1 Tweet, 2 Jobs, 3 BDs

S’il y a bien une chose que j’ai apprise chez Dystopeek, c’est que tu viens pour un job, et tu te retrouves vite à en faire deux (voir plus si affinité, brrrr). Je me retrouve donc de nouveau devant cette foutue page blanche à me demander comment je vais la remplir. C’est déjà un exercice « compliqué » pour moi (en vrai pas tant que ça) quand ça parle jeux vidéo, mais là en plus je sors de ma zone de confort (non pas les toilettes cf. mon top 19) pour vous parler bandes dessinées. Et quitte à faire ça bien, allons-y franchement pour trois titres totalement différents les uns des autres, que ce soit dans le thème ou dans le traitement de l’histoire.

Premier titre, une découverte grâce à un concours gagné sur le topic des généreux de canardpc.com. The Private Eye est un projet particulier puisque le scénariste (Brian K. Vaughan) et le dessinateur (Marcos Martín) ont décidé de sortir cette BD en indépendants. Et quitte à prendre des risques, ils n’y sont pas allés de main morte puisqu’ils ont fait une première publication sur le web sous la forme d’un « pay what you want » par chapitre, sous un format original (en longueur). Le succès est au rendez-vous et ils publient ensuite sur support papier (via Urban Comics). Brian K. Vaughan vous est peut-être familier, il s’est notamment fait connaître via « Y, le dernier homme » et la série « SAGA ». Marcos Martín lui a dessiné « Batgirl Année Un » et « Barrier« . The Private Eye est une œuvre d’anticipation dont le pitch de départ est le suivant : « Le Cloud a implosé, et avec lui tous les secrets les plus précieux de l’humanité, des trafics les plus illicites aux photos de voyage du citoyen lambda, se sont retrouvés à la portée de tous. Désormais, nous évoluons masqués, seul moyen de protéger ce qu’il reste de notre intimité. Bienvenue dans une société post-Internet ».

« Nous portons tous des masques » (The Mask – 1994)

Tout au long des dix épisodes, on va suivre l’enquêteur P.I. sur une affaire qui va vite le dépasser. Je ne veux pas trop dévoiler l’intrigue alors je me contenterai d’un très léger spoil. Au début de l’histoire, P.I. se voit confier une enquête peu banale puisqu’une femme (fatale) lui demande d’enquêter sur son propre passé. Peu de temps après, elle meurt assassinée. J’ai vraiment été happé par l’histoire et même s’il y a des temps calmes dans celle-ci, on a toujours envie d’aller plus loin, d’en savoir plus, de comprendre ce qui se trame derrière tout ça. On a donc des temps calmes, mais certainement pas de temps « morts ». Le style graphique est efficace, tantôt épuré, tantôt détaillé, mais toujours dans l’esprit « Comics ». Les couleurs utilisées par Muntsa Vicente collent parfaitement à l’environnement et au background de cette BD post-Internet et futuriste.

On fait maintenant un bond dans le passé puisque la deuxième bande dessinée se passe à l’époque des cow-boys et des Indiens, dans un Far West qui voit le déclin des garçons-vachers face au chemin de fer. Cet album, Jusqu’au dernier (publié chez Grand Angle), est un one-shot (si vous me permettez cet anglicisme). On retrouve à la baguette Jérôme Félix (pour le scénario) et Paul Gastine (pour le dessin et la mise en couleur). Ce duo a déjà officié sur la série « L’Héritage du Diable » (également chez Grand Angle). On va suivre l’histoire de Russell, un cow-boy à l’ancienne, qui voit bien que son univers change et qu’il doit prendre sa retraite. Sur son chemin, il va croiser un simple d’esprit (non, pas SA_Avenger), Bennett, qu’il va prendre sous son aile. Jusqu’à ce qu’on le retrouve mort.

Quand j’ai découvert cette BD, c’était également la première fois que je voyais ce thème abordé (fin des cow-boys vs chemin de fer). Ça donne un contexte fort à l’histoire qui est elle-même émouvante (j’ai pleuré page 7). Elle prend aux tripes, à la fois violente, tragique et poignante. Sur moi, l’histoire a fait mouche. À tel point que j’en aurais voulu plus. Plus de pages, plus de larmes, plus de duel aux pistolets… Le trait est magnifique, tellement juste qu’il donne encore plus de vie (et de morts) au scénario. Tellement ciselé qu’il fait tout autant pleurer que se mettre en colère, et les couleurs renforcent encore plus chaque page, chaque scène, chaque case. Elles accompagnent tous les changements, que ce soit d’humeur ou de météo. C’est pour moi un incontournable de la bande dessiné de 2019. 

Et enfin, « last but not least », ma petite perle du moment. Là, on touche au sublime. L’Appel de Cthulhu, illustré par François Baranger. On n’est plus dans la bande dessinée, mais on n’est pas non plus dans le simple livre. Cette merveille (publiée par Bragelonne) est un incontournable pour qui aime l’œuvre de Lovecraft. Je ne vous fais pas l’affront de présenter l’histoire. Soit vous êtes un esthète et l’avez déjà lue (plusieurs fois), soit vous avez un manque à combler dans votre culture générale et vous allez vous ruer sur ce livre illustré. François Baranger est un peu un « touche-à-tout ». Il a travaillé aussi bien dans le cinéma d’animation (Arthur et les Minimoys) que dans le cinéma classique (La Belle et la Bête de Christophe Gans) ainsi que dans le jeu vidéo (Heavy Rain). Il est également écrivain (Dominium Mundi, L’Effet Domino) et donc illustrateur.

Dans ce livre, chaque page/double-page devient un véritable tableau qui illustre magnifiquement les écrits de H.P. Lovecraft. Le trait, les couleurs, tout vient sublimer cette nouvelle. L’atmosphère sombre, l’ambiance gluante, tout transparaît sous les crayonnés de Baranger. L’indicible prend forme, l’intangible devient palpable, on s’attendrait presque à voir des plans non-euclidiens surgir de ces couleurs obscures. Je n’ai jamais été aussi proche de comprendre comment on peut « tomber fou en lisant un livre » (trait caractéristique des histoires de Lovecraft). L’ouvrage comprend une préface de John Howe. Et au risque d’offusquer certains, j’affirme que, si J.R.R. Tolkien a eu John Howe, alors Lovecraft a Baranger. Merci François !

Flad

CM 24h/24, rédacteur le reste du temps.

4 pensées sur “1 Tweet, 2 Jobs, 3 BDs

  • 17 janvier 2020 à 8 h 31 min
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    Ca fait un moment que j’ai l’oeil sur le Cthulhu (vu en librairie, les illustrations sont vraiment magnifiques) et maintenant tu m’as fait ajouter The Private Eye à la liste de ce que je veux acheter… Mon compte en banque ne te remercie pas, hein!

  • 17 janvier 2020 à 8 h 40 min
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    C’est pour faire diversion ! Comme ça t’achète pas de nouvelles peintures :ninja:

    • 18 janvier 2020 à 9 h 10 min
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      Genre, l’un empêcherais l’autre :sweat:

  • 18 janvier 2020 à 11 h 24 min
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    Il paraît que ton article a réveillé Cthulhu. Des tambours résonnent sous la terre. Les aliénés sont en proie à l’agitation. Les lecteurs de Dystopeek sont prostrés.

    Il vient pour toi.

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