Paris est Ludique 2026
Depuis mon arrivée en région parisienne, l’envie d’aller à Paris est Ludique me titillait. Pensez donc, me promener dans un parc envahi par des tables où jouer à des jeux de société, nouveaux ou non, rencontrer des gens, discuter avec des auteurs. Mais bien souvent la canicule (ou la pluie) me dissuadait de sortir de chez moi.
Cette année cependant, fort du renfort de Sandman (le technicien de l’ombre qui maintient Dystopeek et accessoirement adepte de TCG, nul n’est parfait) et Emi, mon cobaye pour les parties de jeux de société, je me suis décidé et ai pris mon courage et une gourde à deux mains pour y faire un tour le samedi.

Premier constat : bon sang ce qu’il fait chaud. Deuxième constat : on ne va jamais survivre. Il n’était pourtant que 10 heures du matin quand nous sommes arrivés sur la pelouse de Reuilly, dans cette ville maudite qu’est Paris (si vous en doutez, rappelez-vous que c’est le terrain de jeu de Baalim…).
Accueillis par des bénévoles souriants et débordants d’énergie, nous avons commencé l’exploration de ce Paris est Ludique 2026.

De nombreuses tentes accueillaient les éditeurs de toutes tailles – Asmodée, Atalia, Blue Orange, Nuts! Publishing, Don’t Panic Games (…) pour les gros – mais aussi des espaces où tester les prototypes ainsi que d’autres tentes où on pouvait emprunter des jeux pour jouer librement. A noter que le carré Histoire répondait présent à l’appel, avec ses volontaires poilus et souriants malgré la température qui vous faisaient découvrir La Guerre de Cent Ans, Barbarian Kingdoms et autres Sherwood.
Il y avait aussi de nombreux points avec brumisateurs où il était possible de récupérer un peu entre deux parties et de nombreux bénévoles passaient dans les allées, bidon sur le dos, pour asperger ceux qui en faisaient la demande. Quelle abnégation !

Nous avons commencé notre tournée par une partie de Map Masters, un Dungeon Crawler de chez Captain Games où chaque joueur dispose d’une main de cartes où sont dessinés des parties de donjon, le but étant de construire, en quelques minutes, un donjon dans lequel vous allez tracer un chemin qui vous fera récupérer un maximum d’objets.

Forcément il y a des obstacles sur le chemin : cadenas nécessitant une clé, monstres à tuer avec une épée… Et petit twist : impossible de revenir sur ses pas. Le tout se joue en 6 manches, avec achats de nouvelles cartes et pouvoirs spéciaux entre chaque. Sympathique mais propice à l’analysis paralysis !

Ensuite ce fut Dewan, de Space Cowboys, qu’il me tenait à cœur de tester car j’avais entendu dire qu’il partageait un petit peu d’ADN avec Les Aventuriers du Rail, que ma femme adore. Et je confirme, il y a un vague air de famille : à votre tour, vous pouvez piocher deux cartes ou placer un village sur une carte découpée en hexagones.

Evidemment le placement ne se fait pas au hasard mais en fonction des tuiles d’objectifs piochées. Je ne détaillerai pas plus mais la simplicité des règles, couplée à la direction artistique épurée et la grande diversité des objectifs, en fait un titre que je m’achèterai très bientôt et qu’il me tarde de faire découvrir à Madame.

Après une pause rafraîchissement, nous nous sommes retrouvés dans la tente des prototypes où on nous proposa de tester Ca Passe ou Ca Classe, un jeu apéro (ou d’ambiance comme disent les jeunes) coopératif de 2 à 6 joueurs dans lequel un joueur va devoir choisir un thème puis classer des objets sur une échelle de valeur pour que ses camarades identifient le thème choisi parmi cinq.

A chaque manche, les joueurs éliminent une proposition, le meneur rajoute un indice, ainsi de suite jusqu’à la manche où il faudra désigner le bon thème. Si c’est le bon, on change le meneur et on augmente la difficulté (moins d’indices, moins de manches…). C’est très sympa, il y a des situations assez cocasses où il vaut mieux connaître les autres joueurs pour ne pas être surpris par leur raisonnement. Une très bonne surprise !
Après une nouvelle pause fraîcheur, direction les food trucks où encore une fois on est surpris par la variété des menus proposés et surtout les prix raisonnables. C’est à noter et à saluer, surtout quand on est habitués à sortir sur Paris où a moindre bière dans un concert demande de vendre un rein.

Place ensuite à Athlètes de Compète, un jeu très idiot qui nous intéressait Emi et moi. Si la table derrière nous, qui jouait sur une version XXL du jeu, hurlait son plaisir et s’amusait comme jamais, sur la nôtre c’était bien plus calme. La faute à une première course totalement inintéressante due au choix des coureurs dont les pouvoirs ont créé la situation la plus ennuyeuse possible.

La seconde course fut un peu plus disputée mais je dois avouer que si le jeu est sympathique, j’ai été déçu car je le pensais plus chaotique. Dans les faits, un tour se résume à lancer un dé, avancer, utiliser ou non un pouvoir. C’est maigre comme gameplay et cette trop grande simplicité n’est pas compensée, à mon avis, par des interactions trop faiblardes. Mais je pense que c’est un jeu qui ne donne sa pleine mesure qu’avec 6 habitués et sur le circuit le plus difficile. A réessayer.
Nous avons ensuite passé un moment à nous promener entre les stands, histoire de voir les petits éditeurs qui avaient moins de visibilité car relégués sur les côtés. Cela nous a permis de retrouver Mega Fayot, découvert à Play Sorbonne Festival 2025 à l’état de prototype et qui cette fois-ci trônait fièrement dans sa boîte finale.

Blandine et Jean-Baptiste se firent un plaisir de nous la présenter et nous avons fait une partie où je jouais bien entendu le boss tyrannique qui balance des horreurs à ses subordonnés qui doivent sélectionner la réponse qui leur semble la plus appropriée dans la main de cartes piochées. Les déclarations du boss et des employées semblent tout droit sortir de LinkedIn et sont bien souvent hilarantes et (et là c’est malheureux) vraies. Un party game à découvrir !

Après un petit jeu léger, quoi de mieux que faire fondre ce qui restait de nos neurones ? Pour cela, rien de mieux que le test d’un prototype de Rocket Rollout, qui paraîtra l’an prochain chez Days of Wonder. Au menu ? Une course spatiale, du bag building avec des dés, des aliens et de l’optimisation de moteur aux petits oignons. A chaque tour les joueurs doivent répartir les dés piochés entre les différents compartiments de leur vaisseau, ce qui leur permettra d’attaquer, activer un bouclier (…) pour détruire des vaisseaux aliens et améliorer leurs dés (donc les faces dépendent de la couleur).

Les aliens détruits permettent d’améliorer les actions de chaque compartiment et permettent surtout d’avancer. A la fin de chaque tour, les aliens attaquent et les joueurs peuvent voir leurs vaisseaux endommagés. J’ai beaucoup aimé notre partie qui fut très disputée et je n’ai pas le moindre doute : il me fait Rocket Rollout.

La journée touchant à sa fin, nous avons fait un dernier tour, histoire d’être sûrs de n’avoir rien manqué. Grand bien nous a pris car nous sommes tombés sur le stand de Save us All. Si au premier abord on croirait avoir affaire à un énième clone de Zombicide – la vue du dessus et l’invasion de Putrides étant un indice – il n’en est rien, le jeu étant plus narratif. Le jeu est découpé en chapitres lors desquels les héros doivent survivre et surtout s’équiper tout en résolvant un deck d’événements et de cartes Destin piochées à la fin du tour.

Chaque personnage n’a que deux actions mais les auteurs ont eu la bonne idée de simplifier le gameplay, les déplacements et échanges d’équipement étant gratuits. Il en résulte un jeu où la coopération est vraiment très importante (alors que dans Zombicide on pouvait un peu faire n’importe quoi en comptant sur la chance) car pour résoudre nombre de situations il faut associer plusieurs personnages, qui disposent de compétences spécifiques. Si le scénario ne nous a pas résisté bien longtemps, les auteurs nous ont vite fait redescendre sur terre : nous n’avions joué qu’un bout simplifié d’un scénario censé continuer (en conservant l’état des survivants donc) sur une autre carte.
Autant vous dire que la difficulté sera là ! Et cela me rend encore plus désireux de jouer la campagne entière de Save us All, dont la campagne Gamefound est programmée pour très bientôt. Qui sait, peut-être aurais-je la chance de pouvoir mettre la main sur un prototype d’ici là…

La journée touchant à sa fin, il nous fallait rentrer après une excellente journée à découvrir de nouveaux jeux et surtout profiter d’un festival très pro, très bien organisé où la gentillesse et la bonne humeur des bénévoles étaient contagieuses malgré la chaleur écrasante. C’est bien simple, entre les gens chargés des démos et les bénévoles aidant les festivaliers, il y avait toujours une personne souriante pour vous répondre ou vous proposer une partie. Donc félicitations à toute l’équipe, c’était génial et on reviendra. Bon par contre faudra penser à couper les radiateurs l’an prochain…

Je recommande chaudement (oh oh qu’est-ce qu’on se marre) Paris est Ludique car c’est un festival à taille humaine, très bien organisé et où il est possible de jouer sans passer des heures à faire la queue, contrairement à Cannes par exemple. Alors certes, on va me sortir que du fait de la canicule il y avait forcément moins de monde que prévu (14000 personnes au lieu des 18-19000 espérées) et que ceci explique cela, mais Paris est Ludique 2026 avait un côté familial, bon enfant que j’ai rarement retrouvé dans d’autres lieux. Et rien que pour cela on y reviendra !
