Early Access: Grand Tactician: The Civil War (1861-1865)

Harvester pourra témoigner que j’attends Grand Tactician: Civil War avec une impatience non dissimulée (NdHarvester : je témoigne et je porte d’ailleurs plainte pour harcèlement). En effet, le titre d’Oliver Keppelmüller (qui n’est pas seul sur le coup mais pas loin et dont le titre précédent Seven Years War avait déjà titillé les mordus d’histoire) est ambitieux. Ambitieux car il propose de jouer la guerre de Sécession du début jusqu’à la fin, sur une carte au look de l’époque avec la possibilité de zoomer directement pour voir la position de vos armées sur une carte 3D et une partie bataille sur un terrain historiquement fidèle. Ambitieux aussi car le jeu reprend tous les officiers qui ont participé à cette guerre fratricide (10 000 officiers actuellement, rien que ça) avec leur état d’origine, la possibilité de monter en grade si vous leur assignez un rôle, etc. Ambitieux bien sûr parce qu’il est clair que les développeurs sont amoureux d’histoire et apportent une attention aux détails tout à fait impressionnante.

Des batailles historiques sont bien sûr aussi jouables indépendamment des campagnes.

Car il ne s’agit pas ici uniquement de mener vos armées d’une bataille à l’autre comme dans Ultimate General. Vous devrez composer avec le moral de la nation, l’influence diplomatique Européenne, vos finances, votre production et puis bien sûr le nombre de volontaires qui vous permettront de lever des troupes ou de renforcer celles existantes. Alors certes, les combats forment une part importante du jeu mais la richesse et la complexité du titre en font un jeu à part dans le domaine de la grande stratégie, surtout que les développeurs ont aussi voulu offrir au joueur une expérience vidéo-ludique immersive : les ordres mettent du temps à arriver à destination, les résultats des combats ou missives importantes peuvent être reçus avec une écriture cursive copiant le format de celles de l’époque…

La carte est superbe, avec chaque fleuve, chaque ville importante, des plantations, des usines que vous pourrez razzier…

Bref, Grand Tactician est unique et complexe, je me répète mais cette complexité n’est pas là uniquement pour le joueur, elle représente aussi un challenge pour la petite équipe de devs. L’arrivée en Early Access ce 21 août a d’ailleurs pour but de jouer le rôle de beta, c’est-à-dire que les développeurs sont conscients que tout n’est pas encore présent et qu’il y a des bugs. Pour cette sortie en Early Access, le jeu proposera, en plus d’une dizaine de batailles historiques à jouer sur des cartes de bataille détaillées, trois campagnes, chacune commençant à une année différente. Actuellement seule la campagne de 1862 est assez stable et aboutie pour être jouée convenablement, les autres manquent encore de certains déclencheurs d’événements et de travail de polissage. L’équilibrage quant à lui reste à faire.

Le corps de réserve part prendre la place du 1er Corps, le 2nd Corps se place à une embranchement à l’Ouest… Tout ne va pas se passer comme prévu

Le système du jeu est somme toute assez proche d’un Total War, avec la carte de campagne où vous pourrez gérer votre nation (cela se fait principalement via des « politiques » à mettre en place), ainsi que l’aspect stratégique à grande échelle avec des armées décomposées en corps d’armée qu’il faudra bouger de concert ou placer à des endroits clés (dont il faudra aussi assurer le ravitaillement) et puis une carte de bataille (qui pour l’instant ne correspond pas encore toujours au terrain) où vous pourrez faire preuve de vos talents tactiques pour capturer ou tenir différents points clés.

Quand je dis que le titre est détaillé, je rigole pas…

Sur la carte stratégique, vous aurez donc, en plus de devoir gérer le déplacement de vos armées, la possibilité d’installer des télégraphes (bien qu’actuellement savoir où c’est réellement possible est assez frustrant avec des emplacements non indiqués) qui permettront de diminuer le temps d’arrivée des ordres, des dépôts de ravitaillement, de construire ou de renforcer vos armées et vos flottes et puis de choisir parmi une sélection de politiques à appliquer. Cette sélection est limitée en nombre bien que j’avoue avoir eu beaucoup de mal à comprendre ce qui était possible ou non. De manière générale, le jeu manque encore beaucoup de tooltips et de feedback au joueur pour que celui-ci se sente à l’aise dès le départ. Il faudra donc expérimenter et accepter parfois de jouer un peu à l’aveugle.

Les politiques qui peuvent être appliquées sont découpées en chapitres qui suivent le déroulement de la guerre.

Le recrutement d’unités se fait sur base de volontaires disponibles dans chaque état qui supporte votre faction. Créer une armée en Louisiane impliquera l’utilisation de volontaires de cet état mais vous pourrez ensuite renforcer celle-ci avec des bataillons d’autres états si vous le désirez. Evidemment plus l’origine de vos troupes est éloignée plus l’armée prendra du temps à se former. Le tempo du jeu peut donc être assez lent, il faudra plusieurs jours pour ajouter un nouveau bataillon, plusieurs heures (en jeu, pas en temps réel) pour déplacer vos armées et ainsi de suite…

Evidemment au début de la guerre, tout le monde veut partir la fleur au fusil, les choses se compliqueront plus tard.

Une fois que le rayon d’action de deux armées se télescope, le jeu vous propose alors de passer en mode bataille (ou de fuir ou encore de calculer celle-ci automatiquement). Pas question de rentrer/sortir de ce mode ou de rejoindre une bataille en cours. Au joueur de décider s’il s’implique ou non comme dans les Total War. Les batailles ont un visuel assez proche de Scourge of War avec des sprites 2D pour les unités qui font un peu vieillot et un gameplay qui se rapproche assez des Ultimate General. Vous aurez le choix de donner des ordres à votre général ou à chaque niveau en dessous jusqu’au bataillon. Evidemment plus une unité est éloignée de son Quartier Général plus l’ordre mettra du temps à arriver. Il faut donc anticiper, assurer un placement qui suit le terrain (et à ce niveau la carte tactique est tout simplement superbe et facilement lisible).

Les Confédérés sont en déroute au Nord, encerclé au centre, la victoire est proche

Les combats prennent évidemment un peu de temps, le temps que vos troupes se déploient et que les ordres arrivent, que les renforts (si vous avez bien calculé votre coup) atteignent votre position, laissant ainsi la place à un réel aspect stratégique et tactique : manœuvres pour ralentir la progression adverse ou pour s’assurer la capture d’un point géographique avantageux où placer vos canons. Bref il y a là de quoi réjouir les stratèges en herbe ou aguerris. Les combats peuvent durer plusieurs jours (avec une pause durant la nuit et une phase de redéploiement le lendemain matin, le tout prend aussi en compte le ravitaillement disponible pour votre armée) et il ne suffit pas ici uniquement de capturer ou tenir les objectifs, il faudra aussi assurer la déroute ennemie ou en tout cas obtenir un résultat stratégique satisfaisant, quitte parfois à fuir le champ de bataille (ce qui aura bien sûr un impact sur le moral de votre nation).

Kaboom !

La composition de vos corps d’armée sera donc cruciale, ce qui lie parfaitement les deux aspects du jeu. Et si on peste parfois sur la difficulté à adapter un ordre, nous obligeant à annuler complètement un mouvement avant de donner un nouvel objectif si on ne veut pas que le bataillon joue à faire des cercles sur le sol, on est aussi admiratif lorsqu’un plan se déroule sans accrocs et qu’on arrive à déborder l’ennemi ou à la faire fuir alors qu’on était en infériorité numérique. Et puis après tout, rien de tel qu’une belle victoire pour remonter le moral de la nation car les pertes coûtent cher et vous aurez besoin du support de celle-ci. Bref l’aspect combat est réussi et prenant malgré quelques soucis d’équilibrage (surtout lors des sièges de fortins).

Echange d’artillerie et tentative de fixation de l’ennemi le temps que ma cavalerie fasse le grand tour.

De manière générale, Grand Tactician: Civil War a encore besoin de plusieurs mois de travail pour offrir une expérience réellement agréable au joueur, que ce soit à cause de ses soucis d’interface ou d’autres bugs encore présents qui bloquent parfois la progression de votre campagne. Reste qu’il est clair que le jeu sera unique en son genre, une sorte de travail d’orfèvre sur la Guerre de Sécession qui devrait plaire à tout grognard qui se respecte. A vous de voir si vous voulez montrer votre support aux développeurs maintenant ou attendre un peu pour profiter d’un trajet un peu moins cahoteux lors de vos sessions de jeu.

Actuellement les pertes peuvent être brutales.

Vous l’aurez compris, je suis admiratif face à ce qui est proposé par les devs et confiant dans ce que le titre deviendra mais il est clair qu’il n’est pas encore en état « fini ». C’est plutôt un diamant très brut, il est donc important que ceux qui décident de craquer maintenant en soient bien conscients afin d’éviter toute déception.

Développeur : Oliver Keppelmüller

Editeur : Oliver Keppelmüller

Genre : Grande Stratégie

Date de sortie : 21 Août 2020

Prix : 39,99€ en Early Access, 43,99€ ensuite.

Page Steam

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

SA_Avenger

Le Belge taciturne du groupe, pas fan de quoi que ce soit mais touche-à-tout aux goûts éclectiques, amoureux du cinéma, de littérature et de chanson française à texte, bref un nostalgique invétéré. Ancien beta testeur hardcore, je joue encore régulièrement à des jeux obscurs aux règles complexes que je termine d'ailleurs rarement.

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