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The Last Oricru

Après avoir complètement oublié que j’avais pleurniché pour avoir le droit de le tester, j’ai eu la surprise de recevoir de la part du maître du donjon de Dystopeek une clé pour The Last Oricru, jeu indé qui se voudrait un croisement entre un RPG et un Dark Souls. Autant dire que le programme est ambitieux, surtout quand on dispose manifestement d’un budget modeste. Reste à voir si nos valeureux développeurs sans le sous – ou presque – vont se vautrer dans les grandes largeurs ou accoucher d’un chef d’œuvre.

La première chose qui surprend quand on lance le jeu, c’est cette impression d’avoir été transporté dans un jeu oublié des 90s ou un spin off de l’antique Outcast des Belges d’Appeal.

Je serais bien incapable de vous dire pourquoi le jeu me fait cette impression mais, ça m’a sauté aux yeux dès les premières images et dès la première discussion avec un PNJ, un extraterrestre bleuâtre et humanoïde qui dit être un prêtre Naboru.

Salut , je suis le rédac’ chef. Faut qu’on cause

Cette première discussion vous permet de cerner un peu l’intrigue et, surtout, de vous apercevoir que votre personnage est une véritable tête à claques. Rassurez-vous, c’est un parti pris parfaitement assumé par les développeurs.

Si la tonalité très british de la voix du personnage est aux antipodes de ce qui était attendu, les premiers échanges vont clairement poser le côté très « tongue in cheek » des interventions du protagoniste principal. L’ironie et le second degré vont donc régulièrement s’inviter dans un genre où, classiquement, on ne les attend pas forcément.

Bien évidemment, j’imagine qu’il y aura bien un petit malin qui est actuellement en train de jouer à Discworld 1 ou 2 et qui m’expliquera que je suis à côté de la plaque.

Un autre nom qui va revenir régulièrement en tête est celui du développeur allemand Piranha Bytes et, plus particulièrement, celui de l’une de leurs dernières créations, Elex mais nous y reviendrons. Non, ne fuyez pas tout de suite.

La modélisation des humains est… étrange.

Dans The Last Oricru, le joueur (oui, vous) jouera le rôle de Silver, humain paumé au beau milieu d’un monde inconnu, amnésique, et, de surcroit, en plein conflit armé entre deux populations autochtones, les Naborus, race dominante, et les Ratkins, rats humanoïdes et serfs locaux en pleine crise d’émancipation (brutale, la crise).

Comment ça, c’est pas original ? Tu penses faire mieux, lecteur ? Alors va donc développer un jeu et on en reparlera après. Humm… Ouais, je dois bien reconnaître que tout ceci n’est pas incroyablement novateur. A en croire les développeurs, le but recherché est ailleurs : créer un RPG où les choix du joueur façonnent réellement l’histoire. Alors, pari gagné ?

S’agissant d’un RPG, Silver sera bien évidemment régulièrement pris à partie par l’une ou l’autre des deux factions qui cherchent à s’assurer son soutien. Le joueur sera ainsi bien souvent appelé à prendre position pour les Naborus ou les Ratkins, chaque décision ayant pour conséquence de le faire monter ou descendre dans l’estime de chaque camp.

Mais, me demanderez vous (essentiellement parce que vous n’avez pas pris le temps de regarder le trailer) pourquoi donc faire tant d’effort pour s’adjoindre les services du premier humain largué et amnésique ? Figurez vous que Silver, tout comme quelques humains qu’il croisera au cours de son périple, présente une caractéristique particulièrement intéressante.

Héros lambda template

Notre brave homme est, en effet, immortel. Bon, grâce à une ceinture qu’il porte en permanence mais passons. Cette immortalité lui permettra d’enchaîner les défaites cuisante et humiliantes, tout autant que les morts violentes, sans jamais renoncer.

Car, pour ne rien vous cacher, notre protagoniste, qui n’a rien d’une file lame au début de son aventure, a un objectif. Il compte bien quitter cette planète hostile pour retrouver sa bonne vieille dont il souvient manifestement encore un peu.

Silver va donc prendre un nombre considérable de baffes (et vous avec) avant que l’expérience acquise ne lui permette de débloquer progressivement de nouvelles compétences qui lui permettront de se venger des corrections passées en tabassant joyeusement la foule locale globalement vindicative.

Coup de chance et petite nouveauté dans ce genre de production, notre brave héros pourra se voir épauler par un second joueur et faire ainsi toute la campagne en coop local.

Voici une initiative particulièrement bienvenue d’autant que je ne vous cache pas que, dans le niveau de difficulté le plus élevé, vous risquez de ramasser, au moins durant les premières heures.

Rassurez-vous, ce n’est pas Dark Souls non plus mais le peu de potions de soin et de sorts de régénération (à moins que je ne sois complètement passé à côté) rend la progression un peu chaotique.

À cet instant du test en dehors du fait que le moindre mob puisse vous achever, vous vous demandez probablement pourquoi le jeu m’évoque Elex ? Outre le melting pot SF / Heroic Fantasy, c’est surtout par son côté particulièrement branlant que cette première production rappelle le jeu de Piranha bytes.

Alors oui, le jeu est pétri de bonnes intentions mais il est également incroyablement tout pété.

Entre les animations dignes du début des années 2000 ou d’un Gothic asthmatique, la mise en scène des plus hasardeuses lors des cutscenes, l’interface mal foutue et lacunaire en ce qui concerne les quêtes en cours, l’absence totale de carte (ne faites pas les malins, vous allez vite regretter les points d’interrogation des jeux Ubisoft), les doublages étranges, les menus moches et les transitions brutales lors du passage d’un lieu à l’autre, le moins que je puisse dire et que le jeu me semble furieusement anachronique en cette année 2022 qui a vu débouler un joyau tel que Elden Ring de From Software.

Ajoutons à cela une composante RPG qui souhaiterait donner à vos choix un réel poids scénaristique mais qui se résume bien souvent à des options assez basiques (j’te bute ou j’te bute pas), et on a perpétuellement une impression d’inachevé.

Pour vous donner une idée, vous pouvez décimer une armée de Ratkins puis vous allier avec eux et… best bros for life. Ouaip, ils ont collectivement oublié le génocide de la demi-heure qui a précédé et chantent vos louanges. Je vous rassure, les Naborus présentent le trouble déficitaire de l’attention.

Autant vous dire que si les choix comptent, les occasions de retourner sa veste seront nombreuses. En fait, le jeu me fait penser à un de ces kickstarters qui vendent du rêve mais qui échouent à concrétiser leurs ambitions. Est-ce dire qu’il faut fuir ce premier jeu de la jeune équipe GoldKnights comme la peste ?

Etonnamment non, car le jeu a un charme désuet qui donne envie de poursuivre l’aventure et d’en savoir plus sur l’histoire. The Last Oricru, c’est un peu le doudou crado que votre enfant ne veut pas lâcher alors qu’il a des jouets tout beaux et tout neufs juste à portée de main. Le bidule ne paye pas de mine, les coutures lâchent ici et là et il refoule un peu mais on ne peut se résoudre à le mettre de côté.

Soyons clairs ; sur un marché aussi concurrentiel que celui du jeu vidéo, où l’on trouve, pour le même prix, des AAA bien plus vastes et plus beaux et l’ogre Elden Ring, il est absolument impossible de recommander l’achat.

Pourtant, j’invite les joueurs les plus ouverts d’esprit et les plus tolérants (et ceux qui ont éclusé la concurrence) à lui laisser sa chance.

Même si on est à des années lumières des références auxquels il aspire, The Last Oricru reste étrangement plaisant à jouer. En dépit de tous les défauts évoqués ci-avant, il y a du potentiel. Qui sait, le prochain essai des développeurs sera peut-être le bon ? Après tout, From Software ne s’est pas construit en un jour.

Genre : RPG / Action

Développeur : GoldKnights

Éditeur : Prime Matter

Plateforme : PC, PS5, Xbox X|S

Prix : 39.99 € (PC)

Date de sortie : 13 octobre 2022 (PC)

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Baalim

Vieux joueur, atariste convaincu, collectionneur de trucs bizarres et hétéroclites, geek à ses heures perdues, pratiquement certain de n’avoir rien signé et de ne pas être payé, il se demande encore ce qu’il fait là.