9 Monkeys of Shaolin

Quand on est pêcheur dans un petit village chinois du 16ème siècle, qu’on rentre d’une dure journée de labeur en mer, le teint halé et qu’on pue le poisson, découvrir son village envahi par des pillards qui foutent du sang de nos amis et voisins partout sur les murs, on est un peu énervé. On attrape alors le premier truc qui nous passe sous la main, en l’occurrence un bâton en bambou, et on tatane les impertinents qui n’ont aucune notion de savoir laisser vivre.

On finit par tomber sur papy aux prises avec un brigand plus costaud que les autres qui n’attendait que notre arrivée pour l’envoyer ad patres. Enfin l’équivalent chinois, pas sûr qu’ils parlent le latin. Toujours est-il qu’on se jette sur le méchant, qui se marre bien en voyant notre technique de gros noob et qui nous embroche avec son arme.

Recueilli par des moines Shaolin et soigné dans leur monastère, on apprend alors que notre village n’est pas le premier à se faire décimer de la sorte. On décide fort logiquement et parce qu’on n’a plus rien d’autre à faire, d’apprendre à se battre correctement auprès de ces maîtres en violence virevoltante pour pouvoir se venger.

A travers des missions assez courtes (certaines se bouclent en moins de cinq minutes), on va donc faire tourner non pas les serviettes mais différents bâtons sur le crâne d’innombrables ennemis. Comme dans Double Dragon, mais sans les chemises en jean et les coupes de cheveux improbables. Chaque niveau nous octroie des points d’expérience à répartir dans différentes techniques de combat afin de devenir de plus en plus efficace et, lorsqu’on termine un chapitre, le maître jedi shaolin nous apprend de nouveaux coups.

Ce qui n’est pas du luxe, parce que si les premiers adversaires n’opposent qu’une résistance relative, très vite ils deviennent de gros golgoths en armure qui peuvent encaisser nos assauts sans que cela ne casse leurs attaques. Il devient donc indispensable de maîtriser ses déplacements dans l’espace pour se la jouer Mohammed Ali : « Vole comme le papillon, pique comme l’abeille, et vas-y cogne mon gars, cogne ».

Tout ceci se fait avec simplicité et fluidité grâce aux contrôles très réactifs qui ne demandent pas d’avoir des mains de poulpe. Les combinaisons de boutons tombent bien sous les doigts, c’est bien codé et les hitbox sont cohérentes, tout ceci offrant un confort de jeu très appréciable et jamais frustrant.

Un mot sur le titre du jeu : 9 Monkeys of Shaolin. J’ai cherché les singes dans cette histoire, avant de comprendre que monkeys était visiblement utilisé comme diminutif de monk (moine). Je ne prétends pas être un spécialiste de la langue de Britney Spears mais ce choix de l’équipe russe de Sobaka (qui avait réalisé l’an dernier Redeemer, un autre jeu de tape à l’ambiance plus bourrine) m’a quand même étonné. Merci d’éteindre la lumière en quittant ce paragraphe inutile.

Malgré des graphismes réussis mais tout de même assez basiques avec ces polygones un peu trop épais, l’action reste claire, ce qui n’est pas un mince exploit dans un jeu de ce genre. On est loin d’un Raji en termes de qualité visuelle, ça fait le taf de façon utilitaire mais ce n’est pas pour ça qu’on se souviendra de 9 Monkeys of Shaolin.

On ajoute à ça des pièces d’équipement qu’on gagne dans certains tableaux qui apportent des subtilités (telle arme augmente la vitesse des coups, telles sandales changent l’utilisation de l’esquive…), les tasses de thé qui soignent ou augmentent temporairement notre force et ces coups spéciaux dévastateurs qui utilisent des points de Qi, pour une expérience vraiment agréable.

L’utilisation pertinent de ces possibilités, une fois maitrisées, permet de se sortir de toutes les situations sans qu’on ait pour autant l’impression de rouler sur un jeu trop facile. On peut regretter une certaine tendance au sacdepvisme chez les ennemis et ce schéma répétitif de « j’avance dans le tableau, le scrolling se fige, des ennemis poppent de partout, je les tabasse, je fais quinze mètres, rince, repeat » ne nous surprend plus dès la deuxième mission.

Il manque aussi souvent un climax qui nous indique qu’on arrive au bout du niveau. On ne rencontre un boss qu’en fin de chapitre, qui ne sont pas nombreux, et l’absence de stage « spécial » pour briser cette monotonie se fait parfois sentir. Enfin, si le grind n’est pas indispensable, il est possible de se refaire des niveaux déjà complétés pour gagner de l’XP et ainsi augmenter sa barre ou la puissance de ses coups.

Cela facilite et raccourcit les combats, surtout lorsque surviennent les rares ennemis qui apportent un peu de changement : les esprits, insensibles aux coups normaux mais qui ne se gênent pas pour vous déchiqueter en toute décontraction.

Le scénario est basique, même lorsqu’on introduit un peu de surnaturel, mais on a tout de même la liberté de choisir l’ordre dans lequel on accomplit les missions à l’intérieur de chaque chapitre, histoire de ne pas paraître trop linéaire. La narration est accompagnée d’artworks très sympas. Le ton est un peu spécial ; on nous raconte et on nous montre des villages massacrés, mais nos copains Shaolin s’autorisent des vannes et le tout reste assez léger. C’est un détail pour un jeu de ce genre, mais la traduction française est très correcte, je tenais donc à la saluer.

Une dernière remarque sur son prix : même en grindant un peu, je suis arrivé au bout en moins de cinq heures de jeu. Une durée de vie un peu maigrichonne pour les 20 balles demandées. Mais 9 Monkeys of Shaolin fait tout très bien et reste un beat-them-all de qualité, agréable à parcourir et cerise sur le crâne rasé, jouable en coop (mode que je n’ai pas pu tester parce que personne à la rédac n’ose s’approcher du placard où on a collé mon bureau, une sale histoire).

Genre : Beat-them-all

Site officiel : https://www.9monkeysofshaolin.com

Développeur : Sobaka Studio

Éditeur : Buka Entertainment

Plateforme : Steam

Prix : 19,99€

Date de sortie : 16 octobre 2020

Testé grâce à rduburo qui m’a généreusement offert ce jeu, merci !

Ruvon

Chaologue pas encore retraité, traître renommé, survivant accompli. Mon domaine, c'est le jeu vidéo, du FPS hardcore au point&click niais, et depuis toujours amoureux du tour-par-tour.

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