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Veep

Ayant toujours, au bas mot, 4 trains de retard sur les séries TV, j’ai pris pour habitude de tirer parti de cela et de ne visionner que les séries remportant le plus de suffrage. Cela me permet de voir des séries de qualité (normalement) mais m’oblige aussi à être prudent sur les spoilers. Toujours est-il qu’en traînant sur le topic dédié du forum CPC, un mot revenait souvent : Veep. Dès que quelqu’un parlait de Parks & Recreation, une de mes séries préférées, un autre lui disait de visionner Veep.

Diffusée à l’origine sur HBO et forte de 65 épisodes répartis sur sept saisons, Veep aborde la politique américaine sous un angle que nous qualifierons pudiquement de satyrique : on y suit Selina Meyer, ancienne sénatrice fraîchement nommée Vice-présidente des Etats Unis d’Amérique. Ouais, ça claque sur CV. Le fait est que Mme Meyer sert sous les ordres d’un président qui s’applique à lui refiler tous les pots de pus dont il ne veut pas et l’oblige bien souvent à aller contre ses convictions. Elle pousse en faveur d’une loi ? Qu’à cela ne tienne, il la force à voter contre son adoption au dernier moment. Ce président, qu’on ne voit jamais, est d’une telle inefficacité que très vite, Selina décide d’être POTUS à la place du POTUS. Ce noble but est toutefois semé d’embûches, notamment posées par sa propre équipe qui n’est pas vraiment efficace. Prenez la rédaction de Dystopeek, enlevez les quelques coups d’éclat et vous aurez une idée de l’ampleur des dégâts.

Cette fine équipe tente donc de conseiller, au mieux de ses capacités, une Vice-présidente dont la spécialité est de réagir trop vite et de manière disproportionnée. Il s’ensuit donc des situations hallucinantes et ridicules où, en essayant d’éteindre un feu, ils en déclenchent une dizaine d’autres. Les premières saisons se focalisent sur de petites mésaventures marrantes, les personnages gagnent en consistance et on plaint véritablement cette femme qui lutte contre vents et marées. Mais un jour, l’impensable se produit : POTUS démissionne et Selina devient donc Présidente, sans avoir été élue. Le rêve est quasiment accompli mais malheureusement, elle ne sera à poste que jusqu’à la fin du mandat du démissionnaire. Il lui faut donc faire campagne pour, cette fois-ci, se faire élire !

C’est un tournant dans le ton de la série et je me demande encore si j’ai apprécié la direction prise par la suite. Le personnage de Meyer, présenté jusque-là comme une femme ambitieuse mais un peu maladroite au niveau relationnel, perd toute empathie et se focalise sur une seule chose : elle-même et sa course à la présidence. Certes, les premières saisons la montraient déjà un peu comme cela, centrée sur elle-même et se servant des autres, mais la suite monte de plusieurs crans et bien souvent, lors des mésaventures qu’elle provoque elle-même, on se dit que c’est quand même un peu « bien fait pour sa gueule ». Heureusement pour elle, son équipe, à l’inverse, évolue énormément et chaque membre commence à vivre sa vie, bien souvent avec succès. C’est d’ailleurs assez comique de voir les incessantes allées et venues au sein des différents cabinets : tout le monde retourne sa veste d’un épisode à l’autre, allant chercher son profit immédiat sans véritablement songer aux conséquences sur le long terme.

La galerie de personnages de Veep est, à l’instar de Parks & Recreation, son véritable point fort : hauts en couleur, maladroits ou cyniques, fidèles ou arrivistes, tous ceux qui gravitent autour de la femme politique méritent l’attention qui leur est accordée et leurs interventions donnent bien souvent lieu à des situations aussi ridicules que cocasses. On s’attache très vite à eux, Mike McLintock et ses communiqués de presse sont excellents, on les méprise aussi (oui je pense à toi Jonah Ryan) ou on les prend en pitié comme ce pauvre Gary Walsh (interprété par Tony Hale) dévoué corps et âme à Selina mais ne recevant qu’insultes et mépris en retour. La galerie est variée, chaque personnage a sa place et on a le plaisir d’en voir grandir au fil des saisons.

Veep est donc un peu une série sur la politique américaine, les relations entre les différents personnages au pouvoir sont basées sur la tromperie, le mensonge et la trahison (oui donc c’est réaliste vous allez me dire) et beaucoup sur l’humain et la transformation de celui-ci au contact du pouvoir. Les saisons se regardent d’une traite, format court aidant, les rebondissements sont nombreux et même la quantité assez hallucinante de termes grossiers (qui donnent lieu à des images… originales) n’a pas rebuté ma chère et tendre, pourtant sensible à cela. Si l’évolution du ton de la série l’empêche de ravir la place de Parks & Recreation dans mon cœur, je vous recommande chaudement Veep et sa galerie burlesque de bras cassés. Vous y découvrirez les coulisses d’une administration américaine délicieusement inefficace, faisant du « damage control » sa spécialité car prenant inévitablement la mauvaise décision…

De 2012 à 2019
 
28 minutes par épisode
 
Comédie
 
De David Mandel et Armando Iannucci
 
Avec Julia Louis-Dreyfus, Anna Chlumsky, Tony Hale…
 
 

 

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...