Tropico 6

Jouer à Tropico 6, c’est un peu passer une journée à la rédaction de Dystopeek, le soleil en plus. Me promener les mains dans les poches, allant de bureau en bureau pour voir l’équipe de rédacteurs à l’œuvre, donnant une poignée d’ordres avant de me diriger vers mon bureau donnant sur les beaux quartiers. Persuadé que tout le monde bosse et que tout va pour le mieux. La vie est belle !

Tropico est une série commencée en 2001 et reprise à partir du troisième opus par Haemimont Games. J’ai d’ailleurs aussi commencé avec le trois, découvrant avec plaisir le thème original, pour un jeu de gestion, du dictateur de république bananière devant s’en mettre plein les poches tout en étant un dictateur-mais-pas-trop. Cela changeait des jeux où à la tête de deux bouseux en slip lâchés en plein blizzard il fallait établir une colonie, viable si possible. Bref, les épisodes se succédaient avec Haemimont Games aux commandes jusqu’à cette année où, Surviving Mars oblige, ce sont les petits gars de Limbic Entertainment qui ont repris le flambeau. Ont-ils assuré ? Ont-ils innové ? Machiavel rendra-t-il un article en temps et en heure ? Autant de questions auxquelles nous n’allons pas forcément répondre, parce que j’ai une fâcheuse tendance à me disperser. Et spoiler alert : connaissant le bougre, ça ne risque pas d’arriver de sitôt.

Après une phase de personnalisation d’avatar et de palais, vous voilà parti dans une campagne de 15 missions qui sont autant de souvenirs de Penultimo, votre fidèle conseiller. Ce dernier a une sacrée mémoire et vous fait revivre les évènements marquants qui ont conduit à votre domination… non pas mondiale mais pas loin. L’humour barré qui a fait la célébrité du titre est toujours présent et on se plaît à écouter les tirades de notre sous-fifre. Chaque mission part de la même manière : on commence à une époque donnée avec des infrastructures définies et il faut remplir les missions offertes par les différentes factions et autres super puissances. Parce que oui, ce qui fait aussi la particularité de Tropico, c’est qu’il faut gérer la politique en plus du bien-être de vos citoyens. Vous me direz, les deux sont liés donc… Faire de votre île un paradis communiste, s’émanciper de vos colonisateurs, devenir le plus grand exportateur mondial de chocolat, ce ne sont que quelques exemples de défis qui vous attendent. Et si vous n’êtes pas fan des campagnes scriptées, il vous reste le mode bac à sable.

La vie de l’île est donc découpée en périodes historiques : vous passerez ainsi de l’ère coloniale aux guerres mondiales puis à la guerre froide pour finir aux temps modernes. Durant toutes ces périodes, il va vous falloir composer avec les puissances mondiales : Axe et Alliés, bloc de l’est puis Russie, bloc de l’ouest puis américains, européens, chinois… tout le monde veut dominer Tropico et ce n’est pas une mince affaire que de conserver le contrôle. Il vous faudra ouvrir des voies commerciales, construire des bâtiments donnés, produire telle ou telle marchandise. Rien qu’avec ça, il y a de quoi faire, mais comme chaque développeur de jeux vidéo a aussi un diplôme en torture et sadisme, il va aussi falloir satisfaire les habitants de l’île, ces bouseux qui ont l’outrecuidance d’avoir des besoins et des envies, et surtout des aspirations politiques.

Oh oui c’est sûr, ce serait beaucoup plus simple d’empêcher les élections et de boucler le moindre opposant, mais l’amateur de gestion souffrant du syndrome de Stockholm, il se rajoutera des difficultés en essayant de contenter tout le monde (et en gardant à l’esprit que si tout part en sucette, on peut truquer les élections). La faction des écolos veut une éolienne ? Faites-en une ! Mais n’oubliez pas que l’approbation des industriels baissera. Les gens veulent des lieux de culte ? Offrez-leur une ou deux églises ! Les religieux vous apprécieront davantage, au contraire des communistes. Jouer à Tropico revient à jongler avec un mélange d’œufs et de grenades dégoupillées. Quoi que vous fassiez, il y aura toujours des mécontents. A croire que c’est une simulation de peuple français et non pas d’île paradisiaque…

Le but est donc de limiter les dégâts et de trouver le fragile équilibre entre productivité (il faut bien que l’argent rentre) et contentement de la population. Celle-ci a d’ailleurs énormément de facteurs influant sur son bonheur : divertissement, liberté, sûreté, qualité de la nourriture… autant de facteurs qui nécessitent des infrastructures conséquentes et une répartition aux petits oignons. En commençant à l’ère coloniale, les choses sont relativement simples : une taverne, quelques plantations et ranchs pour les matières premières (café, tabac et autre bovins), ça tourne très bien et on regarde avec satisfaction l’argent rentrer.

C’est en changeant d’époque que les choses se corsent et que tout commence à vaciller : il faut développer une industrie lourde, d’autres factions émergent avec de nouveaux besoins, les gens sont plus exigeants… à vous faire regretter l’évolution technologique. Heureusement pour le joueur que l’interface et les données proposées sont très claires et complètes ! En quelques clics il est possible de voir quelles zones sont déficitaires dans quel domaine ou de voir où il est plus rentable de développer son agriculture. Mention très bien donc pour la réalisation et surtout le soin apporté aux graphismes et à l’ambiance. La musique est typique sans être répétitive, le niveau de détail est impressionnant et la palette chatoyante renforce l’immersion. Il ne manque plus qu’une légère brise marine pour s’y croire !

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes si Tropico 6 ne souffrait pas de quelques défauts. Alors que ses prédécesseurs étaient plutôt accessibles, ce nouvel épisode a changé quelques menus détails, et pas forcément pour le mieux, notamment dans la gestion de l’économie. Elle est maintenant difficile à stabiliser du fait de la manière dont la production est traitée. Auparavant, c’était de manière globale, alors que maintenant c’est quasiment en temps réel. Par exemple, vous disposez d’une usine de production de cigares. Dans les précédents, du moment que vous aviez des travailleurs affectés à l’usine, la production était régulière. Maintenant, il faut que les ouvriers soient physiquement présents dans le bâtiment pour qu’il produise. Normal me direz-vous. Et j’aurais tendance à vous répondre oui.

Sauf que…. Les gens à Tropico passent leur temps à aller de loisir en loisir, restent des jours entiers à l’église ou partent se promener à l’autre bout de l’île, comme ça, juste pour vous faire chier. Un peu comme les rédacteurs de Dystopeek en fait… Votre production s’écroule soudain, tout comme vos exportations, et vos finances passent dans le rouge. Il y a la solution de réserver les loisirs aux touristes mais, comme vous pouvez vous en douter, vous augmentez le mécontentement. Un autre souci est le manque de rentabilité des produits transformés. Vendre des ananas peut rapporter plus que vendre des médicaments nécessitant plusieurs ressources et usines. Cela n’encourage donc pas à développer son industrie.

J’ajoute à la liste le contentement à votre égard, qui fluctue sans qu’on sache vraiment pourquoi. Il n’est pas rare de perdre 10% d’approbation, ou plus, sans avoir fait quoi que ce soit pour mécontenter les gens. Est-ce un bug ou est-ce que je rate quelque chose ? Mystère !

Malgré ces quelques défauts, Tropico 6 est un excellent titre avec une durée de vie assez phénoménale car il est possible, sur chaque carte de la campagne, de continuer en mode bac à sable après avoir gagné la mission. L’humour omniprésent, la qualité de la réalisation et l’ambiance unique du jeu prennent largement le dessus sur les faiblesses en matière d’économie et une certaine propension du titre à nous ensevelir sous des missions annexes. Si cela permet de ne jamais s’ennuyer, on souhaite parfois juste développer son île comme on le désire, sans avoir à construire toutes les deux minutes des choses qui ne nous arrangent pas forcément. Que vous soyez un dictateur en herbe ou un despote éclairé, Tropico 6 vous permettra d’assouvir vos rêves de compte en Suisse rempli à ras bord gloire.

Genre : Gestion

Développeur : Limbic Entertainment

Éditeur : Kalypso Media

Disponible sur Steam

Version presse fournie par l’éditeur

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...