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Wartales : La Malédiction de Rigel

S’il y a un studio qui suit avec soin sa création, c’est bien celui des français de Shiro Games, qui à un rythme régulier publient des extensions pour leur jeu de rôle tactique médiéval Wartales, qu’Harvester a eu l’occasion de présenter ici, , , , ou . Oui, c’est une vrai sérénade car Wartales chez Dystopeek on aime, sans modération. Même si les extensions sont d’un intérêt variable, celles rajoutant de nouvelles régions au monde d’Alazar, où se déroule l’action du jeu, sont à mon avis les plus amusantes. C’est donc le cas de celle-ci, la Malédiction de Rigel. Et si vous aimez les canidés agressifs et être perdus dans le noir, vous allez être servis. Mise en garde : cet article, comme toute bonne critique de jeu vidéo, contient des traces d’anglicismes et de vrais morceaux de blagues à deux balles.

Le grand chaperon noir

Dans sa dernière extension la Malédiction de Rigel, Wartales nous ramène à nos peurs ancestrales, celles de la forêt sombre et hostile, peuplée de créatures inconnues et où l’on se perd pour disparaitre à jamais. En effet Shiro Games met à disposition de nos maraudeurs sanguinaires assoiffés de pillages nobles aventuriers en quête de justice, une nouvelle région à explorer afin de s’en mettre plein le poches d’y ramener la paix et la prospérité : le comté de Rigel.  

Cette province reculée, couverte de forêts, à laquelle on accède grâce à un chemin à travers les montagnes, est en effet victime d’une terrible malédiction, et vos héros sont engagés par le Chirurgien du Roi pour enquêter sur place et tenter d’endiguer ce mystérieux fléau. Ce dont sont incapables les Chevaliers Royaux, la troupes d’élite envoyée sur place. Bon, moi si j’étais un aventurier un tant soit peu malin (au lieu d’un geek installé devant son écran) je me dirais que si une bande de guerriers surentrainés bardés d’acier est incapable de faire le boulot, c’est qu’en face ça doit pas rigoler.

Dans Wartales les animaux sont considérés comme des personnages à part entière, et bénéficient des mêmes qualités et/ou défauts de leurs homologues humains. Nous avons ainsi ici affaire à un compagnon de route idéal : un poney alcoolique élevé par des sangliers.

Promenons-nous dans les bois

Bref, dans la Malédiction de Rigel on vous proposera une promenade dans La Sylve. C’est en effet le nom de cette très épaisse forêt qu’il vous faudra explorer. Non, ils ne s’embarrassent pas de fioritures pour choisir la toponymie dans la région. 

Quoi qu’il en soit, il vous faudra vous embarrasser d’une lanterne pour avoir la moindre chance de retrouver votre chemin, car ici pas question de semer des petits cailloux ou des morceaux de pain pour espérer rentrer à la maison sans avoir été dévoré par le Grand Méchant Loup. Bien sûr cette lanterne nécessite du combustible pour vous éclairer, faute de quoi vous serez dans le noir quasi complet. Et sachez-le, dans La Sylve ce n’est pas une situation d’avenir.

Car dans cette sombre forêt ancestrale, contrairement au monde extérieur, le brouillard de guerre ne se dissipe jamais et vous ne pouvez profiter de la boussole pour vous orienter. Anomalie magnétique ou brouillage GPS ?  Quoi qu’il en soit il est rapidement difficile (et pour tout dire fastidieux) de s’y retrouver. Si l’on ne veut pas errer sans but parmi les arbres le recours à la carte papier maladroitement dessinée à la main est conseillé. A moins bien sûr d’avoir pensé à débloquer auparavant la connaissance donnant la capacité de marquer des points d’intérêt sur la carte du jeu.

D’autant plus que se balader dans cette forêt aura un effet sur le moral de vos personnages, qui à l’image de ceux du jeu de rôle l’Appel de Cthulhu se découvriront une nouvelle caractéristique : la santé mentale. Si cette dernière atteint zéro, par manque d’éclairage, ils seront forcés de fuir la forêt maudite. Mais se barrer en courant, est-ce vraiment une si mauvaise idée, vu ce qui les attend ?

Les aventurier vont devoir progresser dans la forêt à la lueur vacillante de leur lanterne dont la jauge à combustible est indiquée en bas de l’écran.

Dog Soldiers

La Malédiction de Rigel permet d’introduire dans le jeu une nouvelle faction composée de 7 types de combattants, les Chevaliers Royaux (contre lesquels vous aurez peu d’intérêt à vous battre). Ainsi que deux nouvelles classes de personnages.

La première est celle des Thaumaturges, qui fait d’ailleurs l’objet d’une mise à jour gratuite du jeu. Les Thaumaturges sont un peu l’équivalent des Clercs dans Donjons et Dragons. Il s’agit d’une classe de personnages destinés à soutenir leurs compagnons, capables de les soigner, d’augmenter leurs dégâts ou leurs résistances ou encore d’infliger des malus aux adversaires. Bref des individus à garder plutôt en retrait de la ligne de front.  

La Sylve n’est pas vide d’habitants, encore faut-il les débusquer.

Personnellement je ne suis pas très convaincu par cette classe de personnage, en particulier lorsque vous commencez avec une équipe d’aventuriers novices. Car à bas niveau le Thaumaturge n’a pratiquement aucune capacité offensive, ce qui vous laisse, au début, trois combattants pour en découdre avec les adversaires. Mais paradoxalement (ou pas) c’est le genre de personnage qui en cas de d’affrontement aura le plus le chance de s’en sortir, du moins si vous le tenez soigneusement éloigné des ennemis.

Le loup-garou de l’ombre

La deuxième classe de personnage est par contre beaucoup plus offensive et aussi plus poilue. Car, mini spoiler, dans cette extension il y a des loups-garous. Dans a Malédiction de Rigel les loups-garous n’ont rien du gentil chienchien à sa mémère, mais plutôt du pitbull sous stéroïdes avec la rage et nyctalope (sans vouloir vous offenser). En effet, l’ombre est leur royaume et plus la lumière est faible dans La Sylve, plus ils se renforcent et deviennent dangereux. Cerise sur le gâteau il existe un modèle King Size au loup-garou : le Lycanthrope Hypertrophié, qui fait passer son cousin standard pour un chihuahua.

Les Thaumaturges sont les spécialistes de l’enfumage.

En terme de jeu les lycanthropes sont un peu un mélange entre les sangliers, avec leur capacité ‘course sauvage’ leur permettant de charger plusieurs adversaires à la fois, les loups (on s’en doutait) pour ce qui est de provoquer des hémorragies et les ours pour leur résistance et la faculté de frapper plusieurs fois lors d’une attaque. A cela s’ajoute le fait que les armures offrent bien peu de protection face à leur puissantes griffes et qu’ils ont la capacité de se régénérer s’ils infligent des dommages à leurs adversaires. Que du bonheur en perspective pour vos joyeux aventuriers.

La lycanthropie de l’ouvrier charpentier

La conséquence de survivre à une attaque de loup-garou (oui c’est possible) est que vos personnages peuvent aussi devenir garou (sans pour autant avoir à jouer dans une comédie musicale). Car comme chacun le sait la lycanthropie est contagieuse. La moindre égratignure ou morsure d’un lupin (qu’il s’appelle Arsène ou non) et vous risquez de vous retrouver à hurler à la lune, à uriner partout pour marquer votre territoire, à remuez la queue et à renifler l’arrière train des gens pour leur dire bonjour.

Les lycanthropes sont toujours prêts à engager un dialogue constructif basé sur le respect mutuel.

Je ne parle même pas du fait que pour nourrir les louveteaux il faille leur régurgiter dans la gueule la nourriture que vous aurez prédigéré. Oui, être un loup-garou c’est une vrai vie de… loup. Note : ces réflexions sont le fruit de long visionnages de documents animaliers et de films de loups-garous. Et oui, on se documente chez Dystopeek.

Cela dit dans la Malédiction de Rigel le taux d’infection de la lycanthropie est bien moindre que celui de la grippe saisonnière, donc si vous comptez transformer l’un de vos compagnons en monstre griffu, il va falloir non seulement multiplier les affrontements contre les loups-garous, mais également les blessures et donc les risques de voir vos combattants passer de vie à trépas.

Le statut de lycanthrope permet de mener une double vie. Avant.

Lors d’un combat, à chaque round, un personnage lycanthrope peut dépenser deux points de bravoure pour avoir 40% de chance de se transformer en gros bestiau hargneux. Et cela a ses avantages. Car si, contrairement aux légendes, les garous ne sont pas invulnérables à tout, sauf à l’argent, ils sont quand même sacrément balaises.

Cela dit la transformation en lycanthrope présente surtout son intérêt pour les classes de personnages de soutien (tels que les rodeurs, ou les thaumaturges) généralement fragiles en combat rapproché. D’autant plus qu’une fois l’un de vos combattants victime de la malédiction vous allez pouvoir jouer au parfait petit chimiste avec lui.

Et après. Notez le nombre des points de vie, multiplié par 5 après transformation. Souci du détail de la part des développeurs un aventurier lycanthrope devient également carnivore. On suppose que s’ils avaient modélisé des lapins-garous ces derniers seraient devenus de féroces herbivores. Une piste à explorer pour une future extension ?

Car, outre une faune atypique, Rigel renferme un autre secret qui explique son attrait touristique auprès des pillards de tous poils : les Greffons. Il s’agit d’ingrédients (dont certains peu ragoutants et difficiles à prélever), seulement récoltables dans la région (et sur les cadavres fraichement découpés des lycanthropes), qui permettent de débloquer un nouveau système de crafting : la Recherche Scientifique.

Enfin quand je dis recherche scientifique, c’est une peu la méthode Frankenstein. Pour peu qu’un alchimiste soit présent dans le groupe (oui, il faut y penser avant de s’engager à explorer Rigel), avec son labo de terrain il pourra mener des recherches scientifiques à partir des Greffons collectées et ainsi débloquer des bonus pour votre groupe (en particulier en ce qui concerne leur lanterne) mais aussi améliorer les capacités de vos compagnons lycanthropes, qui pourront voir augmenter leurs compétences existantes ou en débloquent de nouvelles.

La plupart des escarmouches contre les lycanthropes se dérouleront, comme ici, dans l’obscurité. Les attendrir avec quelques projectiles empoisonnés et laisser un ‘tank’ en première ligne pour les affronter est conseillé. 

Le loup-garou, ce mal aimé ?

Pour tout vous avouer je n’avais pas rejoué à Wartales depuis 2023. Donc je ne pourrais pas vous dire si un problème que j’ai remarqué en reprenant le jeu vient de l’extension la Malédiction de Rigel elle-même, ou des multiples ajouts et/ou patches mis en ligne depuis plus de deux ans. Mais toujours est-il que les temps de chargement, avant et au cours du jeu, sont devenus (trop) longs par rapport à la version de base que j’avais pratiqué auparavant. Idem pour l’utilisation de la RAM et de la GPU pas au top. L’optimisation du jeu serait-elle devenue comme Charlotte ? Aux fraises ? Aux poires ?

Autre remarque, la fréquence à laquelle on a tendance à rencontrer des loups-garous dans La Sylve est un peu élevée à mon goût. Cela peut interroger sur l’équilibre écologique. Que mangent-ils tous ces lycanthropes quand il n’y a pas d’aventuriers de passage et de marchands imprudents à se mettre sous les crocs ? Car à part eux la faune n’est guère variée dans cette forêt. On aurait aimé quelques araignées géantes, et pourquoi pas des arbres qui parlent.

Dans La Sylve il ne faut pas avoir peur du noir, non il ne faut pas.

Il faut remarquer que la région de Rigel est éloignée de celle où commence les aventuriers, contrairement à celle de l’extension Pirates de Bélérion qui était rapidement accessible. Il en découle que si vous voulez commencer une nouvelle partie avec un lycanthrope vous serez limité par la rapidité avec laquelle vous pouvez atteindre Rigel. Autre inconvénient, comme la recherche sur la lycanthropie nécessite des repos, il en résulte qu’à moins de faire des arrêts ‘recherche scientifique’ à chaque bosquet, l’on a souvent fini d’explorer la région de Rigel avant d’avoir débloqué tous les bonus accessibles. Ceci limite la capacité à utiliser pleinement le potentiel des personnages loups-garous.

Cela étant, faut-il recommander la Malédiction de Rigel aux fans de Wartales ? Je dirais plutôt oui, car celle-ci se situe dans la droite ligne des Pirates de Bélérion et de l’Invasion Skelmar et Shiro Games joue à fond sur le penchant des joueurs pour le levelling (le fait d’accumuler les points d’expérience et les artéfacts pour rendre son personnage de plus en plus redoutable) car quoi de plus bad ass qu’un loup-garou ? Un vampire peut-être ?

Genre : RPG tactique

Développeur : Shiro Games

Editeur : Shiro Unlimited

Date de sortie : 11 décembre 2025

Testé sur une version presse fournie par l’éditeur

plasm@n

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