Flashpoint Campaigns: Cold War
Ah, les petits carrés en carton ornés de symboles OTAN, les cartes topographiques découpées en hexagones, toute ma jeunesse ! En revanche, autant j’ai pu passer des heures à genoux dans ma chambre à faire bouger des divisions blindées sur le Front de l’Est, autant ça ne m’a jamais tenu en haleine sur PC, allez savoir pourquoi… Je découvre le travail de On Target Simulations avec Flashpoint Campaigns: Cold War, pourtant ils n’en sont pas à leur coup d’essai. Fin 2022 sortait Flashpoint Campaign: Southern Storm qui se déroulait à la fin de la Guerre Froide. Fort de cette expérience, ils ont amélioré tout ce qui pouvait l’être dans Cold War.

Ce wargame tactique en tour par tour simultané asynchrone vous propose de diriger les troupes soviétiques ou de l’OTAN lors d’escarmouches ou de campagnes complètes se déroulant en Allemagne de l’Ouest (et parfois très près de notre frontière !).
Avant tout, je vous conseille FORTEMENT de jouer les parties tutoriels et de lire un minimum les sections des manuel recommandés (oui, il y a DES manuels…). Cold War est TRES dense, TRES complet et les TRES nombreuses mécaniques de jeu peuvent rebuter même les plus passionnés, vous savez, les gens qu’on invite le mercredi soir pour nous parler de la différence entre le T-80B et le T-80U lors de dîners interminables… Il faut être TRES (promis, j’arrête !) motivé pour se lancer dans une partie !

Mais bon, chez nous à Dystopeek, nous sommes suffisamment payés pour nous lancer corps et âmes dans un scénario mettant en scène nos braves soldats français et leurs AMX-30 tentant de se retirer du front tout en endiguant une attaque soviétique début août 1989. Ils ne passeront pas !
Après un briefing détaillé et une phase de placement sur la superbe carte représentant le plateau de jeu, il est temps d’essayer de donner des ordres à nos troupes en gérant au passage les procédures opérationnelles standardisées (SOPs) qui définissent leur domaine d’action et conditionnent leurs réactions sur le champ de bataille.

Dans ce scénario, la carte fait 15X20 kilomètres et des champs de mines ont été placés autour de la ville de Rastatt. Je peux compter sur ces dernier pour créer un goulot d’étranglement qui forcera mon adversaire IA à concentrer ses forces plus que de raison. Cela devrait me permettre de planifier des frappes d’artillerie avec une partie de mes canons, le reste étant en réserve pour mener des frappes de contre-batterie.
Chaque pion représente une section de blindés, d’infanterie, de commandement etc. Les mouvements sont entièrement paramétrables (vitesse, type d’attitude, chemin à suivre en fonction du terrain etc.) et sont assez intuitifs une fois que l’on sait où cliquer.

C’est parti, je vais tenter d’occuper les hauteurs avec mes unités anti-chars, retrancher une partie des unités d’infanterie dans la plus grande ville et mes chars, qui ne devraient plus tarder, seront utilisés en une seule force pour frapper là où il y aura besoin.
Je clique sur le bouton start et tout se met en mouvement pour appliquer au mieux les ordres. L’interface m’informe que 21 minutes vont être simulées… C’est parti ! Les troupes soviétiques ne tardent pas à arriver à Rastatt et les premiers transports blindés essuient le feu de mes unités placées en embuscade.

L’objectif étant de garder les ponts sur le Rhin, je ne vais pas amasser mes forces sur un seul point, anticipant déjà un mouvement tournant depuis l’autoroute qui part vers le sud.
La masse d’ennemi est telle que Rastatt ne les freine même pas malgré les pertes subies ! Je perds un peloton en quelques minutes mais mes unités Milan situées en périphérie mettent un peloton de chars en déroute. Là où j’aligne des groupes de 4 chars l’ennemi en place 10 ! Là où j’ai 6 sections d’infanterie les rouges en alignent 30 ! Ca va être chaud !

L’environnement sonore est là pour dire qu’il y a du son dans le jeu : on ne peut pas dire que les sons de chenilles, moteurs et autres explosions ajoutent beaucoup d’immersion. Idem pour les effets de tirs et d’explosions ; ils sont surtout là pour que l’on ait un indice visuel de ce qu’il se passe.
Détail sympathique cependant, au fur et à mesure des engagements, des petites carcasses de véhicules et des trous d’obus jalonnent la carte.

Mon artillerie pilonne les carrefours stratégiques mais sans grand effet. Les T-80 ont traversé la ville comme une machette dans du beurre et sont déjà au premier pont sur le Rhin ! Mon infanterie en embuscade n’a pu en détruire que deux malgré l’absence de soutien d’infanterie soviétique… Au même moment d’autres pelotons de chars entrent dans Rastatt et foncent vers l’ouest. Ca va être TRES chaud !
Il reste 5 heures de combat et je suis déjà en difficulté… Pas de soutien aérien, pas de pièces à char, il faut tenir bon ! Pfiuuu, les 21 dernières minutes ont été intenses ! Mes AMX-30 ont tenu le coup face au premier assaut, je m’en sors avec des pertes limitées et mes VAB mortiers de 120mm arrosent la rive est du fleuve, décimant les assaillants.

Mais derrière, mes P4 de reconnaissance repèrent des hordes de chars qui s’apprêtent à pousser encore plus fort sur ma défense désespérée ! Un dilemme se pose à moi : faut-il que je redéploye mes blindés sur le pont plus au sud ? Dois-je les séparer en deux groupes ? Non ! Un groupe Milan couvre le pont sud et des obstacles ont été disposées sur l’accès principal. Essayons de regrouper les survivants de Rastatt pour tenter une attaque sur les arrières des soviets !
Les T-80 sont sur le pont sud, rien ne va plus, les 20 prochaines minutes vont être décisives rien ne semble pouvoir freiner cette marée de troupes ! Quelle boucherie ! Il ne me reste que 5 chars, les T-80 ne sont pas passés au nord et au sud ils sont temporairement stoppés. Mes équipes Milan se sont repliées pour se ravitailler sans que j’en ai donné l’ordre (certainement un oubli de modification des SOPs de ma part mais c’est un mal pour un bien…).

Damned, il est 10h50, les combats font rage depuis presque 3 heures et le pont sud est tombé aux mains des rouges ! « Nato troops overwhelmed » me dit le jeu, il semblerait que s’il y a une quantité trop importante d’ennemis dans le même hexagone, vos troupes soient automatiquement éliminées… Pas de bol, c’est la spécialité des soviétiques…
Au nord, le reste de mes tanks résiste à des assauts désespérés d’infanterie mécanisée, je n’ose pas les redéployer, d’autant plus qu’ils sont en infériorité numérique. Tentons une résistance ultime de ce côté ! L’artillerie adverse a fait de gros dégâts sur mon infanterie alors que de mon côté, mes obus semblent les faire tout juste rigoler…

C’est la fin, un peloton de 10 T-80 traverse le pont nord et détruit mes derniers blindés. Une contre-attaque au sud permet de dégager l’infanterie soviétique du pont mais derrière elle se heurte aux tanks retranchés. C’est lorsque je reçois un message du haut commandement l’informant que j’ai subi plus de 50% de pertes qu’un autre écran apparaît : il semblerait que ce que je pensais être un échec se transforme en victoire marginale car si j’ai effectivement perdu les deux ponts, l’ennemi a souffert de pertes catastrophiques (plus de 70%).
J’obtiens donc 5 étoiles sur les 7 disponibles et tout un tas d’écrans de statistiques, de pertes et tutti quanti est ensuite consultable. Je pense que le fait de laisser mes chars groupés a fait la différence mais ne peux m’empêcher de me demander si nous aurions effectivement déployé si peu de blindés à cette époque (l’Armée de Terre avait un bon millier de chars dans les années 80)…

Bon, c’est bien joli d’écrire un AAR, mais pas du tout prévu ! Revenons à nos moutons. Avec une dizaine de campagnes et plus de 100 scenarios, la durée de vie du jeu est énorme. Sans compter que chaque scénario peut être joué avec des doctrines différentes et qu’un mode bac à sable est également disponible.
Si vous vous sentez l’âme créatrice, un éditeur complet vous aidera à mettre au point vos propres batailles mettant en scène les forces de 10 nationalités sur l’une des 80 cartes détaillées.

Et je ne vous ai pas parlé de la météo, de l’utilisation du génie, du soutien aérien, du transport aéroporté, des convois ni même des opérations en milieu contaminé (NBC)… La profondeur de Cold War est immense mais la courbe d’apprentissage est plutôt douce.
En effet, il est inutile de connaître tous les tableaux, toutes les options et les tactiques et doctrines de l’époque pour manipuler nos troupes et s’amuser. Au contraire : testez, essayez des choses et consultez les guides si vous êtes bloqués ou que vous ne trouvez pas une option particulière.

Les guides sont très bien faits mais je vous rappelle qu’il y a une demi-douzaine de scénarios faisant office de tuto !
Lorsque j’ai accepté sous contrainte de tester Flashpoint Campain-Cold War (Harvester sait se montrer… menaçant !) je ne savais pas trop où je mettais les pieds. Je n’apprécie pas vraiment les monster games tels que Europa Universalis car il y a trop de choses à gérer pour que je m’amuse vraiment.

Mais là, passé l’interface austère et les fichiers pdf de centaines de pages, j’ai véritablement pris plaisir à manipuler ces petits pions virtuels et à essayer de faire de mon mieux en testant les différentes troupes de différentes nations.
Ce n’est pas tous les jours que l’on peut contrôler des troupes belges ou polonaises dans un jeu vidéo ! Alors si vous êtes adeptes du genre, foncez, c’est un excellent jeu. Si vous voulez débuter, foncez ! C’est un excellent jeu qui sait vous mettre à l’aise et s’apprend au rythme de chacun. Je ne pensais pas écrire ça un jour mais… Merci Harvester !
Genre : Hex & Counter
Développeur : On Target Simulations
Éditeur : Matrix Games
Date de sortie : 20 novembre 2025
Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Genre : Hex & Counter