu rigolo, c’est quand il faut construire une base (enfin, un squat) sur une place, y récolter des ressources à base de chanvre : la plante de base, qu’on va hybrider en sativa, elle-même « upgradable » en indica si on ajoute de l’engrais à base de caca de lamas… et faites pas ceux qui ne savent pas de quoi je parle hein. Je vous vois.

On va aussi faire des briques de chanvre pour construire des maisons pour abriter les traine-savates et autres dreadeux (tous se déplaçant en bagnole, hein, histoire de rajouter du nawak) attirés par l’odeur dont on se servira comme main d’œuvre pour produire toujours plus de beuh. Et au final, après toutes ces hybridations, libérer le pays en l’enfumant avec cette « liberty weed » (je déconne pas, c’est le terme dans le jeu).

Développé par le studio néerlandais (qui a dit : évidemment ?) Little Chicken Game Company, auteur jusqu’ici de petits jeux sur PC, VR et mobiles, Blaze Revolutions (que DeepL me traduit par « révolutions ardentes », ce qui est plutôt classe, mais une connaissance de l’argot rappelle que « to blaze » correspond aussi au fait de fumer de l’herbe, ce qui a plus de sens dans notre contexte) propose une durée de vie de quelques heures. Le challenge n’est pas insurmontable, loin de là, la principale difficulté que j’ai rencontrée a été de gérer les phases d’infiltration qui demandent plus de talent de synchronisation que de réelle réflexion.

Je vous passe les détails, comme le fait que l’équilibrage entre les différentes étapes de production soit un peu bancal, qu’on croise des dizaines de petits bugs graphiques (et non, ce ne sont pas des hallus causés par la drogue, bien essayé), que la conduite des véhicules soit vite pénible (sans parler de la gestion des collisions), que le nombre de bâtiments à construire soit aussi réduit que les capacités cognitives d’un lycéen qui vient de tomber une douille ou encore que la musique soit très mal exploitée malgré quelques bon passages, rien ne viendra surpasser cette injustice inadmettable : fumer pendant qu’on joue n’apporte aucun avantage, c’est quand même décevant.

Bref, c’était moyen, répétitif, cliché, rarement drôle, mais finalement pas si désagréable à jouer. Je ne sais pas trop à qui le conseiller ; les amateurs de stratégie temps réel seront sans doute déçus du peu de profondeur des mécaniques de construction de base et gavés par les phases « infiltration synchronisée », ceux qui cherchent une histoire rigolote et bon enfant pourraient ne pas accrocher au ton…

Reste les curieux, que le mélange des genres ne fait pas fuir, prêts à switcher d’un gameplay à l’autre et n’étant pas allergiques aux thèmes stupéfiants ; ceux-là (dont je fais partie) trouveront quelques moments valables mais ne s’épargneront pas des passages frustrants devant Blaze Revolutions. C’est surtout à mon sens une tentative intéressante de proposer quelque chose de différent, mais qui rate un peu son coup. À voir si cela mérite les 12,49€ demandés.

Genre : mélange RTS / infiltration

Site officiel : https://www.blazerevolutions.com

Développeur : Little Chicken Game Company

Éditeur : Kanolio Ventures Ltd

Plateforme : Steam

Prix : 12,49€

Date de sortie : 15 juillet 2020

Testé sur une version presse fournie par les développeurs

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

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