Jeux vidéoJouer

Blackwood: Act I

Fallait bien que ça arrive après quatre épisodes de John Wick, des spin-off et autant de repompes plus ou moins assumées (les amateurs de Bollywood et de steack tartare seraient inspirés de regarder du côté de Kill, sorti en 2023). ​Après tout, John Wick empruntait déjà pas mal au visuel des jeux vidéo et aux chorégraphies des films hongkongais, il n’était donc que juste retour des choses qu’il inspire à son tour de nouveaux jeux d’action. Oui, j’oublie tout à fait volontairement Stranglehold qui était déjà la parfaite fusion des deux univers mais auquel vous êtes priés de jouer et que vous pouvez trouver chez GOG.

​Ce qui nous amène donc aujourd’hui au cas de Blackwood qui a un petit air de Samson (jeu d’action sorti récemment par des transfuges d’Avalanche : Just Cause, pas Disney Infinity). ​Vu la volée de bois vert que s’est pris ce dernier avec une sortie manifestement trop anticipée et un gameplay bien trop répétitif, que peut-on réellement attendre de ce nouveau titre qui présente toutes les scories d’un jeu AA dans le meilleur des cas (et low budget dans le plus vraisemblable) ?

​Dans Blackwood, qui se présente comme la première partie d’une trilogie à venir dont le troisième opus doit sortir en 2027, réalisée par Attrito et M7 Productions, tout droit venus du Bangladesh, et éditée par Izzila Games (soit bien avant Squadron 42), le joueur est amené à incarner Anton dont la vie, en apparence rangée, se répartit équitablement entre la gestion de son vidéoclub de quartier et les casses, assassinats et autres activités fortement répréhensibles auxquelles il s’adonne à ses heures perdues.

​Il faut bien reconnaître que l’association n’allait pas forcément de soi et que le gameplay hybride, qui alterne entre les tranches de vie et de gestion du magasin et les séquences d’action à la John Wick, a de quoi surprendre de prime abord. ​Il en va de même de ces graphismes qui alternent joyeusement entre le parfois joli et le relativement moche (Mesdames, Messieurs, prochain arrêt : l’uncanny valley. N’oubliez pas de prendre vos bagages en descendant).

Bien évidemment, on commence dans un égout. Les développeurs de jeux vidéo ont des fétiches étranges

​Du côté des aspects les plus réjouissants, on trouve des fusillades nerveuses et dynamiques, avec certes des tirs extrêmement assistés, malgré une traditionnelle mécanique de couverture qui ne ralentit pas l’action tant que ça, et des bruitages pas franchement fabuleux. Et de l’autre, des phases de conduite à la Driver ou GTA complètement foirées avec une impression de vitesse quasi inexistante et des collisions lunaires (un coup on fait un triple tonneau et on repart comme une fleur, une autre fois on effleure un poteau et on meurt illico).

​La phase de poursuite d’une des premières missions de la trame principale est, à ce titre, exemplaire. Elle se voudrait pleine d’adrénaline, elle est en réalité plate et sans enjeux. Heureusement que le cœur du gameplay ne réside pas dans ces séquences de course indigentes.

Votre innocente employé de vidéoclub

​Histoire de varier les plaisirs, Anton ne se limitera pas, lors des affrontements, aux armes à feu et n’hésitera pas à aller au contact au corps à corps, ou en usant du sabre lors de certaines missions parfois surprenantes, à l’image de cette production cinématographique où on lui demandera de faire le cascadeur non syndiqué et pas trop regardant sur les conditions de tournage.

​Malgré un léger flottement dans les commandes et des bruitages pas particulièrement percutants, les phases de combat restent bien nerveuses avec des fusillades fluides et des takedowns très scriptés mais jouissifs (là encore, l’influence de John Wick saute aux yeux).

C’est presque aussi bien rangé que chez moi.

​Lors des combats les plus réussis (mention spéciale aux arènes dans lesquelles Anton devra survivre à des vagues successives d’ennemis), on a une chouette sensation d’avoir un pied chez Max Payne et l’autre chez John Wick. On a déjà connu pires parrains, même si, une fois encore, il reste bon de préciser qu’on reste très loin du niveau de finition des Max Payne et que même un Samson est beaucoup plus joli.

​Le cours du jeu se déroule sur plusieurs semaines, divisées en journées au cours desquelles il conviendra de prendre des décisions, s’occuper de son vidéoclub d’une part (réapprovisionnement des stocks, nettoyage, conseils à la clientèle, etc.), et choisir les missions d’autre part. Ce qui donnera une division entre le fric honnêtement gagné et l’argent sale.

Ouais, les proportions et les visages sont parfois un peu étranges

​Assez classiquement, certaines missions feront avancer la trame principale tandis que d’autres permettront à notre antihéros de financer ses activités illégales avec de l’argent qui ira aussi sec dans l’achat d’armement, de modifications diverses et variées, de munitions ou encore de décorations pour votre salle secrète. L’air de rien, c’est vachement important les décorations pour les salles secrètes de tueurs à gages. Si c’est pas cosy, ça ne fonctionne pas.

​Anton dispose, en effet, d’une salle planquée derrière le vidéoclub dans laquelle il entrepose tout son matériel et où il peut modifier son armement au fur et à mesure des commandes faites sur le dark web (étrangement on ne trouve pas tellement de silencieux sur Amazon ou Darty).

Mais non, M’sieur l’agent, je ne fais rien d’illégal, moi !

​L’histoire suit un fil rouge tout à fait dans l’esprit des films que Blackwood cherche à émuler. Anton a échappé coup sur coup à deux assassinats et il découvre rapidement qu’ils ont été commandités par un parrain local de la pègre. Le truc, c’est que notre antihéros semble réellement ignorer pourquoi ce dernier a mis un contrat sur sa tête.

​A ce stade de développement et à quatre jours de sa sortie (cherchez pas, le test va vraisemblablement paraître 4 mois plus tard) et en dehors des phases de conduite que j’ai trouvées vraiment désastreuses, le jeu présente un certain nombre de plantages et de bugs divers et variés.

Attendez que je mette la main sur une arme lourde !

​Entre la manette qui refuse de réagir sur certains menus, le mode DirectX 12 qui crashe régulièrement ou encore les éléments du décor qui choisissent de rester en lévitation après un combat, le moins qu’on puisse dire est que la réalisation reste un peu perfectible, même si rien ne rend le jeu injouable en l’état. ​Au moment de conclure, et bien que je prenne du plaisir à jouer au jeu malgré ses imperfections et sa réalisation qui témoigne d’un budget nettement plus modeste qu’on le souhaiterait, il me reste tout de même une double interrogation.

​J’ignore en effet le prix auquel ce premier volet d’une trilogie à venir sera proposé et, surtout, rien ne dit, en cas d’insuccès, que les suites sortiront réellement (EDIT : le jeu étant désormais sorti, j’ai l’info sur le prix qui reste relativement doux). ​Si la perspective d’une aventure inachevée ne vous fait pas peur et que vous manquez de fusillades bien bourrines, Blackwood a de sérieux arguments à faire valoir.

Genre : TPS / Action

Développeur : AttritoM7 Productions

Éditeur : IZilla Games

Date de sortie : 16 septembre 2026

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

Baalim

Vieux joueur, atariste convaincu, collectionneur de trucs bizarres et hétéroclites, geek à ses heures perdues, pratiquement certain de n’avoir rien signé et de ne pas être payé, il se demande encore ce qu’il fait là.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *