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War Hospital

Habituellement, quand un jeu vidéo parle de morts violentes c’est que vous les avez-vous-même provoquées. Que cela soit dans un FPS, un STR ou un Tactical. Il y a des gens en face et autour de vous, ils meurent, sont blessés ou disparaissent. Mission accomplie ! Mais si pour une fois on passait visiter l’envers du décor, pour voir ce qu’il advient de toutes ces victimes ? Vous êtes prêts ? Alors c’est parti pour War Hospital.

Dans War Hospital, vous incarnez le gestionnaire d’un hôpital de campagne pendant la première guerre mondiale. Bon, un hôpital anglais parce qu’il faut bien partir avec un handicap… Brave Lamb Studio, à qui on doit également… rien du tout, est cependant formé de vétérans de Techland, Flying Wild Hog ou CI Games et est parti avec une volonté en tête : que le joueur soit constamment devant des choix déchirants qui lui feront prendre conscience des horreurs de la guerre.

Les premières minutes devant War Hospital ont tendance à aller dans cette direction et calmeront les ardeurs des plus innocents : votre premier patient meurt, vous manquez de tout, il pleut, les blessés affluent et vous ne savez pas par où commencer. Ceux qui s’imaginent un Frostpunk avec des tranchées ont saisi le concept.

Le but est clair : les Allemands vont passer à l’offensive très bientôt, il vous faut remettre sur pied assez de soldats pour résister à l’assaut. Pour cela c’est simple, vous les opérez, ils passent un peu de temps en rééducation et zou, c’est repartir comme en 40 14. L’échelle temporelle est assez particulière donc, un grand blessé se remettant de 8h d’opération au bout de quelques jours seulement. C’était du costaud à l’époque !

Concrètement, le jeu s’articule autour de plusieurs points : le centre de triage, où vous déciderez quels patients iront avec quels médecins (ou si, quand leur état est désespéré, vous les laisserez mourir), le cimetière où sont enterrés les victimes, le centre de rééducation où les blessés se remettent avec de savoir à quelle sauce ils vont être mangés (on y reviendra), la gare où vous choisissez quelles ressources vous demandez au QG de vous envoyer et enfin le dépôt.

A vous d’affecter là-dedans le personnel dont vous disposez : infirmières, ingénieurs, brancardiers ou médecins. Bien évidemment, vous n’aurez jamais assez de monde pour faire correctement tourner tout cela, et en plus il faudra veiller à ce que vous travailleurs se reposent à intervalles réguliers. C’est d’ailleurs un énorme pan du gameplay : les opérations par exemple présentes plusieurs paramètres : ressources requises, difficulté, temps et fatigue engendrée pour le médecin.

Comme vous avez bien évidemment plus de blessés que de chirurgiens, il faut donner des priorités, définir un ordre de passage, veiller à ce que votre personnel se repose (sachant que l’état des patients empire pendant ce temps-là) et faire des choix. Soigner ce VIP dont la longue opération empêchera que plusieurs autres blessés soient traités ? Ou renoncer aux ressources supplémentaires et le faire passer en dernier ?

Tout le jeu est comme ça, à vous demander constamment entre choisir de raccourcir une opération – avec les risques que le patient encourt dans ce cas-là – ou d’économiser sur les ressources, de tuer des animaux pour gagner de la nourriture (mais perdre du Moral)… Il y a parfois des choix positifs, mais bien souvent War Hospital vous rappelle que vous n’êtes pas là pour vous marrer.

Alors vous vous accrochez. Vous développez quelques technologies vous permettant de loger plus de personnel, de pratiquer les amputations, de produire vous-même vos médicaments. Mais ça coûte beaucoup de ressources, qui vous sont lentement livrées par train. Et pendant ce temps vos patients meurent… War Hospital n’est pas un jeu facile car il y a toujours un manque quelque part. Si vous avez assez de médecins, ce seront les médicaments qui manqueront. Vous avez plein de ressources ? Pas de bol il vous manque des bons de paiement ou des permis pour le personnel.

Le jeu n’est pas prévu pour que vous parveniez à un équilibre, alors vous jonglez constamment. Entre le moral, la nourriture, le personnel épuisé (mieux vaut gérer les rotations à la main, c’est fastidieux mais plus efficace), les scouts que vous envoyez aux alentours et qui vous obligeront – une fois de plus – à des choix en cas de rencontre… Beaucoup de gens vont mourir, à cause de vous, à cause du manque de plein de choses.

Mais si au début vous alliez lire les fiches des blessés, avec leur nom, leur passé et tant d’autres choses pour les rendre plus humains, bien vite vous serez obligés de ne regarder que les chiffres froids. Opération à risque prenant du temps ? Refusé. Etat critique alors que le médecin se repose ? Refusé. C’est terrible mais il n’y a pas le choix.

Une fois un blessé sauvé (parce que oui, ça arrive parfois !), vous pourrez soit le renvoyer dans les tranchées (pour défendre le camp contre les assauts allemands), soit l’envoyer au QG (pour gagner des bons de paiement, indispensables pour les achats ou la recherche), soit le déclarer inapte au service pour un boost au moral.

A tout cela se rajoutent de petites couches de gameplay, comme la progression du personnel, qui ont aussi leurs envies, l’exploration avec les scouts… C’est complet, il y a beaucoup à faire, beaucoup de petites choses, beaucoup de clics.

Un peu trop parfois, quand on se rend compte que l’interface n’est pas trop optimisée. On aimerait peaufiner, avoir constamment certaines valeurs sous les yeux. Mais non, elles sont cachées derrière 3 clics. Dommage. Notons aussi que si techniquement je n’ai pas eu de souci, beaucoup de gens rapportent des bugs (dont certains bloquants), mais les mises à jour pleuvent et les développeurs semblent réactifs.

War Hospital réussit sa mission principale à moitié : si au début le joueur a effectivement une boule dans la gorge à chaque décès, très vite les instincts de comptable reprennent le dessus. Et c’est d’ailleurs indispensable pour s’en sortir.

Le jeu n’est pas extrêmement dur une fois que l’on pas compris comment gérer ce flux de blessés mais il est dommage d’être très vite limité par les ressources de base mises à disposition qui sont indispensables pour tout le reste. Vous pourrez donc essayer de mettre en place une économie solide, elle sera mise à mal par le manque de matières premières.

Mais je comprends l’esprit du jeu : vous montrer que non, vous ne pourrez pas sauver tout le monde, qu’il y a trop de paramètres hors de votre contrôle. Vous êtes censés faire au mieux avec le peu que vous avez, et même si certains passages vous offrent un boost vous permettant de considérablement améliorer votre hôpital, derrière vous aurez d’encore plus gros challenges…

War Hospital ne propose pas de mode bac à sable mais juste une campagne très scénarisée divisée en trois chapitres (je n’ai pas encore atteint le dernier), comme cela semble être la mode avec certains jeux de gestion exigeants.

Si vous cherchez un challenge, que vous aimez les thèmes forts et que vous n’avez pas peur de vous flinguer le moral, alors War Hospital est une bonne pioche. Par contre attendez encore quelques patchs, histoire d’être sûr que techniquement cela sera propre.

Si par contre vous voulez un jeu à la Banished, difficile mais dans lequel chaque échec n’est dû qu’à une mauvaise gestion de votre part, alors reconsidérez car War Hospital repose sur des scripts et une certaine injustice. Personnellement, l’ambiance unique, la réactivité des développeurs et le prix tout doux me plaisent énormément !

Genre : Gestion

Développeur : Brave Lamb Studio S.A.

Editeur : Nacon

Date de sortie : 11 Janvier 2024

Prix : 30€

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

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