Dans leur Regard / When They See us.

Netflix balance régulièrement sur sa page d’accueil une bande annonce de la dernière série que tu dois regarder. Souvent, je la zappe pour reprendre ma série en cours sauf celle pour Dans leur Regard qui m’a happé. J’ai cliqué sur ma liste, puis visionnage alors que j’avais prévu de finir la saison 2 de The Rain. Série qui mériterait un démontage en règle, mais pas dans cet article.

De quoi ça parle ?

C’est une version romancée des faits intervenus dans Central Park en 1989. Pour résumer l’affaire, des jeunes se regroupent un soir pour aller dans Central Park et ils agressent les passants pendant leur périple. L’affaire aurait pu se résumer à ceci sauf qu’au même moment une femme se faisait violer et laisser pour morte dans Central Park. Elle s’en sortira avec de graves séquelles.

Les policiers placent en garde à vue certains jeunes concernant l’agression des passants. La machine finit par s’emballer le lendemain quand la police arrête plusieurs jeunes dont les futurs cinq de Central Park qui finiront par avouer avoir violé la joggeuse. Les médias s’en mêlent et l’emballement est tel que l’actuel Président des Etats-Unis, Donald Trump demande le rétablissement de la peine de mort.

Les cinq jeunes sont condamnés suite à leurs aveux et l’un deux, âgé de seize ans, se retrouvera dans une prison pour adultes. Plusieurs années plus tard, Matias Reyes, violeur récidiviste, avouera être celui qui a violé Trisha Mieli, la joggeuse.

Finalement, les cinq de Central Park seront blanchis (sans mauvais jeux de mots) de l’accusation de viol et seront dédommagés pour le préjudice subi par la ville de New York à coup de millions de dollars.

Est ce que c’est bien ?

C’est plus que bien. En quatre épisodes, la série décrit cette histoire surréaliste où les événements se sont enchaînés au point de ne plus être maîtrisables par grand monde. Des policiers à la recherche du coupable idéal, des gamins qui n’ont pas compris la portée de leurs aveux, des parents qui souhaitaient voir leurs enfants rentrer à la maison, des médias qui se sont jetés sur un sujet à fort tirage et la pression populaire ont créé un emballement incontrôlable qui coûtera des millions à la ville de New-York en dédommagement et surtout plusieurs années de la vie d’adolescents innocents qui ont été au mauvais endroit, au mauvais moment.

La réalisatrice, Ava DuVernay n’est pas tombée dans la charge anti Trump facile, mais se permet un ou deux taquets bien placés. Elle se borne à raconter l’histoire du point de vue des différents personnages avec un parti pris assumé pour les jeunes accusés. La série aurait pu se contenter de les poser en victimes, délayer son intrigue et nous sortir dix ou treize épisodes longuets, mais chaque épisode va à l’essentiel : les faits, le procès, la prison et l’après pour les deux derniers.

Ce qui fait la force de cette version, c’est d’éviter le manichéisme consistant à mettre d’un côté les méchants Blancs et de l’autre, les gentils Noirs. Il est évident qu’il y a un parti pris et que la police, comme l’institution judiciaire, ne ressortent pas grandies de la série. La lâcheté de certains parents, ainsi que leur soutien indéfectible, ne sont pas oubliés. Dur de voir ce père qui ne peut pas aller au procès de son propre fils tellement il se sent responsable de l’avoir obligé à mentir aux policiers. Tout comme de voir cette sœur qui refuse d’être heureuse parce que son frère n’est pas encore libre.

Cela me permet de parler de l’émotion qui parcourt toute la série. Parce qu’à moins d’être totalement insensible, il est difficile de ne pas être touché par l’histoire de ces enfants qui auront perdu cinq à dix ans de leur vie, voire plus. Ava DuVernay sait jouer sur la corde sensible à la manière d’une funambule avec le risque omniprésent de plomber son propos en l’enrobant de pathos. Le casting très solide aide beaucoup avec des acteurs excellents, notamment les jeunes.

En résumé, Dans leur Regard est une série de quatre épisodes qui m’aura touché à la fin du premier épisode et la fin du dernier. Je suis toujours aussi révolté de voir à quel point une histoire peut prendre des proportions surréalistes sous la dictature de l’émotion. Pour aller plus loin, je conseille le visionnage de Making a Murderer sur Netflix et encore plus loin, Un Coupable Idéal de Jean-Xavier de Lestrade.

Machiavel

Toujours à l'affût de ce qui peut piquer ma curiosité, peu importe le domaine avec une légère préférence pour les jeux vidéo, le cinéma, la littérature, les séries TV, les jeux de société, la musique, la gastronomie, les boissons alcoolisées et quelques autres petites choses . Ma curiosité est telle le tonneau des danaïdes, sans fond.

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