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Corsair Cove

S’il y a une chose que j’adore dans ce boulot de pigiste, c’est la surprise. Vous savez, quand vous lancez un titre sans savoir sur quoi vous allez tomber ou quand, en pensant savoir sur quoi vous allez tomber, vous vous retrouvé pris au dépourvu. Si je devais illustrer le premier cas de figure, je prendrais sans la moindre hésitation All Hail the Orb. Si on parlait du deuxième, alors là ce serait Corsair Cove, du studio Limbic Entertainment, à qui on doit Tropico 6 et Might & Magic Heroes VII.

Tout semblait pourtant évident : un titre de gestion de camp de pirates, comme en son temps le sympathique mais sans plus Republic of Pirates. Je m’attendais donc à jouer à quelque chose de joli, en voyant les captures, mais classique où j’aurais géré des chaînes de production impliquant rhum et boulets de canon.

Et pour être honnête, les débuts sur Corsair Cove sont exactement comme cela : on a un camp, on construit une taverne, trois cahutes, une cantine et une scierie et zou. Ah non, pas zou du tout. Premier constat : un peu comme dans Whiskerwood, il va falloir jouer avec la verticalité car l’île sur laquelle on a débarqué est tout en hauteur. On va donc devoir prendre en compte cette nouvelle dimension pour gérer les flux de ressources.

Ensuite, on vous fait comprendre très vite qu’on n’est pas là pour enfiler des perles mais pour repartir au plus vite mener une vie de pirate. Pour ce faire, vous disposez de plusieurs capitaines, apportant chacun leurs compétences spécifiques, et d’un rafiot. Bon au début il est tout pourri mais il faudra faire avec. Il faut aussi que je vous avoue que vous êtes pourchassés par une Espagnole spécialisée dans l’éradication de pirates. C’est d’ailleurs à cause d’elle que vous êtes démunis.

Vous voilà donc, après avoir embauché un équipage dont les membres sont pris sur votre main d’œuvre, à écumer les flots. Et devant vous s’offrent quatre voies : celle des richesses, de la notoriété, de la conquête ou de l’exploration. Remplir des missions et autres objectifs dans chacune de ces voies va vous octroyer des points à dépenser dans un immense arbre technologique à quatre branches. Rassurez-vous, partir dans une voie ne vous ferme pas les autres et tout est déblocable dans chacune mais peut prendre plus ou moins de temps.

Ces améliorations vont débloquer de nouveaux bâtiments bien évidemment, qui vont à leur tour débloquer de nouvelles chaînes de production et donc de ressources indispensables pour satisfaire les équipages les plus prestigieux, seuls capables d’armer les meilleurs navires. Donc il va falloir remplir ces petits défis, comme avoir x entrepôts ou attirer 100 pirates, pour débloquer ces points. Ce qui se fera au fil de la partie sans que vous n’y preniez vraiment garde.

Il faudra donc vous appliquer à optimiser vos chaînes de production et surtout les voies de transport qui deviennent très vite compliquées à démêler quand vos camps s’étalent sur plusieurs pitons rocheux. Alors certes cela donne des bases qui en mettent plein les yeux, mais quand vous vous apercevez que votre pauvre porteur est obligé de grimper 12 échelles et d’utiliser 4 tyroliennes pour aller cherche du guano, vous vous retroussez les manches pour réorganiser tout ça.

Ce qui permet d’avancer plus vite dans la campagne, car il y a un vrai scénario très bien ficelé à suivre dans Corsair Cove, avec les missions sur mer. Elles sont très variées et nécessitent des navires spécialisés dans une des quatre voies nommées plus haut. Vous allez faire des interceptions de navires marchands, récupérer des prisonniers dans les geôles espagnoles, combattre d’autres pirates, explorer des cavernes remplies de trésor… Tout ce que l’on peut attendre d’une vie de pirate !

Sauf que toutes ces missions ne se résolvent pas en cliquant bêtement sur un point d’intérêt. Et je dois avouer que c’est là que Corsair Cove m’a totalement pris au dépourvu. Oubliez les Anno, oubliez Republic of Pirates et saluez le génie de Limbic Entertainment. Comme on l’a vu, chaque navire a des caractéristiques propres selon la voie empruntée (richesse, empire…) auxquelles vous allez ajouter celles du capitaine et la qualité de l’équipage. Le tout vous donnera des stats de résistance, maniabilité et vitesse (…).

Lorsque vous arrivez sur un événement, le jeu bascule sur un mélange de jeu de dés et de cartes. Avec des ressources. Oui sur papier cela fait lever un sourcil. A chaque tour, vous allez jouer une carte, qui a un coût en ressources. Et vous allez lancer un dé qui va déterminer la force de votre carte. Seul souci, votre adversaire – car vous avez toujours un adversaire en face, que ce soit des pirates ou même les éléments – va aussi jouer une action en lançant un dé.

Le truc c’est que chaque événement est divisé en phases et que pour passer à la suivante il faut remplir des conditions. Parcourir plusieurs centaines de yard. Tuer la moitié de l’équipage adverse. Et normalement vous n’avez toujours pas compris comme cela fonctionne. Exemple avec une interception de navire marchand. Phase 1, vous devez combler la distance qui vous sépare (800 yards). Pour 2 ressources, vous jouez la carte faire entre 300 et 450 yards et votre adversaire joue avoir un dé de plus au prochain tour. Vous faites plus que lui et avancez de 400 yards. Lui joue ensuite une carte mine flottante (j’invente hein) qui doit tuer entre 4 et 8 membres d’équipage. Cela vous oblige à jouer pour deux ressources la carte louvoyer et empêcher la mort de 3 à 5 membres d’équipage.

Vous auriez pu encaisser les pertes et jouer une carte qui vous faisait avancer, mais comme si vous perdez vos pirates vous perdez le bateau, il faut rester prudent. Et toute la phase va être comme cela, vous jouez la carte qui vous semble la plus adéquate face à ce que joue l’autre pour à la fois minimiser vos pertes et remplir les conditions de victoire. Si vous n’avez plus de ressources pour jouer des cartes, il faut sacrifier des pirates ou des points de coque. Et passer les différentes phases pour réussir l’événement.

Et tout ceci est un véritable jeu dans le jeu car chaque mission doit être abordée dans les meilleures conditions possibles. Cela concerne le type de vaisseau, la qualité d’équipage mais aussi le capitaine choisi. Sachant qu’il y a des mini-objectifs associés à chacun d’entre eux qui vous feront gagner des points de recherche.

On se retrouve donc avec un jeu très riche, où il faut d’un côté gérer votre base et nourrir vos pirates, progresser dans l’arbre de technologie pour débloquer les meilleurs navires, qu’on enverra ensuite à la découverte du monde qui nous entoure pour accomplir diverses missions. Missions qui ne seront réalisables que via certaines voies, ce qui nous obligera à nous diversifier…

Je pensais que Corsair Cove ne serait qu’un simple jeu de gestion, un de ces titres au thème fort mais sous exploité. Mais c’était sans compter sur la patte Hooded Horse qui a décidément le nez creux et a su détecter un titre qui creusait bien plus que la concurrence le côté piraterie. Loin d’être un gimmick, ce pan du jeu est extrêmement bien fait, original et permet de sortir le joueur de sa zone de confort.

Techniquement, le jeu est très propre et surtout très beau, que ce soit dans le camp ou même dans les images fixes amenant l’histoire. Seul bémol par contre, la caméra un peu rétive parfois quand il faut tourner autour d’un piton rocheux au milieu de tous les bâtiments. On a parfois du mal à apprécier les distances et voir où construire. Mais rien de bien grave non plus, rien qui n’empêche le jeu en tout cas.

Corsair Cove est donc une réussite à tous les points de vue. La partie gestion est très réussie, avec des chaînes de production assez complexes et des constructions très dépendantes du relief qui obligent à vraiment planifier le déploiement de son camp et la partie vis ma vie de pirate est quant à elle très originale et implique vraiment le joueur. Je pense que c’est la première fois que je vois un jeu de gestion aussi bien réussir les deux pans – j’adore les Anno mais ils pêchent dès qu’on s’écarte de la gestion – et offrir un gameplay aussi riche.

Je ne peux donc que vous recommander, sans la moindre retenue, de vous jeter sur ce Corsair Cove qui est bien loin – pour mon plus grand plaisir – de l’idée que je m’en faisais. Admirable, très fun et tellement beau, ce serait criminel de passer à côté si vous aimez les pirates et/ou les jeux de gestion.

Genre : Gestion de camp pirate

Développeur : Limbic Entertainment

Editeur : Hooded Horse

Date de sortie : 31 Juillet 2026

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Harvester

Collectionneur compulsif et un peu trop passionné, accumule jeux et livres en essayant d'entraîner un maximum de gens dans ses vices...

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