L’Effondrement

Tout d’abord, les spoilers ne seront pas de mise dans cet article, inutile de plisser les yeux. La mini-série de 8 épisodes diffusée actuellement sur Canal+ fait parler, donc parlons-en sur Dystopeek, tant qu’on peut.

Un bon plan

Le format tout d’abord est très inhabituel. Chaque épisode dure 20 minutes et il est filmé intégralement en plan séquence. Oui, une seule et unique séquence du début à la fin. Pas d’ellipse, pas de contre-champ, pas d’alternance de plans. Nous nous trouvons donc à hauteur d’homme, quasiment intégré dans les discussions, les déplacements, les décisions, tout ce que font les personnages. Et ce n’est pas une mince affaire, car nous sommes loin d’une pièce de théâtre : ça monte dans des voitures, des camions, des bateaux, il y a des fuites, des affrontements, qui se dérouleront toujours à quelques mètres de notre point de vue… parfois plus près.

La survie est à l’ordre du jour.

Cette prouesse technique introduit naturellement un récit en temps réel. On atterrit dans une tranche de vie qui dure 20 minutes, genre de 9h à 9h20. Et il se passe parfois tellement de choses que l’impression est qu’il s’est passé 3 fois plus de temps.

Vous ne verrez plus de la même façon votre station-service…

Qu’est-ce que ça raconte ? On va dire en résumé que c’est le boxon. Sans que les causes précises nous soient données, la France sombre dans le chaos et l’anarchie. On se rend compte que les pénuries sont apparues (nourriture, énergie, carburant), que les pouvoirs publics ont démissionné et que chacun est livré à lui-même.

Post-Apocalypse Now

Chaque épisode décrit un tournant dans le destin de personnages pour la plupart sans lien entre eux, dans des environnements typés et familiers (un supermarché, une station service, une centrale nucléaire, etc). On reçoit un aperçu de l’évolution des mentalités à J+2 (après quoi ? mystère), J+15, J+45 etc…

Les rayons sont presque vides, l’éclairage est out, l’univers vient de changer.

Un petit goût de post apo à la française s’installe : les gens s’organisent pour survivre, il n’y a qu’un pas de l’entraide au pillage organisé et la loi du plus fort, ou du plus menaçant, se met souvent en place. C’est la bouffe ou les sentiments. L’argent devient sans valeur.

Nous ne sommes pas dans le registre de la science-fiction : tout semble actuel, comme en bas de chez vous, et c’est assez dérangeant. La nature humaine la plus vile, celle que la société gomme et contient, s’exprime au cours de l’effondrement. Et elle s’exprime sous vos yeux, sans filtre, selon le parti pris de narration décrit plus haut : au ras du sol, en temps réel, sans pause pour digérer ce qu’on absorbe. La mutation morale est affreusement logique : votre enfant est malade et quelqu’un a des médicaments. Si demander gentiment ne suffit pas, que peut-il se passer ? (NdHarvester : j’ai un bref aperçu à la rédac’ quand un nouveau jeu arrive…)

Affamés, assoiffés et accueillis avec des regards de travers.

Les 8 épisodes sont inégaux en terme de vraisemblance de l’intrigue, tension, jeu des acteurs, mise en scène. Mais leur brièveté ne permet pas de les évaluer facilement. Des moyens sérieux ont été mobilisés pour certains, des effets un peu amateurs pour d’autres, mais on n’est pas chez Emmerich ou Cameron : il n’y a plus de pâté au Super U. Ni rien d’autre bientôt.

La maison brûle ?

Le thème général est à la mode, en espérant qu’il ne devienne pas d’actualité, comme le montre un des épisodes qui explique le message. Les collapsologues suscitent à l’heure actuelle un intérêt médiatique en annonçant en gros que la fin du monde a déjà débuté, sans que nous puissions le ressentir, et que l’étape suivante consistera en une succession de problèmes écologiques, sociaux, logistiques, sanitaires particulièrement dévastateurs.

Y croire ou pas, c’est votre choix. La série réalisée par le collectif  » Les Parasites  » (Jérémy Bernard, Guillaume Desjardins et Bastien Ughetto) vous interroge : vous feriez quoi ? Ou… vous ferez quoi ?

En cela, elle se laissera regarder en acceptant ses faiblesses, pour l’immersion qu’elle procure dans un cauchemar de 20 minutes. En espérant que cela reste de la fiction. Car ça met un peu le seum.

Sigarrett

J'étais là avant. Inventeur du Koh Lanta des Jeux Vidéos, survivant dans l'âme, j'aime la gestion, l'enquête, le mystère, la furtivité, la simulation, les combats spatiaux, et la stratégie.

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