Battles for Spain

Les jeux de société sur PC, c’est quelque chose qui chez moi ne marche pas vraiment. J’ai tenté plusieurs fois mais à chaque fois je trouve que le rythme qu’on peut apprécier autour d’une table avec des amis n’a pas la même saveur seul devant son écran. J’ai donc tendance à m’ennuyer vite ou à pester contre des règles peu intuitives ou le fait qu’il faille retenir 10 000 détails pour ne pas perdre au second tour.

Que 4 scénarios mais d’une durée conséquente (3 à 4h) chaque

Battles for Spain du petit studio « Headquarter » n’est pas une adaptation d’un jeu de société à proprement parler, même si on ressent bien l’influence de ceux-ci avec différentes phases qui composent un tour de jeu, mais plutôt l’utilisation du moteur de Wars accross the World adapté à la guerre civile Espagnole. Wars accross the World (WaW) offre un système permettant de simuler simplement tous les conflits historiques avec un modèle de jeu unique à celles-ci. Je n’avais pas vraiment donné sa chance au jeu lors de sa sortie car j’ai une préférence pour les campagnes longues ou des scénarios liés par rapport à des jeux proposant des batailles uniques à jouer.

Scénario historique sur mesure

La force de ce système c’est que plutôt que d’avoir des règles compliquées, la diversité va se situer sur le type d’unités disponibles (même si les caractéristiques de celles-ci resteront après tout assez proches, avec juste les points de mouvement, de moral et de force qui diffèrent), le terrain et les objectifs historiques. La qualité du scénario prend alors une importance capitale pour offrir une bonne expérience au joueur. Là où je n’avais pas directement ressenti ce côté recherche historique et le réel intérêt du titre dans WaW à l’époque, il est ici beaucoup plus simple à appréhender dans un contexte spécifique et sous-représenté dans le jeu vidéo.

La carte donne tout de suite envie de s’y plonger

Les devs ont cependant oublié que tout le monde n’a pas joué à WaW (ou comme moi a depuis longtemps oublié le système de jeu) et ont simplement ignoré la case tutoriel (heureusement il y a un manuel). Alors certes, je ne les fais jamais, mais ça reste quand même utile pour beaucoup, et j’avoue que j’ai mis un certain temps avant de comprendre comment tout fonctionnait. Chaque « côté » (dans ce cas-ci Républicains ou Nationalistes) joue à son tour, chaque tour est lui décomposé en différentes phases : tirage de cartes, déplacement des forces aériennes si disponibles, ravitaillement, mouvement des troupes, combat, défense aérienne et puis fin de tour.

Etat du ravitaillement, pour le coup c’est pas moi qui suit dans la mouise.

Or, certaines ne nécessitent parfois aucune action du joueur sauf de cliquer pour avancer à la phase suivante, la phase de ravitaillement par exemple ne sert qu’à montrer l’état du ravitaillement sur la carte, les éventuelles pertes liées aux encerclements et la possibilité de jouer une carte spécifique de ravitaillement – faut-il encore en avoir, ce qui est rare. Pire, à la fin d’un tour vous avez une phase fin de tour qui sert juste à vous informer que le tour est fini… »Ok boomer ».

1 point de mouvement peu paraître dérisoire mais peut aussi vous sauver la mise

Alors oui, il y a des cartes mais la plupart doivent se jouer presque immédiatement dans la phase correspondante, restent juste celles qui peuvent être utilisées en combat ou non selon votre bon plaisir. Les cartes sont donc plus présentes pour ajouter un peu de variété et de rejouabilité car leur impact reste limité. Je n’ai d’ailleurs pas compris pourquoi au début de ma partie j’avais droit à deux cartes par tour et puis ensuite seulement une seule ? A ce niveau, je pense que le jeu aurait bénéficié d’un peu plus d’attention afin de permettre au joueur de plus souvent choisir ses cartes en début de tour et d’avoir une vraie main. En général cependant, un peu plus de feedback pour le joueur n’aurait pas fait de mal.

Un tour en moins sur une bataille de deux tours, ça a un impact certain pour ne pas dire un certain impact.

Les combats se décomposent en général en deux tours, vous pouvez décider si vous désirez oui ou non utiliser les cartes disponibles lors du combat, il est donc important de savoir pour quelle bataille celles-ci seront les plus utiles. Deux tours, c’est à dire que vous aurez deux jets de dés 8 (par unité), une fois les modificateurs de moral, de terrain et de cartes appliqués, le jeu déterminera si vos jets (par défaut entre 0 et 2 pour réussir) ont un impact sur l’ennemi, soit en faisant fuir une ou plusieurs de ses unités, soit en lui infligeant des dégâts (les petites bulles vertes indiquent les points de « vie » d’une unité). Bref si vous avez la poisse aux jets de dés et qu’en plus décidez d’attaquer une colline autant vous dire que vous allez avoir mal et l’ennemi lui va s’amuser.

3 points de dégâts dans la tronche pour juste un point de moral à l’ennemi. On appelle ça aller au casse-pipe.

Evidemment la qualité des troupes, leur ravitaillement, leur soutien (aérien ou d’artillerie) auront aussi une influence, surtout que le défenseur peut aussi se retrancher. Bref l’attaque frontale est rarement une bonne idée sauf en nette supériorité numérique, chaque troupe permettant en effet un jet de dé, le nombre permet parfois d’infliger de sérieux dégâts (ou d’en prendre plein la tronche).

PV c’est points de Victoire heing, pas points de vie.

Il conviendra donc de couper les lignes de ravitaillement ennemies, de lui flinguer le moral pour lui enlever l’envie de se battre et d’opérer des retraites stratégiques faces à des forces supérieures. Le premier scénario permet d’ailleurs d’illustrer ces éléments de manière excellente vu qu’un côté est très faible et sur la défensive avant de recevoir des renforts importants alors que l’autre devra lui se focaliser sur les points de victoire le plus rapidement possible pour empêcher l’ennemi de revenir sur ses positions. J’ai beaucoup apprécié la partie mais je dois avouer que l’IA stratégique manque un peu de répondant, je me doute que ce doit être tout autre contre un vrai joueur (possibilité de jouer en hot-seat ou via PBEM – Play By E-mail pour les néophytes)

Attaque aérienne gratos ! Bon évidemment il faut un peu de chance aux dés

Autre fait appréciable, l’impact de l’aviation de l’époque a vraiment bien été modélisé. Que ce soit sur le moral ou sur les pertes humaines, bien utiliser ses avions peut vous amener la victoire. La portée est limitée à un nombre de provinces que vous devrez traverser en calculant vous-même la trajectoire de vos appareils. L’interface pourrait être un peu plus réactive à ce niveau, bougez la souris trop vite et le jeu perd le calcul de la trajectoire et il faut alors recommencer. Aussi entre chaque phase, vos avions vont retourner à leur aéroport, il faudra à chaque fois redécouper les groupes aéroportés que vous désirez utiliser et c’est un peu lourd lorsqu’il faut faire la même action sur une quinzaine de tours mais vous auriez tort de vous priver de cet atout majeur que sont vos avions.

Dog fights, couverture aérienne, bombardements, CAS en combat, l’avion change la donne.

Ces petits défauts vont certes ralentir le tempo du jeu et peuvent dérouter les nouveaux joueurs mais n’empêchent pas vraiment de profiter du jeu lorsqu’on l’a bien en main. Au début vous ferrez un peu n’importe quoi pour survivre et puis vous reprendrez les choses en main, apprendrez à consolider votre front afin de permettre une action sur le côté le plus exposé de l’adversaire, à encercler ses unités les plus mobiles afin de le priver d’unités importantes pour le reste de la partie et à faire attention aux spécificités du terrain, à amener les bons leaders qui permettront ensuite de mener les attaques nécessaires (car oui pas d’attaque sans leader) à la reprises des points névralgiques de votre territoire, etc.

7 pertes avec deux unités détruites pour 2 pertes de mon côté, avec des résultats pareils la victoire n’est pas loin.

Si j’étais assez sceptique la première demi-heure de jeu, j’ai vite apprécié le souci du détail apporté par les développeurs et le côté beaucoup plus stratégique que le jeu ne le laisse penser au premier abord. Une fois les règles appréhendées, tout est beaucoup plus simple, reste qu’on ne peut pas dire qu’on soit beaucoup aidé et j’ai bien trop attendu en me disant que je devais ne pas comprendre comment renforcer mes troupes lors de la phase de ravitaillement alors qu’au final la possibilité ne m’a été donnée qu’une fois sur tout le scénario.

Placement des navires permettant la traversée du fleuve, instant fatidique pour la suite.

Bref, Battles for Spain est un bon jeu, qui doit probablement être encore meilleur en multijoueur même s’il a des défauts qui risquent de repousser certains joueurs. Et puis tout le monde n’a pas le temps ou l’envie de passer 3-4h sur une seule bataille, surtout qu’il n’y en a que 4 (une est dédoublée suivant le côté que vous choisirez de jouer) ce qui pour le prix de base semble assez peu, ou le prix fort élevé, même si je comprends tout à fait que le studio étant petit et offrant des jeux de niche, n’a pas vraiment le choix s’il veut survivre, c’est un peu inévitable (en tant que fan de wargames on a vu bien pire). Ils ont d’ailleurs clairement indiqué que le nombre de scénario dépend des ventes.

L’IA a un peu tendance à se laisser encercler pour tenter d’acquérir les points de victoire

En solde en revanche, c’est pour moi un « no brainer » pour tout les fans du genre et je suis impatient de découvrir leur futur projet: Libertadores car si les règles sont « génériques » peu importe la période, les périodes en questions sont vraiment spécifiques, presque uniques dans le monde du jeu vidéo et le soin apporté aux scénarios fait plaisir à voir. En plus, le gameplay est agréable, il m’est donc facile de recommander le jeu.

Développeur : Headquarter

Editeur : Avalon Digital

Genre : Wargame tour par tour

Date de sortie : 5 août 2019

Prix : 24,99€

SA_Avenger

Le Belge taciturne du groupe, pas fan de quoi que ce soit mais touche-à-tout aux goûts éclectiques, amoureux du cinéma, de littérature et de chanson française à texte, bref un nostalgique invétéré. Ancien beta testeur hardcore, je joue encore régulièrement à des jeux obscurs aux règles complexes que je termine d'ailleurs rarement.

2 pensées sur “Battles for Spain

    • 5 janvier 2020 à 18 h 07 min
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      L’IA est un peu trop agressive pour son bien donc en défensif j’ai pas eu trop de soucis. Mais ça m’a donné envie de refaire WaW et de tenter les scénarios additionnels.

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