7 Souls : Cette âme m’appartient

Je suis l’un deux. On va de nouveau s’affronter. Pour nous, c’est habituel et au final on en sort sans dégâts. Tout au plus, notre hégémonie est retardée. Pour les humains par contre… 7 Souls n’est que terreur, horreur, abomination et folie. Et c’est bon ! Nous sommes les Grands Anciens. Si vous connaissez nos noms, vous avez déjà perdu des points de santé mentale. Soit pour avoir tenté de vous dresser contre nous (stupides créatures), soit pour nous servir (stupides créatures). Pour rendre notre guerre plus distrayante, nous avons imposé nos règles.

Zone de guerre

Nous ne nous battons plus que dans trois lieux distincts : la bibliothèque de l’université Miskatonic (ce nom vous dit quelque chose ? Bien !), le manoir Whateley (vous connaissez aussi ? Bien !) et les ruines du temple d’Eldritch (vous connaissez encore ? Mouahaha votre âme est nôtres !).
Nous ne nous battons plus que par l’intermédiaire de sept sbires, les sept mêmes pour chacun d’entre nous. Pour les différencier, on les a juste marqués de nos empreintes. Les miens ont un tentacule gravé dans le dos, les autres Anciens ont apposé un œil, une main…. Bref, un symbole différent pour chacun de nous six. Sous chaque lieu, trois réservoirs différents. Un pour chaque ressource utile à notre guerre. Des âmes de valeur variée (0, 1 ou 2), des jetons de puissance et enfin des cartes de Corruption de deux types (Focalisé représentée par un œil et Déterminé représentée par 2 yeux). De plus, dans chaque lieu, erre un enquêteur. Une âme à conquérir (miam !) mais qui peut aussi nous attaquer et puiser dans nos ressources durement acquises (comment osent-ils ?!).
Enfin, il existe des bénédictions et des autels, au nombre variable selon combien nous sommes à nous battre.

Un chaos de sbires, enquêteurs, Corruptions, puissances et âmes

La guerre commence toujours de la même manière. Nous nous dotons d’un jeton de puissance et de cinq cartes Corruption (une carte Focalisé et quatre cartes Horreur – Corruption de valeur nulle). Puis nous choisissons une Révélation parmi les deux qui nous sont distribuées. Cette Révélation, nous la gardons bien cachée, l’autre est rejetée dans le néant. C’est un objectif qui nous donnera des âmes à la fin de la guerre si nous l’atteignons. Chaque tour se déroule ensuite de la même manière. 
D’abord, nous envoyons un sbire par lieu, tous en même temps et face cachée (parce qu’on aime le chaos, l’ombre et la simultanéité). Une fois que nous avons tous placé nos émissaires, nous retournons les cartes. Chaque sbire possède un score d’initiative (de un à sept donc). On les ordonne du plus petit au plus grand (le plus petit sur le dessus de la pile, le plus grand au fond de la pile). Ceux dont la valeur est identique restent dans l’ordre de pose. Le premier va alors accomplir ce pourquoi nous l’envoyons en ce lieu. Récupérer de la puissance, des âmes et/ou des cartes de Corruption (Focalisé ou Déterminé). Répandre l’Horreur. Ou voir même, s’il fait partie des deux « élus » (les sbires d’initiative un et deux), tenter de corrompre l’enquêteur présent.

Révélations, Autels et Bénédictions

Toutefois, lorsque deux sbires d’un même niveau d’initiative sont présents sur le même lieu, un test de loyauté se déclenche. Chacun des Anciens les contrôlant va alors annoncer s’il monte en puissance (= jouer un ou deux jetons de puissance), puis retourner la première carte de son paquet de Corruption. La montée en puissance ne fonctionne que sur une carte Focalisé ou Déterminé. La puissance utilisée est perdue dans le néant de même que les cartes de Corruption, à une exception près. Le vainqueur au test de loyauté garde le contrôle de son sbire, mais donne sa carte Corruption au perdant. Ce dernier remporte donc une carte qu’il mélange à son paquet, mais ne pourra faire agir son adepte (piètre créature).

A droite un influenceur, à gauche un loser

Si un sbire tente de corrompre un enquêteur, c’est là encore grâce à la puissance et aux cartes Corruption que tout se joue. Les enquêteurs ont tous une valeur de corruption et un nombre maximum de cartes utilisables pour le corrompre. Celui d’entre nous qui le corrompt récupère ses points d’âme (pauvre être misérable). Mais un autre enquêteur prend la place laissée vacante. La nature a horreur du vide… Car elle sait que nous y vivons ! Une fois que les différentes guerres d’influence et actions des sbires sont réalisées, on passe au lieu suivant et ainsi de suite jusqu’au troisième et dernier lieu. Vient alors le tour des enquêteurs. L’un d’entre eux attaquera.

Pour savoir lequel, il suffit de regarder sur le dessus du paquet d’enquêteurs en réserve. Le symbole indique le lieu. Le lieu contient un enquêteur. Sur sa carte, un symbole indique quel sbire subira son attaque, basée sur l’initiative (haute, basse ou intermédiaire). Il faut alors choisir de se défendre ou non. Toujours grâce aux cartes de Corruption. Celui qui ne se défend pas accepte automatiquement de perdre les ressources indiquées au profit de l’enquêteur. Celui qui se défend tentera d’en conserver. Tout se joue sur une seule carte Corruption (augmentée ou non de jetons de puissances). Les ressources perdues ne le sont pas pour tout le monde. Elles vont dans les poches de l’enquêteur (scélérat !). Et si plus tard cet enquêteur se fait corrompre, alors, celui d’entre nous qui y arrive récupère ces ressources.

Une tentative d’attaque d’enquêteur avortée

Cette lutte pourrait être sans fin alors nous avons décidé d’un déclencheur. Car même nous pouvons nous lasser de ces luttes d’influences. Après l’attaque de l’enquêteur, nous vérifions si deux réserves d’un même lieu sont épuisées. Si ce n’est pas le cas, nos sbires, engagés sur ce tour, partent au repos (pauvres petites choses) et nous recommençons un nouveau tour avec les sbires restants en main. Mais si la condition de fin est remplie, nous arrêtons là notre guerre et comparons nos moissons d’âmes. Les points d’âmes sont présents sur nos jetons d’âmes (piochés dans les réserves), sur les autels et les bénédictions. Il y en a également sur les enquêteurs que nous avons corrompus et enfin sur nos cartes Révélations, si tant est que nous ayons réussi la mission confiée par celle-ci. Celui d’entre nous qui accumule le plus d’âmes gagne le droit de régner en maître sur votre misérable planète/dimension.

The Final Countdown ♫Tududutu Tududututu♫

Jusqu’à ce que l’envie de jouer avec vos âmes ne nous reprenne !

A la lecture de cet article, je pense que vous connaissez mon ressenti sur 7 Souls. Toutefois, et pour qu’il ne reste aucune ambiguïté, pour moi, c’est un grand FHTAGN ! Enfin je veux dire, un grand OUI ! Le jeu à plusieurs est prenant, la rivalité est là et cette part de hasard version « bataille » est épique. Mon seul tout petit bémol est sur le temps d’installation d’une partie. Et ce, notamment à cause de la manipulation des jetons d’âmes, ceux-ci devant être installés face cachée sur le plateau. Mais on passe vite outre ce très léger contretemps et les parties s’enchaînent agréablement. De plus, 7 Souls propose un mode solo redoutable, qui tient très bien la route et dont on peut moduler la difficulté en jouant sur les ressources de l’automate.

7 Souls a fait l’objet d’une campagne Kickstarter lancée le 16 mai 2019 et financée à 80 % dans les 12 premières heures. Un total de 561 contributeurs aura versé 22 745 CA$ sur un montant requis de 13 440 CA$. 6 stretch goals auront été débloqués. Le jeu est disponible sur la boutique en ligne : https://insideupgames.com/. Le concepteur et distributeur du jeu, Conor McGoey, a gentiment accepté de répondre à quelques unes de mes questions. Je vous propose donc de lire cette courte entrevue.

En premier lieu, pouvez-vous vous présenter brièvement pour nos lecteurs ?

Je m’appelle Conor McGoey, je dirige Inside Up Games en tant qu’éditeur et concepteur de la plupart de nos jeux.

Quand et comment êtes-vous entré dans le monde du jeu de société, quel a été votre premier jeu en tant que concepteur et votre première campagne concluante sur Kickstarter ?

J’ai créé Summit, mon premier jeu alors que j’étais malade et je l’ai lancé sur KS en 2016. Il a été financé avec succès et a été une expérience formidable. C’était le premier de mes jeux, et j’ai depuis continué avec 5 autres (dont 4 sur KS).

Quel type de joueur êtes-vous (jeu de société, jeux vidéo…) ?

J’ai commencé à jouer à des jeux de société quand j’étais enfant (nous n’avions pas de télévision, ma mère ne le permettait pas). Puis je me suis lancé dans les jeux vidéo à l’adolescence, puis je suis revenu aux jeux de société à l’âge adulte lorsque j’ai commencé à fonder ma famille (et que j’ai réalisé que je n’avais pas besoin qu’ils regardent des FPS, et que je commençais à en avoir marre de la violence). Nous jouons à beaucoup de jeux en famille (mes enfants ont 6, 8 et 10 ans) et ils m’aident à apprendre et testent également les jeux. Nous avons récemment commencé à nous intéresser à des jeux vidéo familiaux, en particulier les jeux de course.

Quel est votre jeu de société du moment ? Et un jeu peut être moins récent, mais qui vous suit depuis plusieurs années maintenant ? (il y a eu ici une légère mésentente sur le sens de ma question, je vous donne les deux réponses du coup)

(Jeu actuel que je crée ?) Je développe actuellement deux designs Inside Up Games, signés l’année dernière. Le premier est un jeu de construction de blocs en trois dimensions appelé « Block & Key » que j’adore. Et le second est un jeu de pose de tuiles appelé « City Builder » : Ancient World » qui peut être joué en compétition, en coopération ou en solo (tout comme Summit). Un jeu sur lequel je travaille depuis des années est « Plunge », c’est la suite de Summit….

Hmmm… Actuellement, nous jouons à Everdell. Et un jeu plus ancien… peut-être 7 Wonders parce que nous pouvons jouer avec les enfants !

Concernant 7 Souls en particulier, comment avez-vous eu l’idée du jeu ? Est-ce d’abord l’univers de Lovecraft qui vous a attiré et vous avez ensuite chercher une mécanique de jeu ou l’inverse ?

7 Souls était un peu différent. J’avais en fait créé la mécanique et le gameplay avec un thème différent, mais après de nombreux essais, il m’a semblé que cela pouvait être amusant de le transformer en quelque chose que nous n’avions pas essayé auparavant.

Toujours concernant 7 Souls, comment avez-vous vécu la campagne Kickstarter ? Ce n’était pas votre première campagne, y a t’il quand même toujours un peu de stress au moment du lancement ?

La campagne était belle, mais pas aussi importante que je l’avais espéré. KS a changé ces dernières années et c’est un endroit très fréquenté où il est difficile d’attirer l’attention des backers. Heureusement, j’ai un grand nombre de fans qui me soutiennent, qui viennent toujours m’aider et qui apportent un regard neuf ! Chaque campagne est stressante, mais de manière différente. Rires.

Enfin, pour conclure, avez-vous déjà un nouveau projet en cours ? Peut-être un univers qui vous attire en particulier ?

Oh j’ai beaucoup de choses en cours… celles que j’ai mentionnées ci-dessus, plus un « party game » pour 7 à 50 joueurs, deux autres de mes conceptions et une douzaine de jeux qui m’ont été soumis et que nous sommes en train de tester.

Concepteur du jeu : Conor McGoey

Artiste : Rhys ap Gwyn

Editeur : Inside Up Games

1 – 6 joueurs

8 ans et +

De 30 à 40 minutes

Flad

CM 24h/24, rédacteur le reste du temps.